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Politique monétaire

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Guerre commerciale : la Chine réplique par l'arme monétaire

La Banque centrale chinoise a annoncé hier soir qu'elle allait abaisser de 0,5% le niveau des réserves obligatoires pour les banques du pays. Ce qui devrait permettre de libérer plus de 100 milliards de dollars pour booster l'économie du pays, en pleine guerre commerciale.
Renminbi - Chine - monnaie chinoise
Renminbi - Chine - monnaie chinoise

La Chine n'est pas prête de se laisser intimider par les attaques commerciales initiées par les Etats-Unis. Après avoir publié la semaine dernière une liste de produits américains sur lesquels elle compte augmenter ses droits de douane, elle a annoncé hier par le biais de sa banque centrale, une mesure de politique monétaire qui devrait l'aider à amortir les conséquences économiques d'une guerre commerciale de longue durée. La People Bank of China a ainsi déclaré qu'elle abaisserait le niveau de réserves obligatoires des banques du pays de 0,5% à partir du 7 juillet prochain. Ce qui, selon les estimations de la banque centrale devrait permettre de libérer 700 milliards de yuans (107 milliards de dollars) de capitaux puisque 80% des dépôts bancaires seraient concernés par la mesure. 

Dans le détail, la PBoC, les 5 banques d'Etat et les 12 banques sous contrôle partiel de l'Etat , qui devraient obtenir 500 milliards de yuans supplémentaires, ont été encouragées à échanger une partie de leurs créances en actions, afin d'aider les entreprises à réduire leur niveau d'endettement et faciliter la restructuration des "sociétés zombies" (groupes chinois incapables de rembourser leurs dettes et maintenus sous perfusion de l'Etat). La mesure devrait en outre permettre de libérer 200 milliards de yuans pour les plus petites banques locales, incitées de leur côté à davantage prêter aux PME. S'il ne s'agit que de recommandations auprès des banques sur la façon d'utiliser leurs liquidités supplémentaires, la PBoC a tout de même averti qu'elle surveillerait de près l'allocation des nouvelles liquidités lors de ses revues macro prudentielles trimestrielles.

Quel est le but in fine de ce geste réalisé en faveur des banques ? "La baisse du taux de réserves obligatoires va permettre d'abaisser les coûts de financements et d'augmenter la capacité de prêts des banques", explique Wei Yao, analyste à la Société Générale. Et in fine de booster la croissance. "Mais toute la question est de savoir si les banques vont réellement accroître leurs prêts aux entreprises et particuliers dans un contexte de ralentissement économique," poursuit l'analyste. La guerre commerciale risque en effet de peser sur le commerce mondial et sur la croissance chinoise. 

D'où l'idée que la Banque centrale chinoise pourrait sortir d'autres outils de son sac pour soutenir le PIB du pays, en cas d'enlisement du conflit commercial : si l'institution a pour l'instant adopté un ton neutre, sans signaler qu'elle poursuivrait l'assouplissement monétaire, de nombreux analystes estiment qu'elle le fera dans un second temps. "La PBoC n'a pas donné d'indication concernant la suite de sa stratégie car elle ne voudrait pas donner l'impression qu'elle recule d'un point de vue de la réglementation financière", explique encore Wei Yao. "Cette décision d'abaisser le niveau de réserves sera la première d'une série de mesures (...) D'autant que les tensions commerciales entre la Chine et les Etats-Unis ont obscurci l'environnement économique". Même son de cloche chez Natixis : le stratégiste Nordine Naam estime ainsi que la PBoC pourrait même utiliser l'arme des changes pour entraver les exportations américaines. "Au cours des dernières années, la banque centrale chinoise est intervenue sur le marché des changes pour limiter la dépréciation du yuan - due aux sorties de capitaux - vis-à-vis des autres grandes devises. Dans le cadre des négociations de Pékin avec Washington sur le front commercial, l’autorité monétaire pourrait un peu moins intervenir, laissant ainsi la porte ouverte à une dépréciation graduelle du yuan", explique ainsi le stratégiste dans une interview parue sur Capital. 

Dernière arme que la Chine pourrait utiliser pour faire pression sur le Etats-Unis : se débarrasser d'une partie de son stock d'obligations américaines, dont elle est le premier détenteur (à hauteur de 1.146 milliards de dollars), ce qui ferait du même coup grimper le taux des Treasuries. Mais c'est sans doute la dernière munition que Pékin sortira, car en agissant de la sorte, la Chine serait elle-même directement pénalisée, et verrait son stock de dette USA déprécié. 

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