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La pression monte autour des dividendes
À mesure que les conséquences de la pandémie s'aggravent, des voix de plus en plus pressantes s'élèvent pour que les entreprises cotées adaptent leur politique de distribution du dividende à la situation, exceptionnelle.
Mercredi, les centrales syndicales sont montées au créneau. "Il ne serait pas raisonnable, ni responsable que les entreprises versent des dividendes à leurs actionnaires comme si de rien n'était", a déclaré la CFDT. La veille, c'est le ministre de l'Économie et des Finances Bruno Le Maire qui avait appelé les entreprises à la "modération". Un ministre qui, déjà la semaine dernière sur BFM TV, indiquait : "On attend des banques qu’elles utilisent les effets positifs de ces mesures pour soutenir l’économie et non pour augmenter les distributions de dividendes ou les rémunérations variables". Pour les assurances, l'EIOPA, le régulateur européen du secteur, a demandé un comportement identique. Nicolas Dufourcq, directeur général de la banque publique Bpifrance, l'une des chevilles ouvrières du plan de soutien aux entreprises, est revenu à la charge mardi dernier : "Une entreprise qui a des difficultés de cash doit se poser la question [de l'opportunité] du paiement d'un dividende". Même Geoffroy Roux de Bézieux, le président du Medef, a concédé sur BFMTV que les entreprises devront vraisemblablement réduire leurs dividendes.
Reste que les sociétés françaises ne se bousculent pas pour l'instant. Airbus (très européen) et Safran depuis hier soir sont les deux seules entreprises du CAC 40 à avoir pris cette décision. JCDecaux (mercredi), Tarkett, membres du SBF120, ont fait de même, tandis que Lagardère, par ailleurs confronté au pressing de l'activiste Amber Capital, a réduit le montant proposé de 23… tout en supprimant l'option de versement en titre, ce qui pèsera donc automatiquement de 130 millions d'euros sur la trésorerie du groupe d'édition et de travel retail. D'autres ont utilisé une voie indirecte, en reportant leur AG : c'est le cas de Renault et LVMH parmi les représentants du CAC 40, mais aussi de M6, TF1, Teleperformance, Bureau Veritas et Sartorius Stedim Biotech. Davantage de sociétés pourraient s'y résoudre depuis la publication de l'ordonnance aujourd'hui autorisant le report au-delà de la date du 30 juin.
Il paraît difficile de leur reprocher leur inaction si l'État n'applique pas dans les groupes dont il est actionnaire (EDF, Engie, ADP, FDJ…) ce qu'il réclame aux actionnaires privés. Contacté, Bercy rappelle qu'il appliquera la doctrine de la "modération" donc au cas par cas. Les syndicats représentés chez Engie ont réclamé que le dividende pour 2019 soit entièrement affecté à l'investissement.
Le montant des dividendes devrait en théorie être important, puisque l'exercice 2019 avait été dans l'ensemble positif. L'année dernière, les entreprises du CAC 40 avaient versé environ 50 milliards d'euros à leurs actionnaires au titre de l'exercice 2018.
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