Korelya Capital : les expériences publiques et privées payantes
N’en déplaise aux sceptiques, la France est une terre d’entrepreneurs et les projets d’avenir fleurissent. C’est en tout cas ce que constate Antoine Dresch, ex-managing director chez Goldman Sachs, qui a été dès la première heure aux côtés de l’ancienne ministre déléguée chargée des PME, de l’Innovation et de l’Économie numérique, Fleur Pellerin, présidente de Korelya Capital. Mis en place en septembre 2016, ce fonds de capital-risque semble avoir comblé toutes les attentes de ses associés qui se sont rencontrés en classes préparatoires et qui ont été témoins de mariage l’un de l’autre. Alors que les 100 millions d’euros dont ils disposent auraient normalement dû être mobilisés dans les trois ans à venir, l’ancien banquier s’attend à ce qu’ils soient investis en moins de deux ans. L’activité de l’entité bat en effet à plein régime et vient d’annoncer un investissement dans la start-up française Snips, qui se sert de l’intelligence artificielle pour améliorer le quotidien tout en protégeant les données des utilisateurs.
Antoine Dresch, qui s'est investi dans l'opération, est ravi de constater à quel point l’Europe est un vivier d’entrepreneurs. « Je suis étonné de la qualité des dossiers qui nous arrivent. Nous sommes face à des entrepreneurs de deuxième génération. Des gens avec de l’expérience, plein de talent et d’énergie », remarque-t-il. Et d’ajouter : « L’Europe a raté la vague des Facebook et autre Uber. Aujourd’hui, nous sommes dans une autre phase : celle du développement de l’intelligence artificielle, des objets connectés etc. Sans qu’il y ait nécessité d'un plan concerté au niveau européen, je suis convaincu que nous allons assister au développement de champions qui atteindront le milliard, voire milliards ».
En novembre dernier, Korelya Capital a ainsi participé à la levée de fonds de 100 millions d’euros de l’entreprise française spécialiste du son, Devialet. Une société, fondée en 2007, pleine de potentiel puisqu’elle double son chiffre d’affaires chaque année. A noter que cette pépite de la French Tech est située dans le quartier parisien des start-ups, rue Réaumur (75002). C’est-à-dire à la même adresse que Korelya mais aussi à la frontière de l’arrondissement qui accueille la Banque publique d’investissement, projet sur lequel Fleur Pellerin a travaillé lorsqu’elle était au gouvernement.
Korelya est ainsi au plus près de ses cibles hexagonales potentielles, même si un développement européen est au programme. Le projet de l’ex-ministre et de l’ancien banquier est d’ailleurs éminemment international puisqu’ils se sont alliés au leader de l’internet coréen Naver qui, avec sa filiale Line, a apporté les 100 millions d’euros dont ils disposent. Les tickets investis dans les sociétés vont de deux à sept millions d’euros, voire plus lorsque Naver se joint à l’aventure.
Ce partenariat est gagnant-gagnant puisque d’un côté Korelya ouvre les portes du Vieux Continent à son partenaire, quand son homologue offre un point d’ancrage en Asie, marché difficile à pénétrer. Plus encore, le groupe coréen met à la disposition des entreprises en portefeuille son expérience et ses technologies. « Nous construisons un écosystème européen autour de Naver », explique Antoine Dresh. Ce dernier, ainsi que Fleur Pellerin, et leur deux nouveaux partners : Delphine Villuendas, avocate et ancienne de Partech Ventures, ainsi que Paul Degueuse, qui a connu la Silicon Valley et 360 Capital Partners, s’impliquent aussi physiquement dans la vie des sociétés. « Nous cherchons à avoir des parts significatives dans les entreprises dans lesquelles nous investissons, même si nous sommes satisfaits, dans le cas de Devialet de n’avoir que 3-4% mais une place au conseil d'administration. Etre au ‘board’ d’une start-up est un souhait de notre part afin de guider, aider, transmettre », poursuit Antoine Dresch.
Que peuvent-ils apporter aux sociétés ? D’abord leurs différentes expériences et surtout leurs indispensables réseaux. Fleur Pellerin (Essec, IEP Paris, ENA), est passée par la Cour des Comptes. Elle a été secrétaire d'État chargée du Commerce extérieur, de la promotion du Tourisme et des Français de l'étranger, dans le gouvernement de Manuel Valls, puis ministre de la Culture et de la Communication dès août 2014. Pour sa part, Antoine Dresch (HEC, London Business School) a vécu au Sénégal étant plus jeune ou encore à Londres, où il a occupé divers postes à responsabilité chez Goldman Sachs et Morgan Stanley. Il y a ainsi connu la capitale britannique au moment de Tony Blair et de l’arrivée de l’Eurostar. Spécialiste des télécommunications, de l’internet et des médias, il a travaillé sur plus d’une trentaine de deals pour un montant de plus de 300 milliards de dollars. « Je regarde beaucoup plus la sortie d’une entreprise qui est au portefeuille que le prix auquel j'achète », commente l’intéressé, qui investit d’ailleurs personnellement dans des entreprises. Tout un engagement.
Reproduction et diffusion interdites sans autorisation écrite

