IPO
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L’indulgence coupable des marchés américains
Apple a été à l’image de la majorité des corporates américains pour cette salve de résultats semestriels : mardi soir, le groupe a annoncé des résultats meilleurs que prévu, grâce à des prix de vente toujours plus hauts pour l’iPhone et à la montée en puissance de ses services. Une nouvelle qui a clôturé une très belle séance encore pour le Dow Jones, qui a clôturé en hausse de 108 points, et qui signe en juillet son meilleur mois depuis janvier, en hausse de 4,6%. Raison principale de l’engouement des investisseurs ce mardi : une dépêche de Bloomberg, rapportant que les leaders américains et chinois avaient repris des discussions confidentielles afin de travailler à un apaisement des tensions commerciales. Le secrétaire au Trésor américain, Steve Mnuchin, et le vice-Premier ministre chinois Liu He seraient en contact direct pour éviter l’éclatement d’une guerre commerciale, ce qui a suffi pour faire bondir Boeing et Caterpillar.
Outre cela, le mois de juillet a été animé par des résultats très bien orientés des corporates américains. Selon Thomson Reuters, 60% des groupes du S&P 500 ont déjà publié leurs comptes semestriels et 82% d’entre eux ont dépassé les attentes des analystes. Les investisseurs semblent donc plutôt sereins sur l’orientation des grands industriels, alors que le doute s’est récemment emparé d’eux concernant la tech. Facebook jongle toujours avec ses problèmes de traitement des données personnelles, et a même annoncé mardi avoir retiré 32 comptes accusés de diffuser de fausses informations et de vouloir influencer les élections de mi-mandat aux Etats-Unis, en novembre prochain. En général, la tech apparaît un secteur plus difficile à encadrer, et qui sera moins rentable que prévu pour ses actionnaires, au vu des inévitables coûts de régulation.
Au plan macro, le mois a enfin été porté par l’excellent niveau de croissance US au deuxième trimestre, évaluée à 4,1% vendredi et qui conforter la Fed dans sa prochaine hausse des taux en septembre, et dans l’adoption d’un discours bullish demain. Tout est-il donc au mieux dans le meilleur des mondes de l’autre côté de l’Atlantique ? Si le miroir immédiat est flatteur, il cache une autre réalité, nettement moins glorieuse. La réforme fiscale, qui a entraîné ce rebond de croissance aussi énergique que fugace, a aussi creusé le déficit américain : selon le Congressional Budget Office (CBO), elle constitue un manque-à-gagner de 1300 milliards de dollars de recettes sur dix ans pour le gouvernement, et même 1 900 milliards en prenant en compte l’intérêt sur la dette. En intégrant le budget et les hausses de 10% accordées à l’armée et les programmes domestiques, la facture se monte à 2 700 milliards de dollars, selon le CBO.
Un comportement inexcusable lorsque l’on sait que les Etats-Unis connaissent une période d’expansion, avec croissance et chômage au plus bas. Un contexte dans lequel les administrations en profitent pour réduire le déficit, voire dégager un surplus comme cela fut le cas entre 1998 et 2001. Au lieu de cela, l’exécutif compte faire un nouveau cadeau fiscal aux riches Américains, en indexant l’inflation dans le calcul de l’impôt sur les plus-values. Pour le moment, les Etats-Unis bénéficient certes du dollar et de son statut de monnaie refuge, mais en période de resserrement monétaire et alors que le 10 ans américain frôle les 3%, le pays pourrait bientôt avoir à payer encore plus cher pour se financer, au risque de s’embourber un peu plus dans la spirale de la dette.
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