Taux - Dette Souveraine
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OAT dix ans : la fin des taux négatifs ?
L'OAT dix ans en a-t-elle fini avec l'ère des taux négatifs ? Jeudi dernier, le rendement des titres de l'Hexagone est repassé au-dessus de 0 %, et s'échange depuis autour de ce niveau. Ce matin les obligations du pays se traitaient ainsi à 0,01 %, un rendement certes encore historiquement bas. Mais qui est sensiblement remonté depuis le record à la baisse de mi-août, où le taux dix ans avait atteint -0,446 %. Comment expliquer cette amélioration du rendement français, et est-elle propre à l'Hexagone ?
La France n'est pas un cas isolé et c'est bien l'ensemble des rendements souverains de la zone euro qui s'est apprécié depuis le début du mois d'octobre. Et ce, pour plusieurs raisons : tout d'abord, les marchés ont abandonné leurs anticipations de baisses de taux supplémentaires de la part de la BCE, dans un contexte d'amélioration de la conjoncture en zone euro. "Le scénario 'worse for longer', qui prédominait cet été sur les marchés n'est plus d'actualité. Alors que les marchés estimaient que la BCE pourrait baisser son taux de dépôt jusque -0,8 %, ils n'anticipent à présent plus que 10 points de base de baisse", explique ainsi Jean-Christophe Machado, stratégiste chez Natixis.
Principal facteur de ce changement de perception : une amélioration des indicateurs de conjoncture donc, et une communication assez claire de la BCE, sur le fait qu'elle a mis en place suffisamment de mesures pour soutenir l'économie. Rappelons que Mario Draghi a décidé de relancer le QE en septembre dernier, et baissé le taux de dépôt de -0,4% à -0,5%. La nouvelle présidente Christine Lagarde, dont la première réunion de politique monétaire a lieu jeudi, devrait maintenir le même discours voire ne pas se prononcer sur l'avenir immédiat du QE et des instruments de taux, ce qui pourrait être interprété comme un signal "hawkish" par les marchés, selon ING.
Autre élément d'explication de l'appréciation des taux français : la hausse des taux allemands ! Puisque comme toujours, les obligations allemandes ont été les premières à réagir au changement d'humeur du marché de taux depuis cet été. Le rendement du Bund se traite cependant encore en territoire négatif, autour de -0,297 %, contre -0,712 % mi-août, son plus bas historique. "Les rendements allemands sont les premiers impactés quand les anticipations de taux remontent", explique encore Jean-Christophe Machado. Selon les prévisions de Natixis, le dix ans outre-Rhin devrait rester en territoire négatif l'an prochain et terminer l'année 2020 autour de -0,03 %, tandis que le taux de l'OAT remonterait progressivement autour de 0,20 %.
Plusieurs facteurs exogènes pourraient cependant faire retourner les taux français en territoire négatif : une intensification des tensions commerciales, une récession américaine qui s'étendrait au reste du monde ou une crise financière, qui pousserait les investisseurs à se tourner vers les actifs refuge, dont les titres français font partie. En attendant de tels événements, les investisseurs profitent du seuil de 0 % que l'OAT vient de franchir pour acheter de la dette française. "Les investisseurs ont souvent des cibles et achètent quand les taux passent un certain niveau, comme c'est le cas actuellement", explique encore Jean-Christophe Machado.
À très court terme, si le gouvernement annonce un plan de dépenses important pour tenter d'apaiser les tensions sociales liées aux réformes des retraites, les taux français pourraient connaître un mouvement de hausse temporaire, comme cela avait été le cas au moment des gilets jaunes. Mais à moyen et long terme, les rendements français resteront bas, alors que l'économie de l'Hexagone est plutôt dynamique relativement aux autres États de la zone, et notamment de l'Allemagne.
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