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Jeu de dupes et poker menteur
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En cette rentrée, WanSquare s'enrichit, chaque samedi matin, d'une nouvelle chronique géopolitique écrite par Alexandre Adler, afin d'aider nos abonnés à mieux décrypter une actualité internationale très chargée et dont les conséquences sur l'économie française sont évidemment importantes. Nul besoin de présenter Alexandre Adler, qui est le meilleur analyste en matière de géopolitique en France. C'est un honneur et une chance pour WanSquare de l'accueillir dans ces colonnes. Yves de Kerdrel
Nous assistons en cette rentrée à un extraordinaire jeu de dupes consistant à reconnaître l’ampleur et la gravité des problèmes à gérer dans le monde, mais aussi à en nier les données réelles de manière, sans aucun doute, à pouvoir mieux en gérer le caractère aléatoire et les soudains tournants imprévus de la conjoncture.
Commençons donc ce petit jeu de la barbichette menteuse par le prince incontesté du double entendre, le nouveau premier ministre britannique Boris Johnson. Ce dernier, qui joue en ce moment même une partie des plus difficiles, se trouve contraint à réduire considérablement son jeu de poker menteur devant l’inquiétude, impossible à apaiser, des habitants du grand Londres qui sont prêts à toutes les concessions, pour peu que leur avenir européen soit assuré de manière inconditionnelle. Ce ne sont pas les dirigeants travaillistes débiles et leurs menaces en carton-pâte qui viennent de mettre Boris Johnson en difficulté mais tout simplement les demandes non négociables de l’électorat londonien proeuropéen.
Le Jeu d'équilibriste de Boris Johnson
Boris Johnson en sera réduit, s’il veut à la fin l’élection anticipée qu’il réclame pour des raisons constitutionnelles, - il n’existe pas de dissolution par vote en Angleterre depuis toujours - à assurer une forme de compromis radical proeuropéen en perdant toute capacité d’intimidation sur l’Europe communautaire. Moyennant ce jeu d’équilibriste plus risqué, les travaillistes quitteront la vie politique britannique exactement comme François Hollande aura du le faire face à Emmanuel Macron.
Mais, du coup, c’est Donald Trump, malgré ses rodomontades répétées, qui se retrouve lui aussi contraint au même poker menteur : Trump ne peut pas se permettre de provoquer une crise internationale majeure, tant avec la Chine et la Corée du Nord de nouveau solidaires, qu’avec l’Arabie saoudite où le véritable homme fort Adel Al-Jubeir ne veut en aucun cas de guerre ouverte avec l’Iran, pays avec lequel il continue de dialoguer discrètement grâce à son vieil ami, le ministre des Affaires étrangères Zarif et le président Rohani que Moscou soutient à bout de bras contre les extrémistes pasdaran dont le véritable état-major se retrouve encore en Irak et en Turquie.
Netanyahu et la fausse alliance avec la droite
Or, troisième partie de ce jeu de poker, Netanyahu mène actuellement un double jeu non moins menteur avec l’opinion israélienne. Ne lui fait-il pas croire en ce moment même qu’il organise une sorte de coalition homogène de la droite anti palestinienne, alors qu’il ne souhaite, à l’issue de l’actuel débat, que de reconduire son gouvernement d’union nationale avec la gauche militaire et pragmatique de Benny Gantz ? Mais pour cela, il lui faut s’appuyer sur une droite, en réalité pragmatique et beaucoup plus modérée qu’elle ne le dit, celle du parti Shas dont les dirigeants religieux ont déjà exprimé leur désir de donner leur appui à "des concessions substantielles" aux Palestiniens. Lesquelles concessions pourraient tout aussi bien inclure l’actuel parti Hamas, tout autant que l’OLP désireux de parvenir à une stabilisation beaucoup plus qu’à des déclarations définitives.
Entre-temps, Netanyahu accorde une entière confiance à ses partenaires saoudiens, et notamment à l’homme fort du régime Adel Al-Jubeir pour annoncer des ouvertures au Moyen Orient qui bouleverseront très vite la donne strictement palestinienne. Et tout cela suppose de ménager toujours l’actuel roi d’Arabie Salmane pour qu’il laisse remonter au pouvoir son fils "MBS".
Alexandre Adler
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