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L'automobile européenne à l'arrêt
L'industrie automobile européenne est en apnée. Depuis deux jours, la liste des constructeurs qui stoppent leur production s'allonge, tandis que les immatriculations montrent déjà des signes de fléchissement.
Hier matin, Bruno Le Maire, le ministre de l'Économie et des Finances, a annoncé sur BFM Business qu'il rencontrerait les dirigeants de PSA et de Renault. Il n'a en revanche pas mentionné Toyota, qui assemble la citadine Yaris pour toute l'Europe à Valenciennes. L'objectif de cette discussion était notamment de savoir si le secteur a besoin de mesures particulières, après les mesures générales détaillées mardi matin à destination des entreprises. Il s'agit aussi de veiller à la bonne santé de la chaîne d'approvisionnement, en particulier "s'assurer que les sous-traitants de rang 2 sont traités équitablement" par les donneurs d'ordres finaux, a déclaré Bruno Le Maire.
La conférence téléphonique entre le ministre, Carlos Tavares, président du directoire de PSA, et Jean-Dominique Senart, président du conseil d'administration de Renault, s'est tenue à 13 h 15. Au-delà d'un panorama général, Bruno Le Maire a rappelé aux dirigeants que les constructeurs avaient le droit à tous les instruments mis en place pour les entreprises. Il a ajouté que les sous-traitants de 1er et 2e Rang seront également aidés pour qu'ils puissent passer cette période difficile dans les meilleures conditions possibles. On n'en saura pas plus sur les demandes faites en retour par Bercy vis-à-vis des équipementiers.
La filière veut un plan de relance
La Plate-forme automobile (PFA, qui regroupe les acteurs de la filière) demande plus que les aides d'urgence - qu'elle a toutefois bien accueillies. Elle a aussi réclamé au gouvernement "d'anticiper dès maintenant un plan de relance pour la sortie de crise". "Il s’agira notamment d’actionner les outils à disposition (PAC, bonus pour l’achat de VE et VHR) pour relancer le marché, et par ailleurs de consentir des investissements massifs pour les infrastructures de recharge des véhicules électriques, condition clé pour le décollage de ce marché. De manière plus structurelle, il s’agit enfin d’accélérer les travaux engagés pour l’amélioration de la compétitivité du site France avec, notamment pour le secteur automobile, la mission confiée à Hervé Guyot : ils doivent se traduire rapidement par l’activation de leviers permettant de regagner en compétitivité pour les sites de production en France, afin de préserver le savoir-faire et l’emploi en France, et de gagner en indépendance sur l’ensemble de la chaîne d’approvisionnement", a détaillé la PFA à l'issue d'une première rencontre avec le ministre mardi.
Les annonces de suspension de production se succèdent. Depuis le début de la semaine, les constructeurs qui ont annoncé la fermeture totale ou partielle de leurs usines sont BMW (pour l'Europe et l'Afrique du Sud jusqu'au 19 avril), Daimler (Mercedes-Benz suspend la plupart de sa production européenne pour deux semaines), Ferrari (jusqu'au 27 mars), Fiat Chrysler Automobiles (7 usines italiennes et 2 en Europe centrale pour deux semaines), Ford (pour toutes ses usines en Europe continentale, pour un nombre de semaines indéterminées), Nissan, PSA (dans toute l'Europe jusqu'au 27 mars, de même que sa joint-venture tchèque avec Toyota, TPSA), Renault (en France, Espagne et Roumanie), Volkswagen (pour toute l'Europe, soit 72 sites), sa filiale Audi (en Europe, mais aussi au Mexique), et Volvo Cars en Belgique.
Les équipementiers sous l'effet d'un décalage
La plupart justifiaient leur décision par le risque de contamination lui-même, mais parfois aussi par des difficultés d'approvisionnement en pièces : c'est notamment le cas de Ferrari, de FCA pour son usine d'Atessa, qui avait rouvert, de Daimler, qui a indiqué qu'il n'était pas en mesure de maintenir les chaînes d'approvisionnement mondiales dans leur intégralité, ou encore de Nissan, qui justifie la suspension de sa méga usine de Sunderland en Angleterre par les ruptures d'approvisionnement et la baisse du marché automobile.
Pour l'instant, il est difficile de connaître l'effet de la situation sur les équipementiers. À ce jour, la plupart maintiennent les usines en fonctionnement. C'était notamment le cas des géants Bosch, Continental, Valeo et ZF Friedrichshafen. Les pneumaticiens Michelin et Pirelli et le fabricant de freins Brembo ferment en revanche certaines usines - mais il faut noter que les deux derniers sont italiens. De toute façon, il faut s'attendre à un décalage entre les annonces des constructeurs et celles de leurs fournisseurs, qui doivent encore honorer les commandes en cours et livrent aussi des clients extra-européens.
Une demande à l'arrêt
En revanche, la situation évoluera nécessairement si les constructeurs réduisent leurs commandes et en fonction des mesures prises par les gouvernements.
En outre, la chute de la demande finale aura nécessairement un effet. Les derniers chiffres ne sont pas encourageants. Selon l'ACEA, l'association européenne des constructeurs, les immatriculations ont reculé sur un an de 7,2 % en février à 1,07 million d'unités, alors que l'effet du Coronavirus en était à ses débuts en Europe (dont -10,8 % en Allemagne, -8,8 % en Italie, -6 % en Espagne et -2,7 % en France). Car l'effet de la pandémie se double de l'entrée en vigueur le 1er mars de la norme environnementale WLTP, qui pèse sur les ventes. Janvier s'inscrivait déjà en baisse.
De quoi avoir peur pour mars. Les quelques chiffres non officiels qui circulent sont très mauvais. Au 16 mars, les immatriculations afficheraient un recul de 30 % en France sur un an. Ce qui n'est pas étonnant sachant que les concessionnaires sont fermés depuis mardi.
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