Fusions, Acquisitions
Fusions, Acquisitions
JCDecaux compense en Chine
La suspension de son dividende 2019 la semaine dernière et l'avertissement sur chiffre d'affaires pour le premier trimestre, annoncé lundi soir, n'empêche pas JCDecaux d'assouvir ses ambitions de croissance… en Chine. Le groupe de communication extérieure (sur mobilier urbain, dans les transport, etc.) va acquérir une participation minoritaire dans Clear Media Limited, le plus grand opération d'abribus publicitaires en Chine avec plus de 57.000 "faces" réparties dans 25 villes ; il profite d'une opération de public-to-private (PtoP, OPA suivie de retrait de cote) menée par le propre PDG de Clear Media, Han Zi Jing.
Concrètement, le groupe français a acquis (via sa filiale hongkongaise JCDecaux Innovate) une participation de 23% au capital d'une holding de reprise, composée par ailleurs de Han Zi Jing (avec 40%), d'Antfin, une filiale d'Ant Financial, la plate-forme de paiement en ligne d'Alibaba (30%), et de China Wealth Growth Fund III, un fonds de JIC Capital Management, une firme d'Etat chinoise de private equity.
Le consortium a fait une offre de 7,12 dollars hongkongais (HK) par action à la Bourse de l'ancien territoire britannique, soit 3,86 milliards de dollars HK pour la totalité des actions Clear Media. La cote-part de JCDecaux représente donc 887 millions de dollars HK, soit 104 millions d'euros. Le holding a déjà obtenu l'engagement irrévocable de Clear Channel KNR (une filiale de Clear Channel Outdoor) d'apporter à l'offre sa participation de 50,9% au capital de Clear Media. La prise de contrôle est donc assurée.
La Chine représente le gros relais de croissance de JCDecaux, qui n'a pas souhaité répondre aux sollicitations de Wansquare. Il lui est donc fondamental de renforcer son implantation dans ce pays, qui est déjà le premier contributeur à son chiffre d'affaires, avec une part de 15% en 2019. "Clear Media détient 70% du marché des abribus dans des villes-clés de Chine, alors que JCDecaux en est quasiment absent", souffle un connaisseur du groupe. Et pour cause, il s'était concentré dans les transports (aéroports, métros, gares, etc.), Clear Channel Outdoor trustant les positions sur le mobilier urbain… jusqu'à aujourd'hui.
Car le Français profite indirectement des déboires de son grand concurrent américain, dont l'ancienne maison-mère iHeartMedia s'était retrouvée en la procédure américaine de Chapter 11 de 2018 à 2019 et a dû se séparer de Clear Channel fin 2018. Mais ce dernier ployait encore sous 4,7 milliards de dollars de dette nette au 31 décembre 2019, pour un bénéfice opérationnel avant dépréciations et amortissement (OIBDA, proche de l'Ebitda) de 582 millions de dollars. Le groupe américain indique qu'il utilisera le produit de la cession de Clear Media (220 millions de dollars US nets) pour "améliorer sa liquidité et accroître sa flexibilité financière". En raison du contexte lié au coronavirus, il a annoncé le 25 mars qu'il avait tiré sur sa ligne de crédit renouvelable de 150 millions de dollars.
L'annonce d'hier matin a fait bondir l'action JCDecaux de 5,3% à la Bourse de Paris, à 16,50 euros
Reproduction et diffusion interdites sans autorisation écrite

