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Quel avenir pour le groupe Frère après Albert Frère ?
Albert Frère était sans doute le plus francophile des milliardaires étrangers. J’ai eu la chance de le rencontrer à la fin des années 80 dans son appartement de l’Avenue Foch, au milieu d’un salon couvert de boiseries et orné de toiles de maîtres. Je l’ai revu dans ce même salon à plusieurs reprises. Et à chaque fois, en vieux renard des affaires, il demandait la veille à ce que je lui communique mes questions, afin de ne pas être pris au dépourvu.
Il avait beau avoir formé une alliance à 50 – 50 avec Paul Desmarais, francophile comme lui, au sein de Parjointco, actionnaire à 55,6 % de Pargesa, c’était lui qui était la représentation de ce groupe construit à parité. Et lorsque GBL (détenu à 50 %) par Pargesa prenait une participation dans Lafarge ou bien au capital de Pernod-Ricard, les journaux titraient de manière abusive : Albert Frère rentre au capital de X ou de Y.
Voilà pourquoi la clé de l’avenir du groupe se situe non pas en Belgique, mais en Suisse au sein de la holding Pargesa, détenue par la coquille néerlandaise Parjointco à hauteur de 55,5 % (mais avec 75,4 %) des droits de vote. Cette coquille est détenue à parité par la fondation Frère Bourgeois dont le siège est aux Pays-Bas et par The Desmarais Family Residuary Trust, qui est conçu comme une fondation et qui a été mis en place au décès de Paul Desmarais pour le bénéfice de certains membres de sa famille.
Même si Pargesa et GBL sont deux groupes cotés en Bourse, leur avenir ne se pose pas sur le plan capitalistique puisque leurs deux actionnaires finaux sont deux fondations créées pour éviter la dissolution du capital en cas de succession.
À côté de cette organisation capitalistique il y a l’organisation humaine qu’Albert Frère avait déjà commencé à mettre en place à partir de 2015 en nommant deux administrateurs délégués : son gendre Ian Galliene, l’époux de sa seule fille, Ségolène, et Gérard Lamarche, qui fut, il y a quelques années, directeur financier de l’ex Suez devenu Engie. Bien sûr le frère aîné de Ségolène Gallienne est président de GBL, mais non exécutif, de même que le fils de Paul Desmarais est vice-président, sans grand pouvoir.
En revanche il faut surveiller la troisième génération des Desmarais incarnée par Paul Desmarais III, membre du comité permanent de GBL. Beaucoup s’accordent à lui prédire un bel avenir. Âgé de 36 ans, il est diplômé en Économie de l’Université de Harvard et titulaire d’un MBA de l’INSEAD. Il a commencé sa carrière chez Goldman Sachs aux Etats-Unis. Depuis mai 2014, il est Vice-Président de Power Corporation du Canada et de Corporation Financière Power, les deux noyaux du groupe Desmarais.
Mais Albert Frère avait des actifs en dehors de ceux qu’il avait acquis et développés avec Paul Desmarais. En dehors d’une participation de 0,6 % au capital de Total qui représente un actif de 900 millions d’euros, la société familiale Frère Bourgeois (qui reprend le patronyme de la mère d’Albert Frère) détient 99,7 % de la Compagnie Nationale à Portefeuille. Longtemps Paribas a été mêlé à cette partie-là du groupe avant d’en sortir il y a quelques années. Cette société détient notamment 7,2 % de M6, 48,7 % de Caffitaly, producteur de machines à café et de capsules, 50 % de Cheval Blanc, ou 100 % d’International Duty Free.
Tout cela signifie que les enfants d’Albert Frère n’ont pas besoin de toucher au sanctuaire GBL s’ils ont besoin de monétiser une partie de la fortune du patriarche décédé, et qui est estimée à 6,5 milliards d’euros (sans les œuvres d’art et la cave de vieux millésimes). Toute sa vie Albert Frère a su anticiper les événements. Il avait parfaitement préparé sa succession et même la pérennité de son groupe, une fois passé dans l’autre monde.
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