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Renault veut réagir dans un contexte incertain

Avec une année 2019 difficile, Renault veut économiser 20% de ses coûts fixes en trois ans et prépare un plan pour l'Alliance.
Renault
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Luca de Meo aura fort affaire à son arrivée à la tête de Renault le 1er juillet. Sous pression après des résultats 2019 dans le rouge (une première depuis 10 ans), avec une perte de 141 millions d’euros, le constructeur automobile français a annoncé vendredi matin sa volonté de réduire ses coûts fixes d’au moins deux milliards d’euros dans les trois prochaines années. Un montant qui représente environ 20% du total de ces coûts.

"Notre structure de coûts actuelle est dimensionnée pour des ventes et des conditions de marché bien meilleures" qu’en 2019 et 2020, a expliqué Clotilde Delbos, directrice générale par intérim de Renault, au cours d’une conférence avec les analystes.

Dans les grandes lignes, les efforts concerneront l’appareil industriel et les sous-traitants, la stratégie de make-or-buy (arbitrage entre la fabrication en interne ou la sous-traitance), l’efficacité du marketing et de la R&D, tandis que le groupe au losange étudiera la vente d’actifs non stratégiques (lesquels n’ont pas été désignés).

Le poids de Nissan

En revanche, ce dernier sujet ne devrait pas, sauf dégradation exceptionnelle de la situation, concerner la participation de Renault dans Nissan (actuellement à hauteur de 43,4%). "Nous n’avons pas eu une seule discussion sur une modification des participations. J’ajouterais que si je devais vendre des actions Nissan au niveau de valorisation actuel, je ne serais pas très heureuse", a-t-elle déclarée – l’action Nissan a perdu 45% en Bourse au cours des 12 derniers mois et près de 60% en cinq ans (elle est tombée à 514 yen vendredi). En déclin depuis trois ans, le constructeur japonais a annoncé jeudi une perte nette de 26,1 milliards de yen (218 millions d’euros) au troisième trimestre (clos le 31 décembre) – il s’agit de sa première perte trimestrielle depuis mars 2009.

Le plan d’économies de Renault aura en revanche "certainement un impact sur les emplois" et des fermetures d’usines ne sont pas à exclure, a concédé Clotilde Delbos lors de la conférence de presse. La restructuration est à la fois le fruit de résultats dégradés en 2019 et de perspectives maussades pour 2020.

Une année 2019 difficile

La contribution de Nissan au résultat de Renault s’est effondrée entre 2018 et 2019, passant de 1,5 milliard à 242 millions d’euros. Les difficultés de Renault en Chine a conduit le groupe au losange à passer des dépréciations dans ses deux sociétés communes locales, RBJAC (avec Brilliance) et DRAC (avec Donfeng). Leur contribution a été négative à hauteur de 432 millions d’euros. Concernant le groupe Renault lui-même, son chiffre d’affaires a reculé de 3,3% en 2019 (à 55,5 milliards d’euros), pâtissant de la faiblesse du marché automobile (qui a reculé de 4,8%), mais aussi de contre-performances (en Chine) et de l’arrêt de ses activités en Iran. Il a aussi dépensé 587 millions d’euros pour enrichir ses modèles et les adapter aux nouvelles réglementations sur les émissions. Conséquence de tout ceci, la marge opérationnelle est passée de 6,3% à 4,8%. Par ailleurs, les résultats ont été affectés par une charge fiscale de 753 millions d'euros liée à la suspension du plan stratégique moyen terme lancé par l'ex-PDG Carlos Ghosn.

Point positif, Renault est parvenu à redresser la chute du flux de trésorerie disponible (free cashflow, ou FCF) opérationnel de l’activité automobile, qui avait inquiété les analystes : ce dernier termine l’année à +153 millions d’euros (-75% par rapport à 2018), alors qu’il était négatif au premier semestre de 716 millions d’euros.

Les défis pour 2020

Cette année, Renault prévoit un recul d’au moins 3% du marché automobile européen et de 3% en Russie, mais une croissance d’environ 5% au Brésil (après un effondrement de ce marché l’année passée). Il anticipe une nouvelle baisse de sa marge opérationnelle, comprise entre 3% et 4%, pour un chiffre d’affaires stable par rapport à 2019 et un FCF opérationnel positif avant coûts de restructuration.

Les prévisions de Renault ne tiennent pas compte des conséquences du coronavirus, pour l’heure difficile à quantifier à long terme. "Après quatre jours d’interruption, l’usine du groupe en Corée va redémarrer la semaine prochaine. Mais des pièces commencent à manquer dans d’autres usines. Beaucoup de composants de l’industrie automobile sont produits dans la région de Wuhan. Les choses iront bien si la production redémarre rapidement", a déclaré Clotilde Delbos

L’année sera marquée par la mise en œuvre des nouvelles normes européennes sur les émissions Cafe (Corporate average fuel economy) sur les nouvelles ventes des constructeurs, qui vont devoir électrifier leurs gammes à vitesse grand V. Renault compte notamment sur sa nouvelle Zoe et l’électrification de ses modèles les plus vendus : Clio, Mégane et Captur. Mais Renault devra naviguer sous la contrainte de la flambée des prix du palladium et développer des batteries moins consommatrices de ce métal précieux. "Nous ne sommes pas les meilleurs dans ce domaine mais nous essayons de progresser", a mentionné Clotilde Delbos.

Un plan pour l’Alliance en mai

En plus du plan d’économies, Renault compte sur la revitalisation de l’alliance avec Nissan et Mitsubishi. Les grandes lignes d’un plan seront présentées en mai prochain. Il s’agira notamment d’intégrer totalement la conception des plates-formes communes, d’où dériveront les véhicules des différentes marques. En attendant, les constructeurs vont mettre en place le principe de "leader/follower" pour répartir les responsabilités dans les différents modules pour éviter toute duplication du travail, présenté en janvier dernier.

Si Renault n’attend pas l’arrivée de Luca de Meo, c’est que le constructeur s’estime pressé par le temps. "Nous ne pouvons pas attendre le quatrième trimestre pour déterminer ce que nous devons faire. Mais ce qui sera communiqué en mai ne sera pas le plan complet, mais jettera les bases sur lesquelles Luca de Meo pourra s’appuyer", nuance Clotilde Delbos.

 

Les investisseurs ont pris le temps pour analyser ces annonces. Après avoir cédé jusqu’à 4,7% en matinée vendredi, l’action Renault s’est retournée et s’adjugeait 2,3% vers 14h30.

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