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La catastrophe se rapproche pour les compagnies aériennes
Alors que les compagnies aériennes à travers le monde négocient des plans de soutien auprès de leurs gouvernements et des banques pour éviter la faillite, la facture du coronavirus s'alourdit dans le secteur. L'International Air Transport Association (IATA), qui regroupe les acteurs du transport aérien, a revu hier en hausse de 25% son estimation de pertes de revenus en 2020 pour les compagnies aériennes, établie le 24 mars. Elle se monte désormais à 314 milliards de dollars. Le chiffre d'affaires cumulé de ses membres devrait ainsi s'effondrer de 55% par rapport à 2019, contre -44% anticipé précédemment. "C'est une catastrophe", déclare Alexandre de Juniac, directeur général de l'IATA, au cours d'un point presse hebdomadaire.
Cette augmentation brutale est liée à la sévérité du ralentissement économique et à la réouverture des lignes internationales plus lente que prévu. L'estimation du mois dernier reposait sur une restriction de déplacement stricte d'une durée de trois mois. Les chiffres actualisés "reflètent les paramètres suivants : des restrictions importantes de voyages intérieurs durant au moins trois mois, certaines restrictions de vols internationaux prolongées au-delà de trois mois, ainsi que des conséquences graves à l'échelle mondiale, y compris en Afrique et en Amérique latine, où la maladie était peu présente au moment de l'analyse de mars et où on prévoyait un effet moindre", indique l'IATA. Début avril, le nombre de vols était de 80% inférieur à celui de l'année dernière. L'AAPA, qui représente les compagnies asiatiques, a indiqué hier que le trafic dans la zone Asie-Pacifique pour la première semaine d'avril s'était effondré de 93% sur un an.
En outre, la récession économique engendrée par la crise sanitaire pèse sur la demande de transport de passagers, qui devrait chuter de 48% selon l'association (contre -38% dans son calcul précédente). Le PIB mondial au deuxième trimestre devrait reculer de 6% selon l'hypothèse retenue, une baisse massive si on la compare aux 2% perdus au plus fort de la crise financière de 2007-09. "Le trafic de passagers suit de près l'évolution du PIB. Les conséquences de l'activité économique réduite au deuxième trimestre entraînerait une baisse de 8% du trafic de passagers au troisième", explique ainsi l'IATA dans le document publié hier.
Alexandre de Juniac note que les levées progressives de restrictions décidées jusqu'à présent ne concernent pas le transport aérien et qu'un pays ne peut permettre la réouverture de ses vols internationaux seul si les autres restent fermés. Or, ceux-ci représentent l'essentiel des revenus des compagnies aériennes. L'association appelle donc à la coopération internationale pour lever les restrictions et va lancer une série de rencontres régionales pour travailler à un "plan de redémarrage".
Pour celles-ci, le danger est immédiat, au-delà des conséquences sur le revenu de l'année. "Les compagnies aériennes pourraient brûler 61 milliards de dollars de réserves de trésorerie au cours du seul deuxième trimestre. Cela menace 25 millions d'emplois dépendants de l'aviation. Et sans aide urgente, plusieurs compagnies aériennes ne survivront pas et contribuer à la reprise économique", déclare Alexandre de Juniac.
Le gouvernement français a fait savoir que le plan de soutien à Air France devrait être communiqué cette semaine. Norwegian Air, qui a sollicité d'aide de l'Etat norvégien en mars, a annoncé hier un projet de convertir les trois quarts de sa dette en fonds propres avant d’émettre des actions nouvelles. Le département du Trésor américain a lui annoncé que les grandes compagnies du pays avaient accepté le principe d'un programme de secours de 25 milliards de dollars, permettant de garantir l'emploi jusqu'en octobre.
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