WAN
menu
 
!
L'info stratégique
en temps réel
menu
recherche
recherche
Abonnez-vous
Abonnez-vous à notre newsletter quotidienne

éditorial / Yves de Kerdrel

éditorial
Yves de Kerdrel

éditorial
L’heure de vérité pour Macron ce soir
par Yves de Kerdrel

Invité ce soir de TF1 et de LCI, le Chef de l’État va s’exprimer en direct de l'Elysée à la télévision pour la première fois depuis son élection. A un moment où il lui faut assumer ses premières décisions tout en se débarrassant de l’étiquette de « Président des Riches ».

15/10/2017 - 07:15 Temps Lecture 15 mn.

Emmanuel Macron a donc décidé de parler aux français, sans passer par le mode traditionnel réservé aux présidents de la République, de la conférence de presse. Mais en choisissant le mode plus risqué, et plus efficace aussi, d’intervenir en direct ce soir sur TF1 et LCI et en répondant aux questions de Gilles Bouleau, Anne-Laure Coudray et David Pujadas, depuis son bureau d’angle de l’Élysée. La décision de cette intervention surprise a été prise en début de semaine. Non pas par Bruno Roger-Petit ou les chevilles ouvrières de la communication élyséenne, mais par le Chef de l’État lui-même et par son conseiller politique Ismaël Emelien, ancien d’Havas et ancien très proche de DSK.

 

Le but de cette intervention est double pour le Président de la République, selon les informations que WanSquare a pu recueillir à l’Élysée. D’abord replacer les séquences politiques passées (ordonnances, loi sur le terrorisme, budget pour 2018, et grande agitation diplomatique et européenne) et à venir (assurance-chômage, formation professionnelle, retraites, sécurité sociale) dans une perspective globale. Il s’agit donc d’abord de faire de la pédagogie, d’expliquer que toutes les actions menées se résument à deux verbes : libérer et protéger, et éventuellement de faire quelques effets d’annonce. Tout cela, après cinq mois de communication présidentielle faite de ratés, d’erreurs graves voire même d’incompréhension.

 

OTER LES ORIPEAUX DE L’ARROGANCE

 

Voilà sur le fond. Mais la forme est au moins aussi importante. Et c’est là où le Chef de l’État a multiplié les boulettes au cours des dernières semaines. Ce qui a contribué à brouiller le message politique du gouvernement, voire même son action. Car comme le disait Victor Hugo : "la forme, c’est le fond qui remonte à la surface". Et il est curieux de noter que les journalistes allemands du Spiegel qui ont recueilli, en fin de semaine, une interview du locataire de l’Élysée aient tant insisté sur son arrogance, allant même jusqu’à se moquer de lui lorsqu’il affirme incarner le peuple et émaner de lui, tout en parlant d’un bureau couvert de lambris dorés.

 

Emmanuel Macron va donc devoir, sur la forme, à la fois se dépouiller de cette arrogance propre à la technocratie française, et de son image de "Président des Riches" qui n’émane pas seulement de la France Insoumise, mais aussi de personnalités très modérées. L’interview accordée au journal Le Monde, hier après-midi, de Bernard Cazeneuve, dans laquelle il explique pourquoi il n’aurait pas voté ce budget est assassine pour le Chef de l’État, venant de la part d’une personnalité plus que modérée, plus proche du centre droit, que de la Rue de Solferino, et qui est désormais bien ancrée dans le secteur privé, avec un poste d’associé au sein du cabinet d’avocats August & Debouzy.

 

UNE POLITIQUE LIBERALE ASSUMEE

 

Or les récents sondages témoignent de la force de cette étiquette de "Président des riches" et du risque qu’elle fait peser sur les réformes – nécessaires – à venir. Pour le reste, la popularité du Chef de l’État, si elle continue de se dégrader, semble approcher d’un palier. Selon un sondage Ifop-Fiducial réalisé pour Paris-Match et Sud Radio et rendu public la semaine passée, le chef de l’État, voit sa popularité chuter de 3 % tout en restant à 50%. Emmanuel Macron ne semble donc pas vraiment sanctionné par les Français après sa petite phrase sur le "bordel", prononcée lors d’un déplacement en Corrèze en marge d’une manifestation des ouvriers de GM&S. Il recule toutefois à gauche. En deux mois, il a chuté de 15 points auprès des électeurs socialistes. Mais il compense avec le soutien de 56% des sympathisants de droite. Moins visible que le président, le Premier ministre gagne deux points (53%) grâce au soutien des trois quarts des sympathisants LR.

 

Toute la question est de savoir si Emmanuel Macron, qui assume de plus en plus, dans ses interventions, mener une politique libérale et qualifiée "de droite", doit ou pas gauchiser son action et désormais offrir des gages à ses anciens amis socialistes. Selon son entourage, la question ferait l’objet d’intenses débats à l’Élysée, d’autant plus que les éditorialistes radio et télé chargés de défendre son action et de porter ses éléments de langage, sont de moins en moins à l’aise avec sa politique de l’offre et du risque. En fait le Chef de l’État n’aurait rien à gagner. La confiance semble rompue avec les syndicats qui n’ont pas apprécié la version finale des ordonnances. Ce qui va compliquer les discussions à venir sur l’assurance-chômage ou la formation professionnelle. Comme l’a confirmé cette semaine le leader de la CFDT.

 

VALLS CAPTE L’ANGLE MORT DE MACRON

 

Ce qui est certain, c’est qu’à droite, la politique menée par Emmanuel Macron est de plus en plus appréciée, comme le montrent à la fois les sondages et les déclarations des grands patrons du CAC 40, comme Henri de Castries, Thierry Breton ou Pierre-André de Chalendar. Contrairement à ce qu’affirme Laurent Wauquiez, même la majorité des classes moyennes apprécient à la fois les première réformes et les déclarations assez transgressives du Chef de l’État. Il ressort même de certaines enquêtes d’opinion que les retraités, qui vont voir leur pouvoir d’achat amputé par la hausse de la CSG, approuvent globalement l’action présidentielle.

 

Autant Laurent Wauquiez apparaît de moins en moins comme un opposant charismatique, autant les noms d’oiseaux déversés par Jean-Luc Mélenchon sur Manuel Valls redonnent vie à ce dernier. En dénonçant l’islamo-gauchisme de la France Insoumise, avec tout ce que cela comporte d’antisémitisme, l’ancien Premier Ministre a intelligemment capté le plus grand angle mort du Chef de l’État qui a toujours eu un discours ambigu sur le communautarisme (confère son discours de Marseille) et qui cherche à étouffer les menaces qui pèsent sur la France avec les retours des djihadistes, dans la foulée de l’écrasement de Daech en Syrie et en Irak.

 

ASSAUTS CONTRE LE QE DE LA BCE

 

Au chapitre économique, il faut noter que le ministre de l'Économie et des Finances Bruno Le Maire a déclaré vendredi soir que le coût des litiges liés à l'invalidation de la taxe de 3% sur les dividendes serait de l'ordre de neuf milliards d'euros. Mise en place fin 2012, au début du quinquennat de François Hollande, cette taxe a été partiellement censurée par la Cour de justice de l'Union européenne en mai, puis définitivement invalidée par le Conseil constitutionnel la semaine dernière, grâce à une action de l’AFEP. Interrogé sur ce sujet sur BFMTV, Bruno Le Maire a déclaré que le coût pour les finances publiques ne sera pas de 5,7 milliards d'euros, mais plutôt de l'ordre de neuf milliards d'euros.

 

Du coté des sujets monétaires, le débat s’intensifie en Europe sur l’arrêt de la politique de quantitative easing, menée avec talent par Mario Draghi. Il n'est plus nécessaire que la Banque centrale européenne fournisse un soutien monétaire à l'économie de la zone euro via des rachats d'actifs, a déclaré vendredi Jens Weidmann, membre du conseil des gouverneurs de la BCE. Il a ajouté qu’il ne voyait pas la nécessité de continuer à appuyer sur la pédale d'accélérateur de la politique monétaire avant d’ajouter : "c'est exactement ce que nous faisons si nous continuons à effectuer des achats supplémentaires chaque mois", a dit le président de la Bundesbank après une réunion des ministres des Finances et des banquiers centraux du G20 à Washington. Le programme de rachats d'actifs de la BCE est censé expirer à la fin de l'année mais le conseil des gouverneurs de la BCE pourrait décider le 26 octobre de le prolonger, tout en abaissant le montant mensuel de ces rachats.

 

UNE SHORT-LIST POUR LA FED

 

Mais il ne s’agit pas là que d’une position assez traditionnelle venant d’un représentant de l’Allemagne. Le français Benoît Coeuré, membre du directoire de la Banque centrale européenne, a expliqué pour sa part que les banques centrales risquent de provoquer des bulles financières si elles maintiennent des programmes de rachats d'obligations sur une période trop longue. Il faut garder à l'esprit les risques pour la stabilité financière, a-t-il dit lors d'une prise de parole à Washington. Avant d’ajouter qu’une période trop longue d'achats d'actifs, par exemple, peut entraîner la formation de déséquilibres financiers avec des conséquences potentielles négatives pour la stabilité des prix. A deux semaines de la décision de la BCE concernant l'avenir de son programme d'assouplissement quantitatif, Mario Draghi a défendu pour sa part le principe de taux d'intérêt durablement très bas même après la fin des rachats d'actifs.

 

De l’autre coté de l’Atlantique, il semble que Donald Trump ne soit pas près de prendre une décision sur le prochain président de la Réserve fédérale. Les consultations se poursuivent. Jusqu'à présent il a eu des entretiens avec ceux qui sont présentés comme des premiers choix, mais il semble qu’il y en aura d'autres. John Taylor, économiste de Stanford dont le nom est parfois cité pour le poste, a été reçu mercredi matin par Trump à la Maison blanche, selon une source de la présidence. Le Président américain était accompagné pour cet entretien par le vice-président Mike Pence et des membres de l'équipe qui l'assiste dans la recherche, notamment le secrétaire au Trésor Steve Mnuchin. Selon les informations qui circulent à Washington, la short-list du président comprend un gouverneur de la Fed, Jerome Powell, un ancien gouverneur, Kevin Warsh, le conseiller économique de la Maison blanche Gary Cohn et l'actuelle présidente de la Fed Janet Yellen, dont le mandat prend fin début février.

 

TELECOM ITALIA TOUJOURS SUR LE GRIL

 

En matière de business, la semaine qui vient va être importante pour le groupe Vivendi. Le gouvernement italien devrait probablement réfléchir demain à l'utilisation de ses pouvoirs spéciaux ("golden power") au sujet de Sparkle, la filiale de câbles sous-marins de Telecom Italia. Cette réflexion est liée au débat concernant la participation de 24% de Vivendi dans Telecom Italia, dont le groupe français est le premier actionnaire. Vivendi dément néanmoins exercer un contrôle de fait de Telecom Italia. Ces pouvoirs spéciaux permettent au gouvernement d'intervenir sur une entreprise jugée d'importance stratégique pour le pays. Le gouvernement italien a adopté vendredi un décret réglementant le recours à ce golden power à l'avenir.

 

De son coté, Telecom Italia a indiqué jeudi dernier avoir notifié au gouvernement italien les changements dans son capital, conformément à la législation qui confère à Rome des pouvoirs spéciaux sur les entreprises d'importance stratégique. Dans un communiqué, l'ex-monopole des télécommunications indique toutefois qu'il continue d'estimer qu'une notification formelle n'était pas nécessaire et il ajoute qu'il continuera à agir pour préserver ses intérêts. L'Italie a lancé une procédure pour défaut de notification du contrôle de fait de Vivendi sur Telecom Italia qui pourrait aboutir à une amende infligée à l'opérateur télécoms.

 

Après avoir étudié un certain nombre de solutions très différentes, depuis le printemps dernier, Axa a confirmé cette semaine que Axa Investment Managers restait un actif stratégique pour le groupe d'assurance. Selon nos informations les dirigeants d’Axa IM l’ont confirmé, cette semaine aux salariés, par voie de courrier, suite à des spéculations autour d'une alliance avec BNP Paribas et Natixis dans la gestion d'actifs. Dans ce courrier, dont WanSquare a reçu une copie, la société confirme également avoir été approchée en vue d'une possible transaction, sans toutefois indiquer par qui. Le patron d’Axa IM y explique son intention de continuer à travailler dans les prochaines semaines pour renforcer la feuille de route stratégique et se concentrer sur les priorités opérationnelles. Avec ce courrier, la direction d'Axa IM a cherché à rassurer les salariés sur l'avenir de la société de gestion alors qu'aux Etats-Unis, AB (anciennement AllianceBernstein), l'autre filiale de gestion d'actifs d'Axa, sera mise en Bourse l'an prochain avec les activités d'assurance vie.

précédents ÉDITORIAUX
précédents
ÉDITORIAUX

Éditorial / Yves de Kerdrel

Éditorial / Macron continue de fendre le système

08/10/2017 - 07:33

Éditorial / Yves de Kerdrel

Éditorial / Passage à vide pour le gouvernement

01/10/2017 - 07:07