Politique européenne
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"Merkel a déjà perdu le pouvoir"
Dans les faits, Merkel « a déjà perdu le pouvoir ». C'est ce qu'il ressort en tout cas dans une interview accordée par le politologue Heinrich Oberreuter au journal Rheinische Post. Selon lui : « un ministre de l'Intérieur qui, comme Horst Seehofer, remet en question les compétences de la chancelière en tant que décideur politique, a déjà dit adieu au gouvernement. Mais une chancelière qui doit se justifier sur son autorité a aussi déjà perdu le pouvoir », estime-t-il. Vendredi dernier, la chancelière Angela Merkel a affirmé haut et fort lors de sa conférence de presse estivale qu'on ne pouvait être ministre que si on acceptait ses lignes directrices. Une façon pour elle d'apporter un « contrepoint avec un ton dur et aiguisé à la CSU », note Heinrich Oberreuter. Dans une autre interview accordée au Taggesspiegel, le politologue estime cependant que le conflit entre les deux alliés historiques, la CDU et la CSU a fortement pesé sur cette dernière, alors que des élections régionales se tiendront en Bavière à l'automne prochain. « Les conflits ont toujours nui aux politiciens et aux partis », note-t-il. « Le tohubohu a également eu l'effet de remettre la question des réfugiés au milieu des débats. Et avec, le sentiment d'inconfort et d'insécurité ».
Dans le même temps, on apprend que « la majorité des Allemands pensent que l'Europe peut se défendre sans l'aide des Etats-Unis », selon un sondage Forsa, rapporté par l'agence Reuters. Seuls 37% des personnes interrogées estiment en effet que l'Europe dépend de la puissance militaire du pays de Donald Trump. Une réaction à l'ultimatum formulé par le président républicain devant l'OTAN, qui menaçait de retirer son soutien si l'Europe maintenait ses taxations. A noter également que 84% des répondants estiment que le contrôle de l'Allemagne par la Russie, affirmé par Donald Trump est « complètement absurde ».
Evidemment, les médias allemands, à l'instar de la majorité des titres européens ont également les yeux rivés sur Paris et sur l'affaire Benalla. Pour le Handelsblatt, le président Emmanuel Macron est « coincé dans une grave crise intérieure ». « Le gouvernement français est en détresse en raison du garde du corps personnel de Macron. La suspicion : un appareil de sécurité parallèle à l'Elysée ». Pour le Spiegel, « le ministre de l'Intérieur rend le service présidentiel de Macron responsable ». Dans une analyse, le correspondant du Spiegel estime que « Macron a protégé trop longtemps son collaborateur – maintenant, le scandale l'a rattrapé ». « Comme il n'est pas rare lors de scandales, l'infraction initiale était mineure », poursuit le site de l'hebdomadaire, détaillant les premiers faits reprochés à Benalla, le 1er mai dernier. Mais son retour en service le 14 juillet est « ce qui alimente l'indignation générale aujourd'hui : Macron a toujours été strict – mais il ne l'est pas envers ses propres hommes, entend-t-on ». Le Spiegel estime que « l'indignation des médias n'est que l'expression d'une opinion publique qui fonctionne. Et le scandale, aussi ridicule puisse-t-il paraître à distance, n'est venu de nulle part ailleurs que de chez Macron. Il est temps que le président rompe son silence arrogant. A moins qu'il ne sache pas comment fonctionne un scandale. Car même la personne la plus intelligente ne peut rien faire contre ».
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