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Assurances

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Les dividendes provoquent la cacophonie dans l'assurance européenne

Les superviseurs européen et français exigent leur retrait, mais pas la BaFin allemande. De quoi placer les assureurs comme Axa dans l'embarras.
AXA
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Après les dividendes des banques, ceux des assureurs sont visés. Mais en ordre dispersé, ce qui interroge sur la cohérence de la démarche.

Jeudi soir, le superviseur européen du secteur de l'assurance et des caisses de retraites (Eiopa) a exhorté les assureurs et les réassureurs à suspendre temporairement "toute distribution de dividende et tout programme de rachat d'actions visant à rémunérer les actionnaires", tant que les conséquences économiques et financières de la pandémie de coronavirus ne sont pas plus exactement connues. L'Eiopa appelle également à la prudence quant aux versements de dividendes intragroupes s'ils risquent d'affaiblir significativement la solvabilité d'une entité, ainsi que dans les rémunérations variables des dirigeants. Une annonce qui a fait plongé les valeurs du secteur en Bourse.

Fonction de transfert de risques

Aujourd'hui, son équivalent français, l'ACPR (Autorité de contrôle prudentiel et de résolution) lui a emboité le pas, demandant aux organismes sous sa supervision de "s'abstenir de proposer la distribution de dividendes, au moins jusqu'au 1er octobre 2020 et faire preuve de modération dans les politiques d'attribution de rémunération variable". Reproduisant une autre injonction de l'Eiopa, elle ajoute que "les organismes d'assurance qui ne seraient pas en mesure de surseoir au paiement de dividendes doivent immédiatement en expliquer les raisons".

Argument avancé : les fonds propres des assureurs et réassureurs doivent être renforcés pour que ces derniers continuent à jouer leur rôle de transfert de risques des particuliers et des entreprises et de financement de l'économie réelle à travers la mobilisation des placements de leurs clients. Or, cette capacité est menacée par "la baisse de l’activité, la hausse des frais de santé et de prévoyance liée à l’épidémie, la recrudescence de certains sinistres comme les vols", ainsi que par "la chute brutale des marchés, qui va impacter les placements qui garantissent nos engagements à l’égard de nos clients", comme l'énumère Florence Lustman, présidente de la Fédération française de l'assurance (FFA), dans une tribune publiée jeudi qui défendait pourtant son secteur contre le reproche qui lui est fait de ne pas contribuer pas assez à l'effort de solidarité nationale.

La FFA n'a pas répondu à nos sollicitations pour avoir une réaction concernant les demandes des superviseurs.

Axa demande des clarifications

En revanche, le message de l'Eiopa a visiblement été interprété de manière assez différente par d'autres autorités nationales de supervision. Et non des moindres : l'autorité fédérale de supervision financières allemande, la BaFin. Celle-ci s'oppose en effet à une interdiction générale des dividendes pour les assureurs et les fonds de pensions. "En matière de politique de dividende, la situation individuelle des assureurs doit bien entendu être prise en compte", a argumenté Frank Grund, son directeur général.

Or, l'avis de la BaFin compte. Car elle supervise notamment Allianz, premier assureur européen, et de grands réassureurs internationaux tels de Munich Re ou Hannover Re. Allianz a d'ailleurs annoncé aujourd'hui qu'il s'en tiendrait aux dividendes et aux rachats d'actions. Mercredi, Munich Re a annulé ses prévisions 2020 mais a maintenu le versement de son dividende (à 9,80 euros par action). Va-t-il changer d'avis ? 

Les différences de discours mettent en tout cas le secteur dans l'embarras. C'est pourquoi Axa vient d'annoncer qu'il repoussait de deux mois (au 30 juin) la tenue de son assemblée générale "en vue de favoriser le dialogue avec les autorités européenne, française et étrangères du secteur de l'assurance". L'assureur français (numéro deux européen) attend de se voir clarifier la situation avant de prendre une décision sur son dividende.

Car que l'on soit pour ou contre le maintien du dividende dans le secteur financier, l'enjeu de l'uniformité est crucial : si Allianz se considère assez solide pour rémunérer ses actionnaires, comment les investisseurs interpréteraient-ils une décision de suspension d'Axa, alors que les deux assureurs ont en réalité une solidité proche ?

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