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Le dividende ou les aides : les grandes entreprises devront choisir
Longtemps sans doctrine commune concernant le versement de dividende en cette période de crise extrême, les représentants des grandes entreprises françaises sortent de leur silence ces trois derniers jours. Il a fallu pour cela une sortie du ministre de l'Economie et des Finances Bruno Le Maire, vendredi, qui a conditionné les aides d'Etat à la suspension du versement des dividendes. "Les entreprises qui ont besoin de trésorerie aujourd'hui, en particulier les grandes entreprises, si elles ont besoin de trésorerie et qu'elles demandent l'aide de l'Etat, elles ne peuvent pas, elles ne doivent pas verser de dividendes. Et nous veillerons à ce que ce soit respecté", a-t-il déclaré sur BFMTV.
Concrètement, les entreprises qui ont ou vont verser des dividendes cette année et qui ont bénéficié de reports de charges (fiscales et sociales) dans le cadre de la crise devront les rembourser "avec une pénalité d'intérêt", tandis que la garantie d'Etat sur les nouveaux emprunts qu'elles pourraient solliciter ne leur sera pas accordée. Pour les sociétés bénéficiant du dispositif de chômage partiel financé par l'Etat, le ministre appelle à "la plus grande modération" dans la distribution du dividende. Le ministre a également indiqué que l'Etat se prononcerait contre le versement de dividendes par les entreprises dont il est actionnaire. Ici encore, un durcissement par rapport à la veille.
Pas besoin de projet de loi
Sont visées les "grandes entreprises", sans pourtant fixer un seuil-couperet à l'unité près (au moins 5.000 salariés ou plus de 1,5 milliard d'euros de chiffre d'affaires ou plus de 2 milliards de bilan). L'idée est "de ne pas affecter les PME ou TPE dont les dirigeants ne se rémunèrent qu'en dividendes", explique un porte-parole de Bercy à Wansquare.
Mais contrairement à ce qu'indiquent certaines informations de presse publiées à la suite des déclarations de Bruno Le Maire parus vendredi et ce matin, aucun projet de loi n'est prévu. "Il n'y en a pas besoin. Les ministères ont directement la main sur les dispositifs d'aide", répond-on à Bercy, passablement agacé.
Dans la foulée, le Medef, qui représente les entreprises auprès de l'Etat et des organisations syndicales, avait salué la mesure. L'Association française des entreprises privées (Afep, qui regroupe les 110 plus grandes sociétés françaises, qu'elles soient cotées ou non) a suivi dimanche soir.
L'Afep demande bien évidemment à ses membres d'appliquer la volonté gouvernementale pour ceux qui utilisent le report de charges ou la garantie d'Etat. Par ailleurs, elle demande à ceux qui utilisent le chômage partiel d'une part de ne le faire qu'en dernier recours et surtout d'autre part de "réduire les dividendes à payer en 2020 de 20% par rapport à l'année dernière". Alors que les rémunérations promettent d'être un sujet particulièrement épineux cette année, vu les aides publiques massives dont peuvent bénéficier les entreprises, l'Afep demande aux dirigeants mandataires sociaux de "réduire d'un quart leur rémunération globale qui leur sera versée en 2020 pour la durée où des salariés de leur entreprise seront en chômage partiel" et de reverser cette part "à des actions de solidarité nationale en relation avec le Covid 19".
Le dilemme des sociétés cotées
Jusqu'ici, les entreprises avaient avancé en ordre dispersé et elles ne s'étaient pas bousculées pour suspendre leurs dividendes. Parmi les entreprises du SBF 120, Safran, Airbus, JCDecaux et Tarkett ont annoncé une suspension (et Lagardère une baisse). A présent que l'Etat impose des conditions, les sociétés font face à un dilemme : solliciter l'aide de l'Etat et perdre un attrait supplémentaire vis-à-vis des investisseurs, alors que leurs actions sont déjà tombées à des niveaux très faibles, ou maintenir leurs dividendes et perdre un accès potentiel à la liquidité - dont le maintien est désormais leur priorité financière.
Il est clair que les entreprises qui estiment avoir suffisamment de liquidités (sous forme de trésorerie cash ou d'accès à des lignes de crédit) vont tout faire pour maintenir leur dividende. Dès ce matin, L'Oréal s'est fendu d'un communiqué pour préciser qu'il n'avait recours à aucun chômage partiel, ni report de charges. Une manière de rassurer les actionnaires. Total, la semaine dernière, a annoncé la suspension de son programme de rachat d'actions, mais pas du dividende : la rémunération des actionnaires est historiquement le principal attrait du secteur pétrolier, particulièrement touché par cette crise. Étant donné son faible taux d'endettement, la compagnie pétrolière française s'estime donc assez solide pour maintenir son dividende.
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