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Coronavirus : les entreprises en première ligne
A la suite des mesures-bazooka annoncées par la Réserve fédérale américaine et aux décisions prises ce week-end par les États face au coronavirus, les entreprises ont annoncé des mesures immédiates.
TRANSPORTS ET TOURISME
Le secteur des transports est touché de plein fouet par les mises en quarantenaires et les restrictions de circulation, en témoignent les mesures décidées par Air France ce matin. D'autres compagnies ont pris des décisions similaires. Easyjet (numéro 4 européen), qui a indiqué qu'il pourrait immobiliser la majorité de sa flotte sur une base continue, et Virgin Atlantic ont ouvertement réclamé l'aide du gouvernement britannique. IAG (numéro 3, qui possède British Airways, Aer Lingus, Iberia et Vueling) a lui, par la bouche de son patron Willie Walsh, annoncé qu'il comptait sur ses propres forces : il a réduit de 75% ses capacités pour avril et mai. Les objectifs financiers des deux groupes pour l'année en cours sont abandonnés. Sans entrer dans les détails, IAG a ajouté avoir pris des mesures fortes pour réduire ses coûts d'exploitation et réduire ses investissements pour préserver ses flux de trésorerie. Ryanair va réduire ses capacités de 80% dans les deux prochains mois et se réserve la possibilité d'immobiliser l'intégralité de sa flotte.
Pour autant, IAG et easyJet peuvent compter sur d'importantes réserves financières. Le premier rappelle qu'il affiche 9,3 milliards d'euros de liquidités totales au 12 mars. Le second indique disposer de 1,6 milliard de livres sterling de cash et une ligne de crédit renouvelable non tirée de 500 millions de dollars.
Mais selon Centre for Aviation, la majorité des compagnies aériennes sera en faillite d'ici à la fin du mois de mai, à moins que des mesures d'urgence ne soient prises. "Leurs réserves de trésorerie s'amoindrissent rapidement avec l'immobilisation de leurs flottes et les vols assurés sont à moins de 50% de leur capacité", écrit notamment le cabinet d'analyse et de conseil. Selon Reuters, le gouvernement italien se prépare à prendre le contrôle d'Alitalia.
Dans le même ordre, ADP (ex-Aéroports de Paris) a annoncé qu'il abandonnait sa prévision de croissance de son Ebitda pour l'année (entre 3,5 et 5,5% par rapport aux 1,77 milliard d'euros enregistrés en 2019) "si la tendance observée sur les 14 premiers jours de mars se poursuivait". L'opérateur aéroportuaire estime la baisse du trafic passagers à 29% au cours de cette période et celle du nombre de mouvements des avions à 10%. Elaborant une hypothèse d'une baisse de 25% du trafic à Paris entre les mois de mars et juin (sachant que le groupe gère d'autres plates-formes dans le monde) avec un rétablissement dans un délai de trois mois, ADP anticipe une perte de 190 millions d'euros d'Ebitda pour le groupe et de 300 millions de chiffre d'affaires pour les activités à Paris (revenus aéronautiques et commerciaux).
ADP lance également un plan d'économies de charges courantes de 180 millions d'euros, dont 120 millions à Paris ; mais ce montant ne tient pas compte d'un éventuel recours à l'activité partielle.
Le groupe va dans les prochains jours procéder à certaines fermetures partielles (aéroports Charles-de-Gaulle et Orly) ou totales (Amman en Jordanie, Ohrid en Macédoine, Riga en Lettonie). Les autres aéroports resteront à ce stade ouverts (notamment en Turquie), même si certains devraient afficher un trafic très faible.
ADP a enfin prévu des mesures d'accompagnement des compagnies aériennes en difficulté, comme la suspension des redevances de stationnement pour les avions immobilisés.
Plus globalement, le World Travel & Tourism Council (qui représente l'industrie du tourisme et du voyage) estime que la pandémie pourrait menacer entre 12% et 14% des emplois dans ces secteurs en 2020, soit près de 50 millions au total dans le monde.
DISTRIBUTION
Dans le secteur de la distribution, les fermetures s'enchaînent suite aux mesures prises par les gouvernements. Le groupe britannique Kingfisher a ainsi annoncé ce matin la fermeture de tous les magasins de ses chaînes Castorama et Brico Dépôt en France et en Espagne. AB Foods ferme l'intégralité de ses magasins Primark en Italie, France, Espagne et Autriche, condamnant ainsi 30% du chiffre d'affaires de la chaîne.
Ces deux groupes, tout comme le suédois H&M, font partie des nombreux distributeurs qui ont abandonné leurs prévisions pour l'année, devant les incertitudes d'évolution de l'activité.
INDUSTRIES
En manque de main d'oeuvre ou de pièces, pour respecter les consignes des autorités ou pour s'adapter à l'effondrement de la demande, les entreprises réduisent leurs plans de charge.
Dans l'automobile, alors que les actions des entreprises sont déjà à la cave, les constructeurs commencent à réduire leur production. PSA, qui doit se marier avec Fiat Chrysler Automobiles (FCA), a ainsi annoncé la fermeture progressive de toutes ses usines en Europe. FCA a de son côté annoncé qu'il stoppait la production de la plupart de ses usines européennes jusqu'au 27 mars pour éviter les contaminations et s'adapter à l'effondrement de la demande. L'accord de rapprochement n'est pas remis en cause, ses termes ayant été approuvés, a indiqué un proche de FCA dans l'opération contacté par Wansquare ; seul manque les approbations des actionnaires en assemblée générale et des autorités de la concurrence.
Renault vient d'annoncer qu'il suspendait à compter de ce soir toute activité de ses sites industriels en France, soit 12 sites et 18.000 salariés. Toyota, dont le site de Valenciennes produit la Yaris, a fait de meme un peu plus tard.
En Espagne, plusieurs sites de l'alliance Renault-Nissan-Mitsubishi (dont les quatre de Renault) et de Seat (groupe Volkswagen), ont été temporairement fermés. Volkswagen a en outre réduit la cadence de 16% dans son usine au Portugal et se prépare à fermer son usine de Bratislava, en Slovaquie, qui a déclaré l'état d'urgence. Audi, autre marque du groupe allemand, fait face à des abandons de postes de salariés dans son usine de Bruxelles, en Belgique.
Le pneumaticien Michelin a annoncé la fermeture de ses usines en France, en Espagne et en Italie à compter de mardi. Ces fermetures sont prévues pour au moins une semaine.
SERVICES
Le secteur des services est également durement touché. "Plus de 35 000 salariés de la restauration collective sont sans travail depuis ce matin, Sodexo, Elior, Compas... De même pour la restauration en général, l'hôtellerie, les services à la personne", énumère Dominique Calmels, vice-président du Groupement des professions de services.
SANTE
En revanche, logiquement, la tendance est différente dans la santé. Le groupe pharmaceutique Sanofi précise ainsi que ses sites de production à travers le monde fonctionnent normalement, même s'il a mis en oeuvre des plans de poursuite d'activité.
FINANCE
La crise conduit également certaines sociétés à abandonner ou repousser certaines opérations. En tant que créancières, les banques subiront directement les défauts de paiement des entreprises. Pour préserver leurs liquidités, huit des plus grandes banques américaines ont ainsi décidé de suspendre leurs programmes de rachats d'actions au moins jusqu'en juillet, en raison de la pandémie. Ces établissements sont Bank of America, Bank of New York Mellon, Citigroup, Goldman Sachs, JPMorgan, Morgan Stanley, State Street et Wells Fargo, a annoncé le Financial Services Forum. Ce sont les huit banques américaines considérées comme d'importance systémique par le Comité de Bâle. En 2019, elles avaient racheté à leurs actionnaires l'équivalent de 108 milliards de dollars d'actions.
A l'heure où nous écrivons, les banques françaises n'ont pas encore communiqué sur d'éventuelles mesures d'ordre financier/bilanciel. La Société Générale avait l'intention, dans le cadre de sa politique de dividende, de proposer en option un versement partiel en titres (sous forme de rachat d'actions) plutôt qu'en cash. Cette mesure devait être votée lors de l'assemblée générale. On ne sait pas à ce jour si cette proposition sera maintenue.
Les opérations de fusions-acquisitions sont également compromises. Dernièrement, dans l'immobilier, LSL Property et Countrywide ont annoncé l'abandon de leur projet de rapprochement.
AUTRES
Plus anecdotique, Arianespace a de son côté décidé se suspendre l'ensemble de ses lancements jusqu'à nouvel ordre. "Cette mesure exceptionnelle vise à préserver la santé des salariés et des populations locales, tout en assurant les conditions de sécurité requises pour la préparation des lancements planifiés", indique la société de lanceurs.
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