Fusions, Acquisitions
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Coface quitte le giron de Natixis
Natixis a enfin trouvé preneur pour l’essentiel de sa participation dans Coface, qu’il considérait depuis 2009 comme un actif non stratégique. L’opération signe aussi la fin de l’histoire française de cet assureur-crédit, coté depuis 2014 : la banque de métiers du groupe bancaire BPCE (banque Populaire Caisse d’Epargne) a annoncé hier la vente de 29,5% du capital à Arch Capital Group, un assureur et réassureur américain (immatriculé aux Bermudes), pour 10,70 euros par action, soit 480 millions d’euros.
Natixis conserve une part résiduelle de 12,5%, ce qui implique qu’elle ne consolidera plus Coface dans ses comptes et qu’elle ne sera plus représentée à son conseil d’administration – ses sept administrateurs démissionneront, dont le président François Riahi, par ailleurs directeur général de Natixis.
Pour autant, Arch, qui nommera quatre administrateurs sur les 10 du conseil, reste sous la barre de 30% de détention qui l’aurait obligé à lancer une offre publique d’achat (OPA). Il est également soumis à une clause de standstill, qui lui interdit d’accroître sa participation pendant les 12 mois suivant la conclusion de l’opération (attendue dans 6 à 12 mois, en fonction des autorisations délivrées par les autorités de tutelle). En revanche, Natixis peut à tout moment vendre tout ou partie des titres Coface en sa possession sur le marché (Arch dispose simplement d’un droit d’information sur les futures cessions).
Au terme du standstill, Arch sera donc libre de lancer une OPA pour prendre le contrôle de l’assureur-crédit. Mais pour l'heure, il n'indique pas ce qu'il compte faire par la suite. En attendant, le capital de l’assureur-crédit sera particulièrement éclaté et vulnérable aux ambitions d’un fonds activiste.
Quoi qu’il en soit, la transaction signifie que Coface est susceptible de quitter le giron hexagonal, même si aujourd'hui elle est cotée à la Bourse de Paris et a son siège en France. L’assureur-crédit, créé en 1946 pour soutenir les entreprises françaises à l’exportation, est pourtant le troisième acteur mondial du secteur, derrière Euler Hermes (filiale de l’assureur allemand Allianz) et l’hispano-néerlandais Atradius. Ces trois acteurs contrôlent environ 80% du marché mondial. Les assureurs-crédit ont fréquemment une coloration nationale forte, en raison de leur activité historique de garantie publique (que n’exerce plus Coface, qui l’a transférée à Bpifrance Assurance Export). Hormis les trois précités, CESCE est ainsi détenu par l’Etat espagnol et Credendo par la Belgique.
Même s’il l’avait voulu, il aurait été difficile pour Bercy d’intervenir. D’une part, les services financiers (comme l’immobilier et les médias) sont exclus des secteurs d’intervention en fonds propres de Bpifrance. L’assurance-crédit ne figure pas non plus parmi les secteurs régaliens d’intervention de l’Agence des Participations de l’Etat (APE).
D’un point de vue financier, la transaction permet à Natixis de libérer 35 points de base de ratio de fonds propres réglementaire CET1, "principalement grâce à la déconsolidation d’environ 3,5 milliards d’euros d’actifs pondérés du risque", indique la banque dans son communiqué ; elle affichait un ratio CET1 de 11,3% fin décembre 2019. En revanche, elle entraînera une dépréciation d’écart d’acquisition (goodwill) de 100 millions d’euros au premier trimestre 2020.
Les conseils financiers de Natixis étaient Fenchurch Advisory et Rothschild, tandis que ceux d’Arch étaient Lazard et Long Arc Capital.
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