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coronavirus Latécoère sous pression

CORONAVIRUS. Face à un deuxième trimestre qui s'annonce très difficile dans tout le secteur, l'équipementier aéronautique a obtenu un PGE de 60 millions d'euros.
Latécoère
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La crise sanitaire est une menace de plus pour Latécoère, alors que l'année 2020 se profilait déjà avec un lot important d'incertitudes pour l'équipementier aéronautique français. Ces difficultés s'incarnent dans le recours au programme de Prêt garanti par l'Etat (PGE), annoncé ce matin en marge de l'annonce de ses résultats d'activité au premier trimestre.

Latécoère annonce dans son communiqué avoir signé quatre PGE bilatéraux auprès de quatre banques pour un montant total de 60 millions d'euros, "afin de maintenir un niveau de liquidité et une flexibilité bilancielle suffisantes dans les conditions actuelles de marché", précise-t-il. Le groupe affichant un chiffre d'affaires de 713 millions d'euros en 2019, cela signifie que la garantie publique s'applique sur 90% de ce montant. Cela signifie aussi que son dossier a été négocié directement avec les partenaires bancaires de Latécoère pour ensuite obtenir automatiquement la garantie auprès du guichet de Bpifrance, sans passer par le Comité interministériel de restructuration industrielle (Ciri) et la signature du ministre de l'Economie et des Finances Bruno Le Maire.

Le groupe n'a pas détaillé sa situation de liquidité, si ce n'est en déclarant que "ces prêts renforcent la liquidité immédiate de groupe et lui permettront de redémarrer efficacement sa production pour répondre à la demande de ses clients une fois que les mesures de confinement dans les pays où il opère seront progressivement levées". Mais il était temps. Selon nos informations, si Latécoère est en train de travailler sur des programmes d'émission comme des billets de trésorerie, il n'avait pas de capacité de tirage lorsqu'il a commencé à négocier ses PGE il y a un mois. Il ne pouvait compter que sur sa trésorerie résiduelle (33,8 millions d'euros fin 2019, mais qui a dû fondre depuis) et des contrats de reverse factoring passés avec Airbus fin 2019 (qui lui ont permis de dégager 40 millions d'euros de créances client) et avec Boeing début 2020.

Un premier trimestre peu affecté par la pandémie

Pour autant, les investisseurs sont restés stoïques face à cette annonce (l'action évoluant en territoire légèrement positif, tout comme son indice de référence le SBF 120) ; ils n'ont pas outre mesure pris ombrage du recul de 16% du chiffre d'affaires à périmètre comparable au premier trimestre (à 150 millions d'euros), ni de l'abandon des perspectives pour l'année 2020 présentées le 10 mars (baisse de 5% de son chiffre d'affaires avec une marge opérationnelle entre 0 et 5%).

"Le chiffre d'affaires de la division Aérostructures a diminué de 18,8 % en données comparables à 80,5 millions d'euros (-21,2 % en données publiées) en raison d'une réduction anticipée des volumes des programmes Embraer E1, Dassault F7X/F8X et bi-couloirs d'Airbus", précise le groupe. La division Systèmes d'interconnexion (meubles avionique, panneaux de cockpit, systèmes de divertissement en vol, câblages, harnais, bancs de tests) a elle souffert du ralentissement du programme SpaceJet M90 de Mitsubishi et de baisses de la production de plusieurs appareils, dont le F7X de Dassault. Ces baisses sont principalement imputables à un effet de base défavorable, le premier trimestre 2019 ayant bénéficié d'une internalisation de production suite à la défaillance d'un fournisseur fin 2018.

Le premier trimestre ne reflète qu'imparfaitement les conséquences de la pandémie. "La propagation du virus à partir du milieu du mois de mars sur les principaux marchés du groupe a impacté le chiffre d’affaires à compter de la dernière semaine du premier trimestre", précise la société. Concrètement, le ralentissement des cadences de production de ses clients a environ coûté 1 million d'euros de revenus à la division Aérostructures et 3 millions à la division Systèmes d'interconnexion au premier trimestre. Sans l'effet pandémie, le chiffre d'affaires aurait reculé en variation courante de 15,8%, contre 18% avec. Corrigé de l'effet de base de 2019 et de l'effet pandémie, les revenus n'auraient reculé que de 4 à 5%.

Un deuxième trimestre à -60% ?

L'essentiel sera donc surtout visible au deuxième trimestre, qui promet d'être catastrophique. Le confinement pèse à la fois sur la chaîne d'approvisionnement de Latécoère, sur ses clients (les grands équipementiers comme Safran et Thales, ainsi que les avionneurs comme Boeing, Airbus, Dassault, Mitsubishi ou encore Embraer, qui assemblent les appareils) et sur les clients de ses clients, les compagnies aériennes. Sans oublier le client final, le consommateur, qui ne peut plus se déplacer. "Le groupe s'attend à ce que la situation liée au Covid-19 continue à exercer une pression importante sur ses revenus au deuxième trimestre 2020, bien que le groupe ne dispose pas à l'heure actuelle d’une visibilité suffisante pour en quantifier l'impact", indique Latécoère. 

Ces conséquences s'ajouteront aux difficultés antérieures de Latécoère. "S’agissant du programme 787, sur lequel l'équipementier est fortement engagé, dès fin 2019 Boeing avait décidé de ramener progressivement ses livraisons de 14 à 12 par mois d’ici fin 2020, conséquences des tensions commerciales sino-américaines. Cet environnement très dégradé nous conduit à anticiper désormais, en première approche, une chute d'au moins 50% du chiffre d'affaires au deuxième trimestre et de 34% pour l’ensemble de l’exercice en cours, accompagnée d’une sensible détérioration des comptes, attendus en fortes pertes", anticipe Gilbert Ferrand, analyste chez Midcap Partners, qui rappelle que certains équipementiers aéronautiques tournent à 15-20% de leurs capacités actuellement. Latécoère considère probable un scénario à -50%, voire -60% de revenus au deuxième trimestre.

Le défi sera donc de taille pour l'entreprise, dont le nouvel actionnaire majoritaire (à 66%), le fonds Searchlight, vient de changer la direction. Le projet du gouvernement français de faire entrer un actionnaire minoritaire (Safran, Thalès, par exemple, mais ces derniers s'y sont toujours refusés) semble être pour l'instant remis aux calendes grecques. Quant au projet nourri par le fonds de retirer Latécoère de la cote, aucune information n'a filtré pour l'instant. S'il était maintenu, les conditions de marché et le contexte macroéconomique post-crise conduiront vraisemblablement Searchlight à formuler une offre à un prix très inférieur à l'offre initiale.

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