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SoftBank obligé de se renflouer
Le conglomérat technologique japonais coté SoftBank voulait frapper un grand coup en lançant en 2016 le Vision Fund, le plus grand fonds d'investissement au monde avec un objectif de 100 milliards de dollars. Très risquée, sa stratégie s'est retournée contre lui et la menace a franchi un nouveau palier avec l'effondrement des marchés depuis un mois.
Devant cette dernière capilotade, SoftBank a annoncé hier son intention de céder jusqu'à 4.500 milliards de yen (soit 38 milliards d'euros) de participations, montant qui lui permettra de procéder à un rachat d'actions et de rembourser une partie de sa dette. Les cessions envisagées, qui ne sont pas détaillées, seront réalisées au cours des 12 prochains mois.
Le conglomérat est en effet sous intense pression financière. Son fonds Vision, qui concentre la majorité de ses actifs, a défrayé la chronique ces dernières années en investissant dans des sociétés technologiques à des niveaux de valorisation stratosphériques alors qu'elles ont réalisé de piètres performances (en particulier WeWork, Uber, ou encore Slack) : cette témérité l'a conduit à afficher des pertes nettes pour les deux derniers trimestres.
La crise du coronavirus et ses conséquences sur l'économie mondiale et les marchés ont amplifié la désaffection des investisseurs. L'annonce d'un premier plan de rachat d'actions de 500 milliards de yen le 13 mars, financé par de la dette, a conduit l'agence de notation S&P à dégrader la perspective de la note de crédit de SoftBank (BB+), de "stable" à "négative" et de nombreux analystes financiers à émettre des opinions défavorables sur le conglomérat, étant donné son endettement déjà pléthorique. S&P s'interrogeait sur la volonté de SoftBank de rééquilibrer son bilan puisqu'il préférait céder aux pressions de l'investisseur activiste Elliott Management, entré au capital en février et qui réclame 20 milliards de dollars de rachat d'actions pour améliorer le rendement du titre.
Dans l'annonce d'hier, le projet de rachat d'actions représentera jusqu'à 2.500 milliards de yen (soit 17 milliards d'euros) et conduira à annuler 45% des actions de SoftBank. Il intègre un premier projet annoncé le 13 mars. Le solde sera utilisé pour désendetter SoftBank, ce qui est donc censé satisfaire le marché et les agences de notation. Le groupe précise qu'il dispose d'une confortable trésorerie de 1.700 milliards de yen (soit plus de 14 milliards d'euros) au 31 décembre 2019 et que ses liquidité lui permettent de faire face à ses échéances de dette pour les 24 prochains mois ; il entend également ralentir le rythme de ses investissements.
La devinette consiste à savoir si, parmi les actifs en vente, se trouve sa participation dans le géant chinois du commerce en ligne Alibaba, valorisée plus de 100 milliards de dollars dans son portefeuille - un souhait d'Elliott.
Le marché a bien réagi à ces annonces : l'action a bondi de 18,6% hier, après avoir perdu 50% de sa valeur en un mois. Pourtant, rien n'est gagné. La volatilité et le manque de perspectives sont tels que le portefeuille d'actifs de SoftBank, qu'ils soient cotés ou non cotés, pourrait encore perdre de sa valeur.
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