Clotilde L’Angevin : une passionnée au Crédit Agricole
« Passionnant », « enthousiasmant », sont autant de mots qui ponctuent le discours de Clotilde L’Angevin quand celle-ci vous raconte les différentes étapes de son parcours professionnel. A 38 ans, la nouvelle directrice de la stratégie du Crédit Agricole S.A. ne manque ni d’énergie, ni d’envie. Ce qui en fait un atout majeur pour la banque verte qui met actuellement en musique son plan à moyen terme (« Ambition Stratégique 2020 »), le tout dans un univers plein de défis, que constituent les taux bas, la réglementation ou encore la digitalisation. Clotilde L’Angevin espère bien pouvoir faire carrière au sein de ce groupe qu’elle a rejoint en novembre et dont elle vante la richesse des métiers ainsi que des femmes et des hommes qui y travaillent.
Sa carrière n’a pas pourtant non plus de quoi la faire rougir. Diplômée de Polytechnique, Clotilde L’Angevin a également connu les bancs de l’Ensae et de la London School of Economics and Political Science au Royaume-Uni. C’est donc tout naturellement que ce parcours universitaire l’a menée vers l’INSEE en 2003, puis au Trésor, où elle a passé près de 10 ans. « J’ai occupé plusieurs postes extrêmement variés qui étaient à la fois techniques tout en conservant une dimension humaine », rapporte-t-elle.
En 2008, Clotilde L’Angevin, qui aspire à coupler sa connaissance des chiffres avec le politique, devient conseillère technique en charge de la macroéconomie et des prévisions économiques au cabinet de François Fillon, à l’époque locataire de Matignon. Son arrivée concorde ainsi avec le début de mandat de Nicolas Sarkozy. Lequel a été marqué par la crise de la dette et la nécessité d’échafauder des plans pour relancer la machine économique. Clotilde L’Angevin, pour qui l’échange et les interactions sont sources de satisfaction, souhaite ensuite ajouter une nouvelle corde à son arc : celle du management. Pour ce faire, elle retourne au Trésor, maison qu’elle « aime beaucoup ». Elle y prend la casquette de Chef du bureau diagnostic et prévisions internationales (2009 à 2011). Elle s’occupe alors des perspectives économiques pour les grands pays importants pour la France, tels que l’Allemagne ou les Etats-Unis.
L’art de la négociation
Pendant la présidence française du G20, l’économiste a ensuite la chance d’être en charge du groupe de travail sur la volatilité des prix des matières premières. « C’est là où je suis tombée dans la marmite de la négociation, qui était tout aussi importante que la dimension technique du travail », explique l’intéressée. Cette opportunité, elle la doit en grande partie à Delphine d'Amarzit, qui a œuvré pour François Fillon et au Trésor, et qui est aujourd’hui directrice générale déléguée de Groupama Banque.
Clotilde L’Angevin est également très reconnaissante envers Ramon Fernandez, l’ex-homme fort du Trésor, qui lui a laissé beaucoup de liberté lorsqu’elle a été par la suite Secrétaire générale du Club de Paris, le groupe informel de pays qui s’occupe des restructurations des dettes souveraines, et chef de bureau en charge de l’endettement international. « C’est quelqu’un d’à la fois brillant, et extrêmement humain et gentil. J’ai adoré travailler avec lui, notamment en pleine crise grecque », confie Clotilde L’Angevin. Pour ce qui est de son poste au Club de Paris, elle explique qu’« il fallait créer un consensus entre une vingtaine de pays souverains, qui doivent parvenir ensemble à un accord avec un pays débiteur. (…) On a fait des négociations jusqu’au bout de la nuit », se souvient celle qui a notamment planché sur la dette argentine pour laquelle un accord a été trouvé en 2014.
Puis, en 2015, Clotilde L’Angevin, qui caresse le souhait d’aller vers des affectations plus opérationnelles, est démarchée par un chasseur de tête. C’est alors qu’elle franchit les portes du Crédit Agricole. « Je suis entourée de personnes extrêmement compétentes. Moi, mon rôle, ici, c’est d’écouter, d’avoir un esprit synthétique, transversal, et pour cela il faut de l’humilité. L’expertise métier n’est pas chez moi. Il faut savoir faire dialoguer les gens entre eux pour avoir une valeur ajoutée à ce poste », explique celle qui est également membre du comité exécutif élargi de la banque.
Un équilibre nécessaire
De toutes ses expériences, la jeune femme semble n’avoir gardé que le meilleur. L’ouverture d’esprit fait partie des qualités de celle qui n’hésite pas à envisager des « solutions un peu ‘out of the box’ », selon ses propres termes. Pour les négociations, « il faut être inattaquable sur le fond. Il faut vraiment comprendre dans le détail les positions des uns et des autres pour pouvoir trouver des solutions qui soient à l’intersection de positions initialement diamétralement opposées », précise-t-elle.
Clotilde L’Angevin souligne que pour obtenir le parfait équilibre entre son cocon familial et son travail -ses deux priorités- il est nécessaire pour elle que sa mission soit passionnante. Cette mère de deux petits garçons, qu’elle entend bien choyer, a mis ces derniers temps entre parenthèse ses passions, pour l’histoire de l’art ou encore le piano, afin de se consacrer à ses objectifs. Néanmoins, notre férue de littérature américaine et russe, qui a grandi dans le Vermont (Etats-Unis), avoue être toujours preneuse d’un bon roman le soir en se couchant. Et pour l’avenir ? « Je ne fais pas de plans sur la comète. J’ai toujours choisi les postes qui m’enthousiasmaient le plus à un instant ‘t’. C’est aussi généralement ceux-là qui nous amènent, plus tard, vers des postes que l’on aimera beaucoup ».
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