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Photonis a besoin d'une solution

L'américain Teledyne a confirmé le refus des autorités françaises de la reprise de Photonis pour des raisons stratégiques. Reste à monter un dossier de reprise...
Bercy - Ministère de l’économie - finances
Bercy - Ministère de l’économie - finances

A qui Photonis va-t-il échoir ? L'américain Teledyne Technologies, qui négociait avec le fonds français Ardian l'acquisition du leader français de la vision nocturne, a confirmé la semaine dernière dans un avis à la SEC (Securities and Exchange Commission), le gendarme de la Bourse américaine, qu'il s'était vu "verbalement notifié" par le Bureau des investissements étrangers en France de "l'avis négatif" du ministère de l'Economie et des Finances. Il attend désormais une réponse écrite de Bercy, qui doit officialiser cette décision.

Photonis est considéré comme une entreprise stratégique en raison de ses applications dans le secteur de la Défense. L'Etat, à travers le ministre de l'Economie Bruno Le Maire et la ministre des Armées Florence Parly, avait déjà émis début mars une opinion défavorable à la reprise de Photonis par l'entreprise américaine et avait sollicité les géants français de l'équipement aéronautique Safran et Thales, mais ceux-ci avaient fait part de leurs réticences. 

D'une part, le prix demandé paraissait élevé : dans son avis, Teledyne précise qu'il négociait l'acquisition de Photonis à un prix tournant autour de 550 millions de dollars (soit 510 millions d'euros au cours actuel). Pour mémoire, Ardian (alors Axa Private Equity) avait acquis la PME auprès du fonds français Astorg Partners en 2011 pour un peu plus de 500 millions d'euros, soit un multiple proche de 10 fois l'Ebitda.

En outre, tous deux déjà clients de la PME, Thales considère qu'il n'est pas judicieux d'acquérir un fournisseur, ce qui pourrait déplaire à ses autres clients. Safran, qui n'est pas client de Photonis, a fait une réponse proche, indiquant que la société était un fournisseur potentiel.

Philippe Petitcolin, directeur général de Safran, estimait le mois dernier, lors d'une rencontre avec l'Association des journalistes économiques et financiers (Ajef), que la France avait les outils juridiques pour protéger et cantonner ses technologies de sécurité et de Défense sans pour autant avoir à empêcher la vente de l'entreprise à un acquéreur étranger - à l'image des Etats-Unis, qui peut imposer l'isolement d'une activité à risque et sa gestion par un conseil d'administration propre 100% américain (en mode "proxy").

La réaction de l'Etat français n'est pas un nouveau signe de l'immixtion traditionnelle de la puissance publique hexagonale dans les affaires économiques à forte dimension sociale (Arcelor, etc.). "Photonis est un actif qui dispose de technologies sensibles. C'est un cas assez particulier", estime un banquier d'affaires, pour qui la décision ne devrait pas avoir de conséquence majeure sur l'attrait du marché français pour les opérations de fusions-acquisitions. En outre, le veto français est une réponse du berger à la bergère face à un gouvernement américain qui n'hésite pas lui non plus à employer les grands moyens, comme l'illustrent les vetos du Cfius (commission sur les investissements étrangers aux Etats-Unis) à la vente de Lumileds et de Lattice Semiconductor à des investisseurs chinois, ou à l'acquisition de Qualcomm par le singapourien Broadcom, et l'adoption du FIRRMA (Foreign Investment Risk Review Modernization Act) en août 2018, qui permet aux autorités de prendre en compte les transactions des pays "partenaires".

Reste à savoir quel peut être l'avenir de Photonis. Étant donné le contexte actuel, il y a peu de chances que Safran et Thales aient changé d'opinion. Bpifrance, évoqué comme partenaire complémentaire ou principal dans un tour de table franco-français, est actuellement très occupé avec son plan de soutien aux entreprises françaises. Enfin, même si un tour de table était réuni, il n'est pas certain que le prix envisageable soit en accord avec ce que demande Ardian, devant la difficulté de déterminer la valeur d'une entreprise à l'heure actuelle.

Juridiquement parlant, le refus de Bercy n'est pas formalisé, ce qui veut dire que les discussions pourraient reprendre. Teledyne a d'ailleurs confirmé aujourd'hui dans un autre communiqué son intérêt à conclure un accord. Selon nos informations, Ardian (qui ne fait aucun commentaire) travaille toujours avec les autorités, sachant qu'aucun repreneur français ne s'est encore manifesté. Mais le contexte actuel ne plaide pas pour une solution rapide. Bpifrance n'avait pas répondu à nos sollicitations au moment où nous publions.

Enfin, si le refus verbal de l'Etat, relativement attendu, ne bouleversera pas le marché du M&A, il pourrait encourager les entreprises candidates à une acquisition à intégrer le risque de sécurité nationale en amont, dès les due diligences.

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