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Les entreprises entrent dans la course à la solidarité
La crise du coronavirus menace l'ensemble des systèmes économique et sanitaire et elle a mis en lumière des carences en certains équipements de base, comme le gel hydroalcoolique (GHA) et les masques. Devant cette menace polymorphe, certaines filières se sont mobilisées, que ce soit avec l'aide ou sous l'amicale mais ferme injonction des autorités publiques.
Concerné au premier chef, Sanofi s'est dit prêt mardi dernier à offrir des millions de doses de l'antipaludique Plaquenil, de quoi traiter environ 300.000 malades, après avoir réalisé des essais qualifiés de prometteurs sur 24 patients atteints du coronavirus. Bien plus petit, le laboratoire Pierre Fabre a indiqué le lendemain qu'il démarrerait la production de gel.
Face à la pénurie de GHA, l'Etat a favorisé la fabrication de gel en autorisant par arrêté ministériel la semaine dernière les entreprises du secteur de la cosmétique à le faire. Dans la foulée, LVMH a annoncé dimanche qu'il allait fabriquer du gel hydroalcoolique "en grande quantité" dans trois de ses sites de production de parfums et cosmétique (Guerlin, Christian Dior et Givenchy) et qu'il serait livré gratuitement aux autorités sanitaires. Prioritairement aux 39 hôpitaux de l'AP-HP. Pour la semaine en cours, le groupe s'est fixé l'objectif de 12 tonnes de gel, soit environ 120 000 flacons. La quantité évoluera en fonction de l'évolution de la pandémie.
L'Oréal y est également allé du sien en annonçant mercredi un "plan européen de solidarité". Ses usines sont réorganisées pour produire du gel, tandis que ses marques La Roche Posay et Garnier indiquent qu'elle équipera les institutions de santé en Europe dont elle est partenaire. Sur le volet économique, le géant des cosmétiques a promis hier de geler les créances des commerçants de son circuit de distribution (salons de coiffure, parfumeries, etc.) jusqu'au redémarrage de l'activité ; et pour ses fournisseurs "les plus fragiles", L'Oréal indique qu'il raccourcira ses délais de paiement en payant comptant. Il prévoit également de faire un don d'un million d'euros aux associations de lutte contre la précarité qu'il soutient. Elles recevront également des kits d'hygiène.
Le groupe de protection sociale Klesia a dévoilé hier le don de 100 000 masques FFP2 et chirurgicaux à l'Etat. "Ces masques, acquis par le groupe en janvier 2020 au lancement de sa cellule de crise, et ce pour anticiper l'épidémie, seront remis aux autorités sanitaires dans les plus brefs délais", précise le groupe.
Le secteur de la chimie, regroupé dans France Chimie, "étudie actuellement la possibilité d'utiliser leurs installations et leurs matières pour produire du GHA". Les entreprises du textile se sont elles lancées dans la production de masques en fibres de coton et en non-tissé - mais la production arrivera à plein régime dans trois semaines.
L'alcool et le sucre aussi
Qui dit GHA dit alcool. Pernod Ricard, groupe mondial de spiritueux, offre 70.000 litres d'alcool (pur) pour fabriquer du GHA au laboratoire Cooper, premier fournisseur de GHA aux pharmacies en France, tandis que l'équivalent en valeur de ce don sera versé à des associations liées au secteur de la santé. D'autres sites du groupe ailleurs dans le monde se mobilisent, ajoute Pernod Ricard.
D'autres groupes moins connus, non cotés, communiquent également sur les mesures qu'ils prennent, y compris dans des secteurs qui peuvent paraître éloignés à qui n'est pas spécialiste en processus industriel. Comme le sucre. Les grandes coopératives sucrières Tereos et Cristal Union (respectivement 4,4 milliards et près de 2 milliards d'euros de chiffre d'affaires annuel toute de même) réorientent ainsi une partie de leur production vers l'alcool entrant dans la composition du GHA (car qui dit alcool dit sucre). Tereos a démarré la production de GHA "mis gratuitement à la disposition des Agences régionales de santé et des hôpitaux de nos régions", indique le groupe sur Twitter. Cristal Union a de son côté arrêté "la production de bioéthanol à la distillerie d’Arcis sur Aube pour réorienter sa production vers de l’alcool éthylique, labelisé Biocidal et PharmEthyl (alcool à destination de l’industrie pharmaceutique et des biotechnologies)".
Les banques françaises (dont BNP Paribas, la Société Générale et Crédit Agricole SA, membres du CAC40) sont au coeur du dispositif public pour empêcher l'effondrement de l'économie, en particulier la garantie d'Etat de 90% des prêts sollicités par les entreprises. Des entreprises qui sont leurs clients. Toutes parlent de "mobilisation totale" et annoncent la généralisation des mesures d'accompagnement des sociétés qui font face à des difficultés de trésorerie. Frédéric Oudéa, patron de la Société Générale et président de la Fédération bancaire française (FBF) les a énumérées mercredi : prises de décision rapide ("moins de cinq jours"), "décalage des remboursements de crédits jusqu'à six mois sans frais et sans pénalités pour favoriser au maximum les trésoreries, accompagnement des entreprises pour bien comprendre aussi toutes les mesures gouvernementales qui sont prises"…
Avec ces initiatives, le monde économique veut cadrer avec la demande sociétale pour des entreprises plus inclusives et plus insérées dans le tissu social. En témoigne le nouveau concept de "raison d'être" inscrit dans la loi Pacte, dont l'efficacité reste à prouver mais qui permet aux entreprises d'inscrire dans leur statuts leur ambition d'intérêt général - social et environnemental.
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