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Renault soulage en confirmant son recours à la garantie d'État
L'on savait que Renault abordait la période de confinement dans une certaine situation de fragilité : son activité automobile a généré 153 millions d'euros de free cash flow opérationnel en 2019 (qui sera probablement négatif jusqu'en 2021), tandis que la dégradation de sa note de crédit en catégorie spéculative (avec perspective à nouveau négative) par S&P le 10 avril dernier lui ferme l'accès au marché obligataire, très ouvert aux entreprises les mieux notées mais encore fermé en Europe pour les autres.
La confirmation ce matin par Clotilde Delbos, la directrice générale par intérim, que Renault négociait la garantie publique française dans le cadre du programme PGE (prêt garanti par l'État) sous-entend que le constructeur va bientôt disposer d'un matelas de liquidité supplémentaire. Elle a précisé que Renault "solliciterait des lignes de crédit et des aides d'État dans tous les pays où ce serait possible".
Aucun montant n'a été précisé concernant le volet français, mais les rumeurs qui circulent depuis près d'un mois évoquent une somme de 4 à 5 milliards d'euros. Ce recours implique en tout cas que le groupe, dont l'État est actionnaire à hauteur de 15%, doive renoncer au versement de son dividende au titre de 2019, ce qui avait déjà été annoncé le 9 avril. Mais répondant à certaines craintes des analystes de voir les marges de manœuvre du groupe se réduire face à l'État, en particulier dans le cadre du plan d'économies de deux milliards d'euros (qui pourrait inclure des fermetures d'usines) annoncé en février et qui sera présenté à la mi-mai, Clotilde Delbos a bien insisté sur le fait que la ligne de crédit n'était "attachée à aucune autre condition que celle de la suppression du dividende".
10,3 milliards d'euros de liquidités
Les négociations sont longues (le président de Renault, Jean-Dominique Senard, a évoqué les discussions début avril) et la date de leur aboutissement n'est pas précisément connue. "Nous travaillons dessus, cela prend du temps. Mais j'ai confiance dans le fait que la facilité puisse être mise en place avant l'annonce du plan d'économies en mai", indique Clotilde Delbos. Signe que le montant est de toute façon important et que les banques veulent être rassurées quant à l'exercice de la garantie d'État (sur 70% du montant). L'arrêté publié mardi au Journal officiel qui amende le fonctionnement du PGE devrait avoir levé la plupart de leurs doutes.
Le PGE constituera un "filet de sécurité", a répété la dirigeante, soulignant que la position de liquidité de Renault demeurait solide : elle atteignait 10,3 milliards d'euros au 31 mars (y compris une ligne de crédit non tirée de 3,5 milliards). Ce montant implique que Renault a consommé 5,5 milliards d'euros de cash par rapport au 31 décembre 2019 - ce qui corrobore le montant supposé du PGE. Cette consommation s'explique par les coûts fixes de Renault (qui "continue de payer ses fournisseurs dans les temps" notamment) alors que les revenus ont chuté de 19,2% au premier trimestre, à 10,1 milliards d'euros.
Hors fonds de roulement, la consommation de liquidité atteint 800 millions d'euros par mois, à quoi il faut retrancher 200 millions liés à des revenus, sachant que les activités dans certains pays ne se sont jamais arrêtées (en Corée du Sud) ou ont repris (en Chine). Par ailleurs, sa captive financière RCI Banque affichait une réserve de liquidité de 11,5 milliards d'euros fin mars et ne nécessitait pas de nouvelle ligne de financement à court terme.
Un dispositif prêt pour le redémarrage ?
Concernant la suite de l'année, Renault estime que la visibilité est insuffisante pour faire des pronostics. Il maintient toutefois ses investissements cruciaux (comme les lancements de sa gamme hybride E-Tech, de la Twingo électrique, de la Dacia Spring). Les usines ont déjà redémarré au Portugal, en Espagne, en Russie et au Maroc, tandis que la production de moteurs vient de repartir en France.
Les annonces de Renault ont semble-t-il contenté les investisseurs, puisque l'action évoluait en hausse de près de 2% ce matin, assez nettement au-dessus de l'indice CAC 40. La perspective du renforcement de la structure financière de Renault a soulagé, de même que l'évolution de son chiffre d'affaires, qui a sensiblement moins baissé que le volume de ses ventes (-26% à 908.402 unités), ce qui traduit un effet prix très positif, avec des hausses de prix de 12% pour la Clio en Europe par exemple. "Le chiffre d'affaires du groupe au premier trimestre a dépassé le consensus, grâce à des effets de prix positifs. Il semble que les stocks soient sous contrôle, pratiquement stables par rapport à l'année dernière, ce qui constitue un point de départ favorable une fois que les ventes vont redémarrer, et la décision de Renault de commencer à rouvrir progressivement ses sites de production montre que le groupe est tout à fait prêt à augmenter sa production lorsque la demande reprendra", estime Jorge Velandia, analyste chez Alphavalue.
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