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Eramet sait attendre

Le groupe minier spécialisé dans le nickel et le manganèse a annulé la construction de son usine de lithium en Argentine. Une décision prudente, mais qui repousse sa diversification.
Eramet
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La diversification d'Eramet attendra, mais sans doute est-ce un mal pour un bien. Le groupe minier, acteur historique du nickel, vient d'annuler la construction de l'usine de production de lithium en Argentine, un projet qu'il avait déjà suspendu le 19 février dernier. Seule l'usine pilote, qui fonctionne depuis quatre mois, poursuivra en revanche son activité pour collecter les résultats du procédé, lequel "atteint un très haut niveau de rendement".

Le groupe minier justifie sa décision de ce matin par le contexte actuel de la crise sanitaire, "dont l'ampleur et la durée restent inconnues à date", qui pèse en particulier sur les marchés des matières premières, en particulier du lithium. Le 19 février, Eramet était plus vague sur les raisons de la suspension du projet : il évoquait des "conditions de lancement" qui n'étaient pas réunies à l'époque dans ses discussions avec le gouvernement argentin et sa volonté de préserver ses marges de manoeuvre financières face à une "conjoncture mondiale dégradée et volatile", notamment en Chine en raison du coronavirus.

Le sujet de l'opportunité de construire l'usine de lithium ne se limite pas à la crise née de la pandémie. L'Argentine elle-même traverse depuis l'année dernière une période difficile. Le gouvernement avait imposé un contrôle des changes aux entreprises et aux particuliers en septembre dernier et les agences de notation considéraient déjà en décembre le pays en situation de défaut sélectif. La crise sanitaire a évidemment aggravé les choses : le gouvernement a annoncé hier le report à l'année prochaine du paiement de sa dette, soit près de 10 milliards de dollars.

Bien entendu, la décision d'abandon, qui ne remet pas en cause le potentiel du gisement ni son redémarrage "lorsque cela sera possible", a un coût : une charge exceptionnelle de 150 millions d'euros (dont une dépréciation d'actifs) et un décaissement de 90 millions d'euros en 2020 lié aux investissements déjà engagés et aux coûts de terminaison des contrats et de mise sous cocon.

Mais la prudence est de mise étant donné qu'avant même la pandémie, l'année 2020 s'annonçait à risque pour Eramet. Le groupe souffrait déjà d'une visibilité nulle sur le prix du manganèse, autre métal sur lequel il est positionné en dehors du nickel, alors qu'il s'était lancé dans deux projets coûteux pour un acteur de la taille d'Eramet : le lithium argentin et l'extension de la mine de manganèse de Moanda, au Gabon. Les deux représentent un investissement de 1,3 milliard d'euros sur 3 et 5 ans. Or, alors que son endettement atteignait 80% de ses fonds propres fin 2019, il s'était engagé à ce que son gearing reste sous les 100%. "S’il est vrai que cette décision permet de réduire les investissements prévus dans les semestres à venir, elle permet avant tout de maîtriser le niveau de la dette du Groupe dans une conjoncture profondément dégradée", indique Eramet, contacté par Wansquare.

Globalement, Eramet n'est pas dans une situation confortable. Il est confronté à un risque de liquidité non nul : son free cash-flow est négatif (-358 millions d'euros en 2019, -211 millions en 2018) et la visibilité sur les prix des matières premières - déjà très bas - est inexistante. En mars, la situation a conduit le groupe à tirer l'intégralité de ses lignes de crédit, représentant un montant de 1,5 milliard d'euros, "par précaution". En outre, Eramet est l'un des rares acteurs miniers cotés à être concentré sur deux minerais (le lithium étant un développement récent), contrairement à ses grands concurrents BHP, Anglo American, South32 ou encore Assmang, présents également dans le fer, le cuivre, ou encore les métaux précieux.

Eramet a donc fait preuve de sagesse en stoppant son projet argentin. Mais il devra manoeuvrer finement dans la tempête, car son manque de diversification, qui va donc durer plus longtemps que prévu, se ressent sur les marchés financiers : avant de rebondir ces derniers jours avec l'ensemble des marchés, son obligation 2024 était tombée à environ 70% du nominal et la souche octobre 2020 à 85%.

Alors que l'indice SBF120 perdait 1,5% vers 13h00 à la Bourse de Paris, l'action Eramet reculait de 1,3%, à 29,15 euros. L'action a chuté de 33% ces trois derniers mois, tandis que le SBF120 a décliné de 28% au cours de la même période.

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