Politique économique
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Agnès Buzyn, la candidature qui change tout
Paris sera un combat de femmes. En désignant Agnès Buzyn nouvelle tête de liste pour conduire la liste de la République En marche dans la capitale, l’état-major LREM a voulu envoyer plusieurs signaux forts. D’abord, le parti présidentiel ne se résigne pas (totalement) à une défaite : en envoyant, pour porter la liste, une figure médiatique (l’une des plus connues du gouvernement), les sondages pourraient être rebattus. Agnès Buzyn pourrait notamment capter une partie de l’électorat de Rachida Dati, placée en seconde position selon différents sondages récents, et ainsi refaire basculer une partie de la droite dans le giron du parti présidentiel. Une telle hypothèse, plausible, voudrait également dire qu’Agnès Buzyn soit totalement à l’aise pour faire campagne et défendre le programme de Benjamin Griveaux (il est peu envisageable de changer totalement la feuille de route à un mois du scrutin). Ensuite, l’ancienne ministre a démissionné de son poste : elle se consacrera 100% à Paris, lui permettant, à l’inverse de ses anciens collègues "ministres-candidats" Edouard Philippe et Gérald Darmanin, de se consacrer entièrement à sa tâche.
Mais la candidature Buzyn pose surtout un certain nombre de questions promptes à embarrasser la Macronie. Vendredi, la candidate, alors ministre, déclarait sur France Inter qu’il serait difficile pour elle d’être tête de liste LREM à Paris en raison de la crise des hôpitaux et du Coronavirus, sans parler de la réforme des retraites, dossier dont son ministère a également la charge en partie, qui arrive aujourd’hui en débats à l’Assemblée nationale. Avec des dossiers si lourds, dans une période si difficile pour l’exécutif, démissionner et abandonner tous ses dossiers pour Paris pourrait ressembler à du mépris ou une marque de peu de considération pour, pêle-mêle, le personnel hospitalier en grève ou les contestataires de la réforme des retraites. Les retraites, toujours : Laurent Berger, en faisant (sciemment ou non) en sorte de faire échouer la conférence de financement, a bien compris qu’il pouvait continuer à mobiliser contre cette réforme. Et le changement de ministre vient conforter la petite musique qui insiste sur le fait que cette réforme a été faite "à la va-vite", mal rédigée après pourtant dix-huit mois de concertation.
La candidature Buzyn relance donc le match dans la capitale : il ne faut pas sous-estimer les capacités de l’ancienne ministre à rallier, outre la base électorale déjà acquise par Benjamin Griveaux, une partie de l’électorat de droite et des abstentionnistes (acquis au vote LREM) qui n’étaient pas séduits par la campagne catastrophique menée par Benjamin Griveaux. Mais un tel choix a également des conséquences nationales difficiles à régler pour l’exécutif : comment justifier le départ d’une des ministres les plus médiatiques du gouvernement, en pleine crise de Coronavirus et avec l’arrivée du texte de la réforme des retraites aujourd’hui même en débats à l’Assemblée nationale ? Comme toujours, la Macronie devra trouver l’équilibre idéal. Ce qui semble, pour le moment, difficile.
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