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Politique économique / Taux-dette souveraine

Politique économique
Taux-dette souveraine

Bruno Le Maire fait flamber le rendement de l'OAT

Les mesures d'urgence annoncées par le ministre de l'Économie feront grimper la dette de l'Hexagone au-delà des 100% du PIB. PIB qui devrait reculer de 1% cette année. Les investisseurs en titres français ont réagi : le taux de l'OAT est repassé en territoire positif.
Bureaux de l’AFT - Agence France Trésor
Bureaux de l’AFT - Agence France Trésor

C'est désormais certain, la dette de l'Hexagone dépassera cette année les 100% du PIB. Le ministre de l'Économie l'a lui-même annoncé ce matin lors d'une conférence de presse détaillant les mesures d'urgence destinées à soutenir les entreprises françaises, plombées par l'épidémie. Bruno Le Maire a par ailleurs annoncé qu'il prévoyait désormais une croissance négative de -1%.

Rappelons que la France est l'un des plus mauvais élèves de la zone euro, en termes de rétablissement de sa dette, qui a continué de progresser l'an dernier pour atteindre 98,8% du PIB en 2019, contrairement aux autres pays dont la dette publique rapportée au PIB a reculé de plus de 9 points ces cinq dernières années.

Les déclarations du ministre ont immédiatement eu un impact sur le marché de la dette souveraine française : en milieu de journée, le rendement de l'OAT atteignait 0,246% contre -0,354% hier soir. Soit une hausse de 60 points de base et un plus haut depuis mai 2019. Dans le même temps, le rendement des titres de plus court terme a également grimpé, passant de -0,561% à -0,132% pour les obligations à échéance cinq ans. Parallèlement, le coût d'une garantie contre un risque de défaut à cinq ans a doublé en une semaine sur le marché des CDS (credit default swaps), au plus haut depuis plus d'un an.

Une hausse des rendements (et donc une baisse du prix des obligations) qui ne concerne pas uniquement la France, même si les déclarations du ministre sur le creusement de la dette française ont naturellement contribué à inquiéter les investisseurs.

Le rendement des titres allemands est ainsi également en forte hausse depuis ce matin : les taux à dix ans du pays sont passés de -0,608% à -0,412%, un plus haut d'un mois. Il faut dire que l'Allemagne a elle aussi annoncé un programme de soutien budgétaire de grande ampleur, d'au moins 550 milliards d'euros, soit le plus important de l'histoire du pays depuis l'après-guerre.

La hausse des taux français et allemands résulte aussi d'un mouvement de vente généralisé des titres de la zone euro, devenue l'épicentre de la pandémie de Covid-19. Ce qui a naturellement inquiété les investisseurs quant aux perspectives économiques de la région pour 2020 ; le commissaire au marché intérieur Thierry Breton a d'ailleurs déclaré hier soir que la région devrait connaître une récession cette année.

Par ailleurs la communication ratée de la BCE la semaine dernière, a contribué à faire grimper les rendements des titres de la zone. Car malgré des mesures de grande ampleur pour soutenir les banques de la région, sa présidente ne s'est pas montrée aussi déterminée que la Fed à soutenir les économies les plus touchées par l'épidémie. Le spread Italie-Allemagne a flambé après la réunion de Francfort, et depuis lors, les rendements espagnols, portugais et bien sûr italiens ont grimpé.

Mais la hausse des rendements français, si elle se poursuit, est inquiétante à plus d'un titre. Parce qu'à la différence de l'Allemagne, dont la dette est repassée sous les 60% du PIB l'an dernier, les marges de manœuvre budgétaires de la France sont nettement plus réduites. Pourtant, le ministre de l'Économie a précisé qu'il protégerait son économie "quoi qu'il en coûte". Mais le coût pourrait être une forte hausse des rendements de son pays et du même coup une hausse de la charge des intérêts de la dette. Or l'État prévoyait initialement une nouvelle diminution des charges d'intérêts pour cette année, de -2 milliards d'euros, après une baisse de 4,4 milliards l'an dernier. Si la hausse des taux français se poursuit, la charge de la dette pourrait accroître la facture de l'État français, en plus des mesures d'urgence annoncées par le ministre ce matin. Selon les estimations, une hausse des taux d'intérêt de 1% alourdirait les remboursement de l'Etat de plus de 2 milliards l'année suivante et de 20 milliards au bout de dix ans. A ce titre, l'émission de dette de moyen terme qui aura lieu ce jeudi sera un bon test pour connaître l'appétit des marchés pour les titres français dans le nouveau contexte du Covid-19, et savoir quel rendement ils exigent pour détenir de la dette de l'Hexagone. 

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