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L'aventure de Renault en Chine prend un virage à 90°
Déclassé en catégorie spéculative par l'agence de notation S&P jeudi dernier, Renault doit se dégager des marges de manoeuvre financières alors que le marché automobile est frappé de plein fouet par les mesures de confinement. L'activité du constructeur français en Chine en fait les frais.
Après avoir renoncé jeudi à verser un dividende au titre de l'exercice 2019, décision qui lui fera économiser 325 millions d'euros cette année, Renault va ainsi considérablement réduire la voilure dans l'Empire du Milieu, dans lequel il n'a jamais réussi à percer malgré la présence de son allié Nissan - et tandis que son compatriote Peugeot a vu s'étioler ses parts de marché au cours de la dernière décennie. Il a annoncé ce matin qu'il se recentrait sur ses activités sur les véhicules utilitaires légers (VUL) et les véhicules électriques (VE), abandonnant la fabrication des véhicules particuliers à moteur thermique (VP).
Concrètement, Renault va vendre à son partenaire chinois Dongfeng Motor sa participation de 50% dans leur co-entreprise Dongfeng Renault Automotive Company (Drac). Les protagonistes refusent de communiquer le montant de la transaction, mais il est probable que Renault ait à passer une dépréciation dans ses comptes. La valeur de la part de Renault était comptabilisée à 282 millions d'euros dans ses comptes au 31 décembre 2018 et elle a été dépréciée en 2019. Dongfeng précise que l'opération est le fruit d'une négociation à l'amiable.
Face à la concurrence des 140 marques chinoises et des constructeurs allemands et japonais, maintenir une activité VP avait déjà peu de sens, à moins d'investir très lourdement, ce dont Renault ne pouvait se permettre étant donné la fragilité de ses finances déjà en 2019. L'an passé, dans un marché en baisse de 46%, Drac n'a vendu que 19.288 voitures de la marque au losange, accusant une baisse de… 58% par rapport à 2018, pour une capacité industrielle de 150.000 unités par an. La marque affiche une perte d'exploitation de 1,5 milliard de yuan (195 millions d'euros) en 2019. La crise actuelle ne lui laisse plus la possibilité de tergiverser. Au premier trimestre 2020, les ventes de Drac se sont effondrées de près des deux tiers sur un an, pour tomber à environ 2.300 unités, selon des informations obtenues par Wansquare.
Les synergies avec Nissan devront attendre
La décision annoncée ce matin signifie que la stratégie de Renault dans les VP repose entièrement sur l'électrique, secteur moins concurrentiel pour l'instant et où Renault dispose d'un savoir-faire ancien depuis la Zoe. Elle compte sur deux acteurs : eGT, société commune créée en 2017 et détenue à 50% par Dongfeng (encore), 25% par Renault et 25% par Nissan, ainsi que JMEV, créé en 2015 et contrôlé à 50% par Renault, 37% par Jiangling Motors et 13% par China Agricultural Development Construction Fund. Ce pari pourrait s'avérer payant, l'électrique bénéficiant du soutien massif des autorités chinoises, déterminées à lutter contre la pollution atmosphérique endémique des grandes métropoles chinoises. eGT a en outre l'ambition de faire de sa Renault City K-ZE un modèle mondial.
Puisque Drac cessera d'assembler et de vendre des véhicules Renault (et même si Renault poursuivra sa coopération avec Dongfeng dans les moteurs de nouvelle génération et les véhicules connectés), quid du sujet du réseau de concessionnaires, que le service après-vente aux 300.000 clients Renault ne saurait suffire à faire vivre ? Pour l'instant aucune décision n'est prise, sachant que plus de 100 sites disposent de contrats avec à la fois Drac et Renault, et que le groupe français a annoncé en janvier dernier qu'il allait accélérer les synergies avec Nissan, selon le nouveau principe de "leader-follower" mis en place dans le cadre de l'alliance Renault-Nissan-Mitsubishi. Le problème est que si le nouveau plan à moyen-terme de l'alliance sera annoncé en mai, il tardera à être décliné chez Renault puisque son nouveau directeur général Luca de Meo n'arrivera en poste que le 1er juillet.
Dans les VUL, son autre pilier en Chine, Renault compte sur la société commune Renault Brilliance Jinbei Automotive (RBJAC), lancée dans les VUL fin 2017. La marque Jinbei (du groupe Brilliance) a vendu près de 162.000 unités l'année dernière. Renault considère que les VUL sont l'autre moteur de la mobilité propre.
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