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Les marchés n’ont pas raison tous les jours

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Marchés financiers

Les marchés n’ont pas raison tous les jours

Le lundi noir que les places boursières mondiales ont vécu hier témoigne de l’irrationalité des acteurs financiers, paniqués par l’excès de prudence des banquiers centraux ou des dirigeants politiques. C’est la peur qui crée la peur, alors que tous les fondamentaux économiques restent au vert.
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"L’enfer est vide, tous les démons sont ici", écrivait Shakespeare. Tous les démons agitent les marchés financiers depuis quelques jours, et notamment au cours de la journée d’hier au cours de laquelle la planète financière a vécu un nouveau "lundi noir". Il est d’usage de dire que le marché a toujours raison. Cela ne signifie pas qu’il a raison tous les jours. Et hier il s’est laissé emporter par des peurs irrationnelles liées à l’éclatement de l’accord Riyad-Moscou destiné à soutenir les cours du pétrole. Ce qui a entraîné une chute de 20 % du prix du baril en une seule journée.

À cela se sont ajoutées les ventes automatiques générées par les ordinateurs des traders algorithmiques qui ne sont pas là pour réfléchir, mais pour suivre voire amplifier la tendance. Ce qui en dit long sur ce que l’on appelle "l’intelligence artificielle". Et puis bien sûr il y a cette incertitude sur l’impact que le Covid-19 aura sur l’économie chinoise, moteur de la croissance mondiale, sur l’économie de la zone Euro, avec la panique qui s’empare de l’Italie, et sur l’économie américaine dopée depuis des années au pétrole et au gaz de schiste, qui voit les recettes de tout ce secteur s’envoler avec la chute des prix de l’or noir.

Oui tous les démons ont quitté l’enfer et se sont donné rendez-vous – notamment hier - dans les salles de marché, sur le floor de Wall Street et dans les ordinateurs des investisseurs quantitatifs. Alors bien sûr il serait absurde de penser que ce satané virus n’aura pas de conséquences économiques. Quand 60 millions de Chinois se retrouvent confinés à domicile pendant plusieurs semaines, c’est l’usine du Monde qui se retrouve à l’arrêt. Quand l’Italie met en quarantaine toute sa population, à commencer par la plus industrieuse en Lombardie, c’est une grande partie de la richesse de la zone Euro qui est affectée. Et in fine la croissance française pourrait bien être inférieure de moitié à ce qui était initialement prévu. Idem pour l’Allemagne qui devrait connaître une récession.

Mais il faut garder la tête froide. Ce qui se passe sur le plan économique, c’est ce qu’on appelle un choc d’offre. Car les chaînes de production de certains secteurs se trouvent interrompues faute d’être approvisionnées par les porte-conteneurs en provenance de Chine. Les avions en partance pour Rome sont vides, puisque tous les musées italiens sont fermés. Les pharmacies se trouvent en rupture de stock de certains médicaments, en raison de la délocalisation en Inde et en Chine de la fabrication des principes actifs de médicaments usuels et utiles pour lutter contre ce virus. Mais le système financier reste sain, abreuvé qu’il est depuis des mois par des taux d’intérêt très bas et par des tonneaux de liquidités débloquées par les banques centrales. De la même manière la plus grande partie des entreprises est armée pour faire face à un ralentissement qui durerait trois ou quatre mois.

Puisque tous les démons sont ici, ils vont profiter de cette stupéfiante baisse des cours pour se constituer un joli portefeuille avant de repartir dans leur enfer. Bien sûr un adage boursier explique "qu’on n’attrape pas un couteau qui tombe". Ce qui signifie qu’il faut être sûr que la baisse est bien terminée avant de se mettre à racheter. Et les marchés vont encore connaître des soubresauts. À l’occasion de l’annonce de nouvelles mesures drastiques pour lutter contre ce virus. À l’occasion d’un geste de la Banque Centrale Européenne destiné à remettre encore plus de liquidités dans le circuit économique. Ou encore à l’occasion de mesures excessivement préventives. Finalement ce virus qui a tué 30 personnes en France en l’espace de six semaines, quand les orages en tuent 300 par an, déclenche des décisions irrationnelles qui créent une panique qui n’a pas lieu d’exister. Il ne faut pas confondre une légitime prudence avec un absurde principe de précaution qui voudrait mettre un pays sous cloche. C’est encore Shakespeare qui avait raison lorsqu’il écrivait : "C’est de ta peur que j’ai peur".

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