Rémy Rioux : un historien à la tête de l’une des grandes institutions de demain
Né en 1969 à Neuilly-sur-Seine, Rémy Rioux est le fils d’un universitaire et Inspecteur général de l’Éducation nationale et d’une enseignante, tous deux passionnés d’Histoire. C’est donc naturellement que l’actuel directeur général de l’Agence Française de Développement (AFD) a étudié cette science de long en large, d’abord à l’université Paris 1 Panthéon-Sorbonne, ensuite à l’École des hautes études en sciences sociales (EHESS) puis à l’ENS (ULM). Il est également diplômé de l’Institut d’études politiques de Paris et a obtenu le diplôme d’études approfondies (DEA) d’histoire. À ses 26 ans il côtoie Édouard Philippe et Benoît Ribadeau-Dumas - l’actuel directeur de cabinet du Premier ministre - sur les bancs de l’ENA, promotion Marc Bloch.
À sa sortie, Rémy Rioux avait “le choix”. Il commence sa carrière comme auditeur à la Cour des comptes en 1997, et devient conseiller-maître six ans plus tard. Entre temps, il a été rapporteur à la Cour de discipline budgétaire et financière, particulier puis général au Conseil des impôts (1999-2000). Il est par la suite conseiller budgétaire au cabinet de Daniel Vaillant - alors ministre de l’Intérieur - pendant deux ans, puis arrive au Trésor en tant que chef de bureau en 2004. Trois ans plus tard, il œuvre pour le ministère de l’Économie, des Finances et de l’Emploi, puis retourne à la direction générale du Trésor en tant que sous-directeur des affaires financières internationales et du développement (2010-2012).
Dès lors, sa carrière professionnelle prend un tournant international - sans jamais délaisser le domestique pour autant - pour ce passionné de l’Afrique et de ses défis. En 2012, il devient dircab de Pierre Moscovici, alors ministre de l’Économie et du Commerce extérieur, puis ministre de l’Économie et des Finances. En 2014 enfin, Rémy Rioux est nommé par Laurent Fabius secrétaire général adjoint du ministère des Affaires étrangères et du Développement international, une fonction qu’il occupera deux ans durant.
Parmi les personnes qui ont marqué sa vie étudiante et professionnelle, Rémy Rioux se tourne sans hésiter vers l’Histoire encore, citant son grand-oncle Paul Viallaneix (1925-2018), officier de la Légion d’Honneur, historien français, professeur de littérature et spécialiste de Jules Michelet, Jules Supervielle et Albert Camus. C’est également Pierre Nora, historien français et membre de l’Académie française qu’il choisit de mentionner. Côté professionnel, c’est Laurent Fabius, pour qui il marque un profond respect et avec qui il a travaillé quand l’ancien ministre était président de l’Assemblée (1997-2000). ”Nous avons fait ensemble son chef-d’œuvre, l’Accord de Paris de 2015”, ajoutant ensuite “j’ai également servi Pierre Moscovici avec un grand bonheur, je reste proche de lui professionnellement, comme personnellement”.
Au-delà de son mandat actuel de directeur général de l’AFD, Rémy Rioux est également président de l’International Development Finance Club (IDFC), ce groupe leader de 24 banques de développement nationales et régionales du monde entier. “Je suis le directeur général d’une banque du Nord qui préside des banques du Sud, et c’est bien la preuve que la coopération internationale est possible sur des sujets si délicats. L’IDFC est le plus grand fournisseur mondial de financement public pour le développement et le climat, avec un actif cumulé de 4.000 milliards de dollars et des engagements annuels supérieurs à 850 milliards de dollars, dont 200 milliards en financement climat”.
Particulièrement intéressé par les questions climatiques et écologiques, Rémy Rioux se montre à la fois confiant pour l’avenir et fier de ce qui a été accompli. Malgré la hausse avortée des taxes sur le carburant à la mi-décembre par le Président de la République Emmanuel Macron et les récentes émeutes meurtrières qui ont éclaté au Zimbabwe, aussi pour des raisons de fiscalité sur le carburant, il est selon lui “encore possible de redresser la trajectoire climat tout en créant davantage de justice sociale”.
Quant aux moyens financiers actuels de la Banque de développement, l’année 2019 sera “historique”. Bien que la France soit encore loin de la promesse faite par le Chef de l’État d'allouer 0,55 % du RNB à l’Aide Pour le Développement (APD) d'ici à 2022, “les efforts budgétaires sont réels”. “Dans la loi de finances 2019, les autorisations d’engagements ont bien augmenté d’un milliard d’euros. Le Président a par ailleurs annoncé une loi d’orientation et de programmation pour le développement”. Une ombre au tableau tout de même : celle de la réallocation d’une partie du produit de la Taxe sur les Transactions Financières (TTF), au budget général 2019 (pour lire un article sur ce sujet, cliquez ici).
Les deux fonctions actuelles de Rémy Rioux doivent prendre fin en 2019, au printemps pour l’AFD et vers la fin de l’année pour l’IDFC. Mais l'Énarque compte bien continuer à oeuvrer pour ces grandes institutions : “Concernant l’IDFC, je proposerai à mes collègues de poursuivre un petit peu. Et c’est bien mon intention de poursuivre également à la direction de l’AFD.”
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