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Entreprises / Actions

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Les dividendes, victimes collatérales du Covid-19

Douze membres du CAC40 ont annoncé la suspension ou la réduction de leurs dividendes au titre de l'année 2019. Les actionnaires doivent renoncer à 18 milliards d'euros pour l'instant.
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Les investisseurs doivent se préparer à deux exercices maussades en termes de dividendes. La nécessité des sociétés de préserver leurs liquidités, mais surtout les injonctions des autorités européennes vont directement peser sur les dividendes prévus en 2020 (au titre de l'exercice 2019). Et les mauvais résultats qui se profilent en 2020 n'augurent rien de bon pour les versements en 2021.

Entre le début de la crise du coronavirus et hier, 12 entreprises du CAC 40 (notamment Airbus, BNP Paribas, Bouygues, Engie, Safran ou encore la Société Générale) ont annulé près de 18 milliards d'euros de dividendes (réductions comprises), revenant sur les déclarations faites pendant la saison de publication de leurs résultats annuels, en février-mars. Pas de chance pour les actionnaires, qui auraient dû recevoir 54,3 milliards d'euros de dividendes au titre de l'année dernière, un montant cumulé record, en hausse de 6% par rapport à l'exercice précédent. La liste devrait encore s'allonger puisque le ministère de l'Economie et des Finances a indiqué qu'il demanderait aux entreprises dont il est actionnaire de ne pas verser de dividendes. Parmi les membres du CAC40 qui ne se sont pas encore prononcés, l'Etat détient des participations dans Orange, Peugeot SA et Renault. D'autres membres éminents, comme Axa, EssilorLuxottica ou encore Vinci, ont repoussé la date de leur AG et réfléchissent encore à l'attitude à adopter, sachant que Bercy n'accordera pas d'aide d'Etat à des entreprises qui auront rémunéré leurs actionnaires et que certains régulateurs (comme l'ACPR pour l'assurance par exemple) promeuvent le non-versement. 

Le sujet des dividendes est devenu essentiel, non seulement aujourd'hui en raison de la dégringolade des marchés actions, mais également dans le contexte de taux extrêmement bas qui sévit depuis plusieurs années. "Dans un univers de rendement faible, voire à rendement zéro, les rendements des dividendes ont été l'un des attraits des actions européennes. Mais étant donné la chute des bénéfices cette année, ces rendements sont-ils durables ?", s'interrogent les stratégistes d'UBS.

Les versements prévus en 2020 seront mécaniquement très faibles, certaines autorités (Banque centrale européenne, plusieurs Etats dont la France et le Royaume-Uni…) ayant bloqué la distribution de dividendes au moins jusqu'au 1er octobre - la faiblesse des montants ne sera donc pas le signe d'un problème de capital. Si les banques européennes (premières contributrices de dividendes ces dernières années) sont contraintes de réduire leurs versements à néant (ce vers quoi on semble s'orienter, à l'image des banques françaises et britanniques suite aux injonctions du régulateur européen) et que ceux des autres secteurs baissent autant qu'au cours de la crise financière de 2008, UBS fait l'hypothèse d'un recul de 42% pour l'ensemble du marché européen. A titre de comparaison, les dividendes versés en avaient reculé de 31% en 2009 (versés au titre de 2008), alors que les bénéfices avaient reculé de 46%.

Les analystes de Barclays anticipent une chute des bénéfices par action d'environ 40% pour les sociétés européennes cette année ; mais si "la crise économique du Covid-19 sera aussi sévère que la récession de 2008-09, elle sera plus courte", avec un rebond anticipé dès l'année prochaine. "Les conséquences sur les dividendes [au titre de l'exercice 2020] devraient atteindre la même magnitude, les entreprises préservant leur capital et leurs cash-flows et accordant la priorité à leur responsabilité sociale sur la distribution", poursuivent-ils. 

Une logique sectorielle respectée

"La logique sectorielle devrait être respectée pour les dividendes versés au titre de 2020", indique Alphavalue. Contacté par Wansquare, le bureau d'analyses indépendant a considérablement réduit ses anticipations de dividendes pour l'exercice 2020 (donc versés en 2021), pour les 480 plus grosses capitalisations boursières européennes ces trois derniers mois. Au total, il les a dégradées de 47 milliards d'euros par rapport aux prévisions de janvier, pour tomber à 297 milliards d'euros, signifiant que "l'on revient sur les niveaux de 2011".

Les secteurs dans lesquels Alphavalue anticipe les plus fortes dégradations sont l'aéronautique et Défense (-62,5% de dividendes versés par rapport à sa prévision du mois de janvier), secteur qui comprend les avionneurs comme Airbus, la distribution non alimentaire (directement visée par les mesures de confinement, -60%), les banques (la dégradation de la solvabilité des entreprises pèsera sur leurs bilans, -38%), les concessions (aéroports, autoroutes… -32%) et le transport (-26%). Barclays place en "tête" les banques, l'énergie, le tourisme & loisirs, l'aéronautique Défense et l'immobilier.

Ne pas voir le transport (qui comprend les compagnies aériennes et ferroviaires, victimes elles aussi du confinement) plus haut en tête de liste s'explique : les bénéfices dans l'aérien étaient déjà très fragilisés en 2019 par les guerres commerciales, la suspension mondiale des vols du Boeing 737 Max, les conflits sociaux (compagnies low cost, Air France…) et la surabondance de l'offre - ainsi, 25 compagnies ont disparu en 2019, selon l'Iata, l'autorité internationale du transport aérien.

Même constat pour l'automobile : la baisse entre les dividendes au titre de 2019 et de 2020 est limitée (-6,8% anticipée par Alphavalue) par le fait que l'année 2019 a déjà été très difficile pour les constructeurs, qui ont beaucoup souffert de la chute du marché chinois et du coût du changement de paradigme dans le secteur (voiture électrique, connectée et autonome).

Sans surprise, les dividendes dans la santé s'en sortent positivement d'un an sur l'autre (+2,2%), tirant profit des retombées de la crise sanitaire.

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