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Entreprises / Actions

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coronavirus Les émissions de dette corporate tutoient les sommets

CORONAVIRUS. Paradoxe : les marchés subissent une purge depuis un mois, mais les fenêtres qui s'ouvrent sur le marché obligataire sont prises d'assaut.
Salle des marchés de l’AFT - Agence France Trésor - obligations souveraines
Salle des marchés de l’AFT - Agence France Trésor - obligations souveraines

Qui l'eut cru ? L'économie mondiale à l'arrêt et les marchés sens dessus dessous n'auront pas empêché les émissions obligataires de connaître une activité spectaculaire la semaine dernière… à tel point que le mois de mars n'est pas loin d'un record.

Entre vendredi 20 mars et mercredi dernier, plusieurs émetteurs importants avaient fait leur retour sur le marché, en France et dans le reste de l'Europe : Engie, Carrefour, Sanofi, Diageo, Nestlé, Heineken… Plus que les montants, ce sont les multiples de sursouscription qui avaient étonné : entre 2,5 et 8. Sur ce plan, la semaine a également terminé en fanfare avec une séance exceptionnelle jeudi.

Les secteurs exposés n'effraient pas les investisseurs

Ce jour-là, en France, ADP (ex-Aéroport de Paris), Saint-Gobain, Air Liquide et Suez ont émis respectivement 2,5 milliards d'euros (à 6,5 et 10 ans), 1,5 milliard (à 3 et 7,5 ans), 1 milliard (à 5 et 10 ans) et 850 millions d'euros (à 7 ans). Les investisseurs se sont rués sur le papier, les livres d'ordres ayant été souscrits entre 4,5 et… 23 fois selon les tranches. "Le marché obligataire est entré dans une nouvelle dimension jeudi, avec certains émetteurs notés BBB dans des secteurs plus cycliques, comme Saint-Gobain, dans le BTP, et le distributeur néerlandais Ahold Delhaize, ou difficiles dans le contexte actuel comme les aéroports, avec ADP", explique Frédéric Zorzi, responsable mondial du marché primaire chez BNP Paribas.

En effet, mention spéciale à ADP dont le secteur, les infrastructures de transport aérien, subit en première ligne et depuis le début les conséquences de l'épidémie. Les livres d'ordres pour ses deux tranches ont cumulé 12,6 milliards d'euros ! Pour obtenir un tel résultat étant donné les circonstances, le groupe a mis toutes les chances de son côté. "Il y a deux semaines, on pensait que le marché était tout simplement fermé pour certains crédits, que ce n'était pas une question de prix. Mais ADP a été le premier depuis le début de la crise à organiser une réunion (virtuelle) avec les investisseurs pour leur faire une mise à jour de sa situation de crédit, de liquidité, d'investissement, etc. Après la conférence, le livre d'ordres s'est envolé", raconte le banquier, dont les équipes ont participé à l'opération. Une tactique doublement payante : environ 300 investisseurs ont placé des ordres sur la tranche à 10 ans, ce qui est beaucoup - la moyenne tournant autour de 250 pour un émetteur de cette qualité (dont la dette est notée "A").

Autre transaction qui dénote, Air Liquide. Le fabricant de gaz industriels et médicaux, valeur défensive par excellence de la cote française et d'une excellente qualité de crédit (A-), affiche des multiples de sursouscription de 21 et 23 fois sur ses tranches à 5 et 10 ans. Au total, la demande a excédé les 22 milliards d'euros… Peut-être la fourchette initiale était-elle tactiquement généreuse pour attirer autant d'investisseurs, mais toujours est-il que l'engouement a permis à Air Liquide de réduire de 50 et 55 points de base le pricing final.

Une semaine équivalente à… un mois

Ces opérations attestent du fait qu'il existe une réelle demande de la part des investisseurs. "Pour l'instant, les sorties observées dans les fonds de placement ne sont pas dramatiques : aujourd'hui en moyenne les liquidités représentent chez les asset managers entre 10 % et 20 % des encours et servent principalement à libérer du cash dans le cas de demandes de remboursements", estime Frédéric Zorzi. En outre, investisseurs institutionnels comme alternatifs disposent d'énormes masses à placer. Même si la volatilité est toujours très élevée, les banquiers s'attendent à voir davantage d'entreprises émettre de la dette dans les catégories "investment grade" (de bonne qualité) comme la semaine passée.

Entre le 20 et le 27 mars, environ 25 milliards d'euros de dette ont été levés sur le marché par les entreprises en Europe. Soit presque autant que pour l'ensemble du mois de janvier (27 milliards) et de février (33 milliards) ! La tendance est la même aux États-Unis : un peu plus de 200 milliards de dollars d'émissions primaires en mars, ce qui représente un record mensuel absolu !

Ce dynamisme - certes chaotique et réversible - est une bonne nouvelle pour l'immédiate après-crise. "La dynamique d'émissions permet aux entreprises de préserver leur liquidité et de mettre en place une structure de capital qui leur permettra de rebondir rapidement après la fin de l'épidémie", estime Frédéric Zorzi. Mais ceci sera valable si les entreprises réussissent à gérer cet endettement supplémentaire, qui s'ajoutera aux masses de dettes accumulées ces dernières années en raison de la faiblesse des taux d'intérêt…

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