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Entreprises / Actions

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coronavirus Le dilemme du dividende

CORONAVIRUS. Alors qu'en dehors de nos frontières, les annonces de suspension de distribution apparaissent, les entreprises cotées françaises restent frileuses sur ce point. Un aveuglement ?
dividendes
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L'épidémie de Coronavirus commence à provoquer des suspensions de versement de dividendes en Europe et aux Etats-Unis. Mais en France, les entreprises cotées semblent vouloir garder le peu d'attrait qui leur reste, étant donné que leurs perspectives de revalorisation boursière sont comparables à celles des résultats financiers : bien faibles.

Les premières annonces ont été faites par des sociétés du milieu de la cote en début de semaine, en particulier au Royaume-Uni comme la chaîne de pubs Marton's, frappée de plein fouet par les mesures de confinement, ou la société informatique Micro Focus. Ce matin, un autre opérateur de pubs, JD Wetherspoon, a fait de même.

Puis les grandes capitalisations s'y sont résolues. La compagnie aérienne allemande Lufthansa fut l'une des toutes premières à suspendre son dividende, le 13 mars - rien d'étonnant étant donné que le secteur aérien a été le premier affecté à l'échelle internationale par les mesures de confinement. Le géant du textile espagnol Inditex, propriétaire de la marque Zara, a pris la même décision mercredi, face à la chute de 25% de son chiffre d'affaires depuis le début du mois de mars et la fermeture de plus de la moitié de ses boutiques à travers le monde en raison des mesures de confinement. Ford, le deuxième constructeur automobile américain, lui a emboîté le pas hier, en même temps qu'il a annulé ses objectifs et son budget annuels.

En France, on est loin du compte pour les entreprises d'une taille significative. Aucune décision de la sorte n'a été annoncée (Dassault Systèmes, Publicis, CNP Assurances, Bureau Veritas et d'autres ont même confirmé leur politique de distribution ces derniers jours).

La liquidité : une nécessité absolue pour survivre

Pourquoi suspendre le versement de son dividende ? En bloquant l'économie, la crise a totalement remis en question les équilibres financiers des sociétés. Quasiment sans revenu ni perspectives à moyen terme et face à des banques qui doivent elles-mêmes veiller à la dégradation de la solvabilité de leurs clients, elles risquent - ou craignent - de se retrouver à court de liquidité. La préservation de la trésorerie devient un enjeu vital. Par son seul geste sur son dividende, Ford, qui a également l'intention de tirer les montants non utilisés de ses deux lignes de crédit (soit 15,4 milliards de dollars !), sauvegarde 2,4 milliards de dollars. Un montant non négligeable, comparé à sa capitalisation boursière, qui ne pèse plus que 18 milliards.

A l'opposé, derrière la volonté de maintenir coûte que coûte la distribution de dividendes cette année, probablement faut-il voir la volonté d'afficher sa confiance et de conserver un dernier attrait aux yeux des actionnaires. Et cela afin de tenter de limiter les ventes massives qui ont eu lieu depuis près d'un mois, massacrant les valorisations.

Qu'en disent les investisseurs ? Parfois ils applaudissent : l'action Publicis avait repris près de 10% peu après l'ouverture hier, le lendemain de son annonce sur le maintien de son dividende. Principal argument du groupe de communication : ses 4,9 milliards d'euros de liquidités disponibles. Mais n'est-ce pas une vision court-termiste ? "Le maintien se conçoit pour des sociétés qui ont affiché d'excellents résultats et qui ont un bilan extrêmement solide, comme L'Oréal ou LVMH. Mais pour bien d'autres, dans les secteurs de l'aérien, de l'automobile, voire du pétrole, il serait sage de prendre le temps de réfléchir à réajuster la politique de dividende devant le manque de visibilité économique", déclare à Wansquare Loïc Dessaint, directeur général de Proxinvest, agence de conseil en gouvernance de sociétés cotées (ou "proxy").

L'actionnaire doit s'abstenir pour sauver l'entreprise... surtout si l'Etat la soutient

Si les entreprises craignent l'effet psychologique d'une décision aussi directe que la suspension, il leur reste l'outil du report des assemblées générales - qui est une façon indirecte de le faire puisque les AG servent à reconnaître les bénéfices et autoriser le versement des dividendes. Phitrust, un autre proxy, a également réclamé le report de la tenue des AG et un ajustement des dividendes "à la réalité des entreprises à la suite de la crise mondiale". Une décision que Bureau Veritas a prise, en décalant son AG de six semaines. Et qui pourrait être facilitée par la loi d'urgence en cours d'examen au Parlement et qui prévoit de simplifier la tenue des AG. Si seule pour l'instant est actée la dématérialisation de leur organisation, la possibilité d'organiser des AG après le 30 juin (ce qui est pour l'instant un délit) est étudiée.

Il est en outre logique que les actionnaires soient mis à contribution en cas de grande difficulté : c'est le prix de la liquidité et de fortes plus-values potentielles qu'offre un titre en capital. C'est notamment le principe du "dividende durable" (sustainable dividende). Une abstention des actionnaires d'autant plus logique que l'Etat soutient massivement les entreprises dans la crise…

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