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Feuilleton de l'été

Feuilleton de l'été

exclusif Série d’été - ces jeunes leaders qui construisent la France de demain / Erti Gjonaj, Senior Managing Director Commodities – Agriculture chez Macquarie

EXCLUSIF. L’exil précoce de son Albanie natale continue à marquer Erti Gjonaj et ce bien des années après son départ. Actuellement à la tête d’une des branches françaises de Macquarie, cet amoureux des défis a traversé l’Atlantique puis la Manche avant de revenir dans la capitale française. Entre-temps est née en lui une passion pour les matières premières qui prédominent dans l’ensemble de ses choix personnels
Erti Gjonaj. DR
Erti Gjonaj. DR

Tirana, Paris, New York ou encore Londres. Autant de capitales dont le nom s’égrène au fil de la vie d’Erti Gjonaj. Né en pleine guerre froide dans un pays alors communiste, il n’a alors "pas l’impression d’être privilégié matériellement parlant mais plutôt sur le plan de la liberté intellectuelle, j’entendais souvent plusieurs langues être parlées dans le salon, chose rare dans une Albanie totalement fermée au monde ". Il se rappelle également que "la télévision se résumait à deux choix : des émissions communistes ou des programmes en italien, et c’est comme ça que j’ai appris une nouvelle langue étrangère ".


Une histoire de famille

 

L’histoire des Gjonaj avec l’Hexagone était déjà alors lancée depuis de longues années, ses deux parents " avaient été autorisés à faire leurs études en France, à condition de rentrer en Albanie à l’issue, j’ai pu ainsi apprendre le français à la maison dès mon plus jeune âge". Une langue qu’il va rapidement devoir apprendre en 1997, puisque son pays traverse une crise financière importante et que sa famille s’installe en France pour y échapper. Il se voit " forcé de mettre à niveau mon français basique, j’y ai travaillé de mars à septembre pour être prêt pour la rentrée ".

C’est l’occasion d’un deuxième déracinement pour celui qui est très attaché à sa famille : un passage en famille d’accueil de ses 13 à 18 ans. Un choix dicté par le retour de ses parents sur leur sol natal, les années passent alors et vient l’heure du bac pour le jeune Erti. "L’arrivée de ma mère comme ambassadrice de l’Albanie auprès de l’Unesco, à Paris, m’a convaincu de poursuivre mes études en France ". S’ensuivent alors deux années de classes préparatoires dans la capitale.

Il est davantage prolixe lorsqu’il s’agit de parler de ses années en école de commerce, dans ce qui est alors l’ESC Reims (qui deviendra NEOMA par la suite ndlr). " J’y ai connu mes premières responsabilités avec la présidence du bureau des élèves (BDE), que ce soit par la campagne électorale mais surtout par la gestion d’un groupe de 23 personnes. C’était loin d’être une tâche aisée à chaque fois et d’autant plus que la responsabilité d’un budget de 500 000 euros était conséquente pour mon jeune âge."

Des années studieuses qui lui permettront également de rencontrer celle qui deviendra plus tard sa femme. Cette dernière va d’ailleurs très vite influencer ses choix de carrière, " ma première vraie recherche de stage de longue durée a été très instructive, je voulais rejoindre ma copine en stage à New York et j’ai dû faire preuve d’une bonne dose de persévérance. Je ne venais pas d’une école parisienne et mon anglais était loin d’être au niveau requis en salle de marché ". Il s’accroche pourtant, " convaincu que la finance était un secteur dans lequel ça bouge assez vite et qui me correspondrait bien. Je finis par décrocher un poste d’un an pour travailler sur les Commodities chez la SG".

 

Épanouissement

 

Une parenthèse qui le conforte dans ses aspirations, à l’issue de laquelle il refait la même chose, chez Natixis cette fois : "j’y ai eu la chance incroyable qu’on prenne en compte mes aspirations et d’être envoyé à Londres. Une fois sur place je suis chargé de développer un marché sur lequel ils étaient assez peu positionnés et qui concernait principalement les matières premières agricoles ".

Le jeune Erti Gjonaj fait très vite ses preuves, au point d’être contacté par un chasseur de tête œuvrant pour J.P. Morgan. "Je n’ai alors pas hésité à rejoindre une maison très formatrice. L’ambiance y était pour le moins compétitive, je me souviens qu’on était plusieurs à avoir été recrutés en même temps et qu’un certain nombre d’entre nous ont fait leurs cartons au fil des mois ", explique-t-il. Un poste où il est de plus en plus conforté dans son idée que la pugnacité et la persévérance payent toujours ; " un de mes meilleurs clients de l’époque, j’ai d’abord dû l’appeler pendant plusieurs années avant que nous ne travaillions ensemble. Le tact et la diplomatie sont essentiels pour arriver à ses fins".

 

Tournant

 

Poussé à donner le meilleur de lui-même dans cette ambiance, il apprécie également une entreprise très internationale tout en s’apercevant que les Commodities ne seront sans doute jamais le cœur de métier de J.P. Morgan. En 2015, malgré une récente promotion, il a décidé de rejoindre Macquarie, un groupe de services financiers australien spécialisé dans les matières premières, les énergies renouvelables et les infrastructures, entre autres secteurs. La société, cotée à l’ASX, qui emploie environ 20 000 personnes dans le monde, investit en France depuis 2006 et a récemment ouvert un nouveau siège européen sur les Champs-Élysées dans le cadre d’un plan à long terme pour renforcer sa présence sur le terrain. Un facteur décisif dans ce choix de carrière a été "une culture beaucoup plus orientée vers l’entrepreneuriat. J’ai ressenti une véritable liberté intellectuelle, quelque chose qui m’a été inculqué dès mon enfance."

Il décrit l’activité Commodities and Global Markets de Macquarie comme " unique" en ce sens qu’elle est l’une des rares institutions financières impliquées à la fois dans la logistique des matières premières et dans leur financement. "Nous offrons à nos clients exposés aux matières premières – du pétrole, du gaz, de l’énergie, des émissions, de l’agriculture, des métaux et de l’emballage – une offre complète qui comprend l’accès aux marchés, le financement, la couverture, et la logistique, " explique Erti Gjonaj.

Ayant initialement rejoint le bureau de Londres de Macquarie, il était responsable des activités agricoles dans la région Europe, Moyen-Orient et Afrique (EMEA), et il appréciait de faire partie d’une entreprise spécialisée dans les matières premières. Il confie : " À l’époque, ma décision n’était pas nécessairement comprise par tous. Cependant, je sentais que d’autres pans de l’industrie réduisaient légèrement leur présence sur les matières premières, tandis que Macquarie, au contraire, prenait rapidement de l’importance dans ce segment." Il est convaincu depuis longtemps du rôle social important de sa profession : " Nous avons un rôle vital à jouer dans la transition énergétique, et je m’efforce de faire en sorte que chacun de nos clients la vive aussi sereinement que possible. Que ce soit un client industriel exposé aux métaux critiques ou une entreprise énergétique explorant des carburants alternatifs, nous essayons toujours de diversifier notre offre afin qu’ils puissent gérer le risque de prix tout en faisant partie de la solution."

Bien que Macquarie soit implanté en France depuis environ 18 ans, le Brexit a été un tournant pour le groupe australien, qui a dû créer une banque sur le continent européen pour continuer ses activités bancaires réglementées en Europe. Erti Gjonaj a participé à cet effort, une tâche qu’il a accomplie jusqu’en 2020. "Depuis, je dirige l’une de nos entités à Paris, en charge de toutes les activités de trading et de ventes pour l’Europe avec une équipe de trente personnes. Nous continuons de croître régulièrement, et je suis loin d’avoir terminé ma mission en France." Une décision qui a été "accélérée par la Covid, qui a facilité le déménagement à Paris. Ma femme était très attachée à Londres, et la pandémie a simplifié ce choix."

 

Valeurs

 

L’Albanais a depuis sa plus petite enfance dû travailler son adaptabilité et il en a eu besoin dans cette nouvelle aventure. Sur le plan personnel, ce passage de l’autre côté de la Manche lui a permis de se reconnecter avec des membres de sa famille vivant en France, y compris ses parents, qui restent des modèles pour lui. "Alors que l’Albanie était le Far West des Balkans, ils ont toujours maintenu une éthique forte et j’essaie de reproduire l’éducation qu’ils m’ont donnée. Je veux que mes deux enfants restent ouverts d’esprit et fassent de l’adaptabilité leur force", souligne-t-il.

Son expérience personnelle lui fait dire que " l’éducation de base est fondamentale, j’ai quitté le foyer familial à 13 ans et pourtant je suis toujours resté très proche des miens ". Il retrouve " une philosophie assez similaire ici où il y a finalement beaucoup de seniors qui font des carrières au long cours. C’est un vrai exemple que de constater qu’ils ont su trouver un environnement sain chez Macquarie, dans lequel s’épanouir ". Il savoure plusieurs changements par rapport à sa vie londonienne, " les distances à parcourir sont plus courtes pour aller travailler et ça me permet de gagner un temps précieux avec les miens, que ce soit avec mes enfants ou mes parents et ma sœur. La richesse des régions françaises et leur accessibilité en train sont également un vrai bonheur ".

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