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La digitalisation des banques européennes, une question de survie

Selon Eurogroup, les banques d’investissement du Vieux Continent perdent du terrain face à leurs concurrentes américaines, en raison de la régulation mais aussi de leur retard dans la digitalisation. L’objectif est donc d’accélérer avec des projets ciblés et agiles, afin d’amener le « banquier augmenté » au plus grand nombre de clients.
Banquier - illustration - finance - Londres - Angleterre - Grande-Bretagne - salaires - rémunérations - paie
Banquier - illustration - finance - Londres - Angleterre - Grande-Bretagne - salaires - rémunérations - paie

C’est un constat sévère envers les banques européennes que dresse le cabinet Eurogroup Consulting, mais qui donne aussi de multiples pistes pour améliorer leur compétitivité. Ainsi, les institutions du Vieux Continent ont manifestement perdu du champ par rapport à leurs concurrentes américaines comme en témoignent les chiffres : leurs parts de marché sont tombées de 50% à 33% en dix ans, et une baisse de leur chiffre d’affaires mondial, de 81 à 62 milliards d’euros en cinq ans. Bien sûr, de grandes disparités existent en fonction de leurs segments de marché et taille, si bien que leurs rendements sur fonds propres varient grandement avec Unicredit en tête de file (ROE de 20,2%) et Deutsche Bank de l’autre côté (1,1%).

Deux facteurs expliquent la divergence de performance entre les institutions européennes et américaines : la régulation d’une part, et la digitalisation de l’autre. Les autorités américaines sont à la fois plus clémentes envers leurs banques, et ont infligé de lourdes amendes aux acteurs européens – à l’instar de celle d’1 milliard de dollars à l’égard de la Société Générale – qui ont impacté leurs profits. Elles s’immiscent aussi dans les négociations post-Brexit dans le but de favoriser les filiales anglo-saxonnes installées outre-Manche. Sans compter qu’avec le relâchement des critères de grandes banques selon Dodd-Frank, la consolidation devrait encore s’accélérer aux Etats-Unis.

Mais surtout, les institutions américaines ont un temps d’avance en matière de digitalisation. Le cabinet Eurogroup a noté ces acteurs en fonction de critères comme l’expérience client, l’organisation, les données analytiques, la culture, l’intégration de l’écosystème et les objectifs, et JP Morgan et Goldman Sachs, avec des scores de 5,02 et 4,98 sur 6, devancent nettement leurs meilleures concurrentes européennes (4,97 et 4,6). Le cabinet cite par exemple MSX, un système déployé par JP Morgan afin d’optimiser la productivité et rentabilité de ses divisions de ventes fixed income et trading, ou encore le machine learning utilisé par Goldman Sachs pour faciliter le process d’IPO.

Pourtant, tout n’est pas perdu et les banques européennes ont plusieurs pistes pour renverser cette tendance. Côté réglementaire, elles doivent privilégier deux axes dans leurs réponses, celui de la mise en œuvre effective et efficace. Cela implique une remise à niveau des modèles métiers et opérationnels en partant du client, et qui concerne à la fois les systèmes informatiques, l’organisation, la hiérarchie et les compétences. L’objectif est donc d’exécuter ces projets pour améliorer les revenus et les coûts, et d’y mobiliser étroitement le personnel. Côté digital, les acteurs européens doivent accélérer leurs efforts digitaux, adopter une approche systématique et pragmatique pour l’intégrer totalement dans leurs opérations, et en se fondant sur trois piliers : donner plus de pouvoir aux salariés en les formant à tous les atouts du digital, l’expérimentation dans un environnement startup agile, avec une mentalité "test& learn". Et enfin, adopter des solutions et construire une expertise pour les réaliser à grande échelle via des hackatons, des usines digitales ou encore du coaching digital dédié.

L’objectif est immense et ambitieux, mais il est indispensable pour que les banques européennes gardent leur place dans le grand jeu mondial, face à des concurrentes américaines toujours plus grandes et puissantes, mais aussi à des acteurs non bancaires de plus en plus incontournables, avec 550 milliards de dollars de financement alternatif en 2017. Certaines ont déjà posé des jalons pour construire des profils de "banquier intelligent" pour les tâches les plus simples afin de se concentrer sur celles à haute valeur ajoutée, relève Eurogroup. Cela est indispensable car "nous sommes aujourd’hui à la croisée des chemins pour réinventer la banque d’investissement et de financement du futur, agile et résiliente. C’est un enjeu de survie et de souveraineté européenne", conclut Pierre Reboul, Partner, Global Head of Wholesale Banking Practice, d’Eurogroup Consulting.

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