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Latécoère n’est pas encore sorti d’affaire

L’équipementier aéronautique est passé dans le rouge en 2019 et anticipe une année 2020 pleine d’"incertitudes".

L’histoire récente de Latécoère n’est pas un long fleuve tranquille. Après une restructuration financière en 2015 qui a vu les fonds d’investissement Apollo et Monarch entrer au capital de l’équipementier et sa prise de contrôle par le fonds américain Searchlight Capital en décembre dernier, qui a provoqué des réactions inquiètes de députés français, l’exercice 2019 a réservé à Latécoère des surprises désagréables en raison d’un plan de redressement "Transformation 2020" plus coûteux que prévu, tandis que l’exercice qui démarre recèle encore des inconnues. Le futur plan stratégique "Beyond" (pour les années 2021-24), qui devrait être annoncé en cours d’année, démarre donc sur un terrain mouvant.

L’équipementier a enregistré une perte d’exploitation de 9,6 millions d’euros en 2019, contre un bénéfice de 4,9 millions un an plus tôt. La déconvenue est liée à 21,4 millions d’euros d’éléments exceptionnels, essentiellement des surcoûts inattendus provoqués par son plan de transformation (qui a permis de réduire les coûts directs de 41 millions d’euros entre 2017 et 2019) et les investissements dans le démarrage des nouveaux sites de production à Toulouse et en Bulgarie.

Hormis ces éléments, le résultat d’exploitation récurrent (-58% à 11,8 millions d’euros) a été lui-même plombé par les activités Systèmes d’interconnexion (câblages, meubles avioniques, équipements embarqués), dont le résultat a chuté de 21,2 millions à 1,1 million d’euros. La rentabilité de cette division a été victime d’une "crise de croissance", comme l’a qualifiée Michel Abaza, directeur financier du groupe hier lors de la conférence téléphonique destinée aux analystes. "Latécoère avait engrangé de nombreux contrats les mois précédents et leur montée en puissance a pesé sur la rentabilité", a-t-il précisé. Il ajoute des difficultés d’approvisionnement chez un fournisseur, qui a désorganisé la production et provoqué des coûts indirects. A l’inverse, le bénéfice opérationnel récurrent de la division Aérostructures a bondi de 64% à 10,8 millions d’euros, "en dépit d’un environnement de prix difficile".

En sus des éléments négatifs opérationnels, Latécoère a subi une variation défavorable (de 6,3 millions d’euros) de la juste valeur de certains instruments financiers pour sa couverture de change. L’ensemble débouche sur une perte nette de 32,9 millions d'euros, contre un bénéfice de six millions en 2018 (qui avait fondu de 80% par rapport à 2017).

Yannick Assouad, la directrice générale de Latécoère, a qualifié 2019 d’"année de transition décisive". "Nous sommes désormais prêts à lancer Beyond, notre nouveau projet destiné à améliorer la compétitivité de Latécoère et à réduire nos coûts fixes de 20 millions d'euros au cours des deux prochaines années", a-t-elle indiqué. Les détails sur le plan n’ont pas encore été communiqués. Si Latécoère souhaite rétablir à la fin de l’année la rentabilité du pôle Système d’interconnexion au niveau de 2018 (la marge opérationnelle courante avait atteint 7,7%) et prévoit un flux de trésorerie opérationnel positif (contre -27,3 millions en 2019), 2020 risque d’être encore chaotique. L’entreprise anticipe une baisse de son chiffre d’affaires d’environ 5% à change constant, alors qu'il n'est pas affecté par la crise du Boeing 737MAX, et une marge opérationnelle courante entre 0 et 5%, en raison d’incertitudes sur les cadences de production de ses clients. Michel Abaza évoque "une pression sur les programmes long-courrier et des baisses de prix sur certains programmes d’Airbus". Mais les dirigeants du groupe rappellent qu'ils ont conclu deux contrats majeurs avec Boeing, pour fournir les portes du 787 jusqu'en 2029 et les systèmes Ewis (systèmes d’interconnexion et de câblage) pour le nouveau 777x.

Ces prévisions s’entendent hors effet éventuel de l’épidémie de coronavirus et sans intégrer l’activité Ewis de Bombardier au Mexique, dont l’approbation par les autorités de la concurrence mexicaine est espérée à la fin du premier semestre 2020, mais sans certitude. Cette filiale réalise 80 millions de dollars de chiffre d’affaires annuel, avec une marge d’Ebitda de l’ordre de 15%.

Aucun détail n’a été communiqué sur l’évolution de l’actionnariat de Latécoère, contrôlé à 65% par Searchlight. Le gouvernement français avait autorisé son OPA à la condition que le fonds américain rétrocède au moins 10% du capital de l’équipementier et un siège au conseil d’administration à un investisseur agréé par l’Etat. Si ce dernier avait pensé à Tikehau, l'investisseur n'aurait pas souhaité monter au capital.

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