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coronavirus Airbus affirme jouer sa survie

CORONAVIRUS. Dans un courrier que WanSquare a pu consulter, son président exécutif Guillaume Faury prévient que des mesures d'envergure devront être prises par l'avionneur européen en raison de la crise.
Airbus A321XLR ALC
Airbus A321XLR ALC

Airbus, qui doit publier ses résultats du premier trimestre mercredi, prépare le terrain. Son président exécutif Guillaume Faury a annoncé dans une lettre envoyée à l'ensemble des salariés que l'avenir du groupe d'aéronautique et de Défense serait menacé s'il ne menait pas une "action immédiate". Alors que les mesures de chômage partiel, prises avec le recours financier de l'État, concernent actuellement l'équivalent de 3.000 équivalents temps plein (pour 135.000 salariés), le dirigeant a prévenu que des réductions supplémentaires pourraient in fine être plus importantes : "la survie d'Airbus est en jeu si nous n'agissons pas maintenant", affirme même Guillaume Faury. L'existence de ce courrier a été révélée par Le Figaro ce week-end ; si Airbus ne fait aucun commentaire, WanSquare y a eu accès et est en mesure de confirmer son contenu.

Dans ce courrier au ton dramatique, le président précise que le taux de production a chuté de 30 à 35%, signifiant que le groupe a "en quelques semaines perdu un tiers de son activité" et qu'il doit se préparer à ce que la situation puisse "encore empirer". Alors que les premières mesures de chômage partiel prennent fin le 17 mai, "une deuxième vague beaucoup plus étendue est prévisible à partir de cette date", indique une source interne. Sera-t-elle annoncée mercredi ?

Des mesures massives de chômage partiel ou de licenciements ne seraient pas surprenantes, étant donné que les mesures de confinement prises à travers le monde pour lutter contre la pandémie ont amputé de moitié le trafic aérien, donc les revenus de ses clients, les compagnies aériennes. Selon ses estimations publiées la semaine dernière, l'Organisation internationale de l'aviation civile (ICAO) prévoit une chute de 1,2 milliard des voyageurs en 2020, représentant un manque à gagner compris entre 160 et 253 milliards de dollars pour le secteur du transport aérien. Son grand concurrent Boeing a d'ailleurs annoncé un plan de départ volontaire début avril, qui pourrait concerner 10% de ses effectifs, tandis que des équipementiers de premiers rangs ont fait de même, à l'instar du britannique Meggitt, dont les licenciements portent sur 15% de ses effectifs. Même s'il affichait fin mars 30 milliards d'euros de liquidités et qu'il a abordé l'année 2020 avec moins de vulnérabilités que Boeing (qui se débat notamment avec la crise du 737 Max), Airbus ne peut être immunisé à la crise. "Nous anticipons une baisse de 30% des livraisons pour Airbus au cours des cinq prochaines années ; en d'autres termes, une année de chiffre d'affaires disparaît tous les trois ans", explique Hugo Paternoster, analyste chez Alphavalue.

Son impressionnant matelas de liquidités pourrait ne pas suffire. Son activité Défense est elle-même en cours de restructuration et ne peut compenser pour l'instant une défaillance majeure de l'activité d'aviation civile commerciale - même si le consortium qu'il mène a obtenu un méga-contrat de l'Allemagne pour 93 avions de combat Eurofighter. "Selon nos estimations, Airbus pourrait afficher un free cash flow avant acquisitions négatif de 6,5 milliards d'euros en 2020. En ajoutant l'amende de 3,6 milliards qu'il devrait payer aux autorités françaises, britannique et américaine, le groupe devrait donc subir 10 milliards d'euros de sorties de trésorerie cette année, malgré une probable atténuation de l'hémorragie au dernier trimestre", calcule Hugo Paternoster. Dans leur activité, les avionneurs affichent traditionnellement des cash flows négatifs au cours des trois premiers trimestres et se rattrapent au quatrième, lorsqu'ils reçoivent les paiements de leurs clients. Mais étant donné les inconnues quant à la reprise du trafic aérien en fin d'année et sur le nombre de compagnies aériennes qui seront encore en vie, Airbus ne peut pas se reposer sur une telle certitude.

Du coup, le recours à un Prêt garanti par l'État (PGE) est-il envisageable ? Airbus ne commente évidemment pas. "La direction souhaite rester le plus possible indépendante des mesures étatiques, pour deux raisons : elle ne veut pas prêter le flanc à un nouveau conflit avec Boeing auprès de l'Organisation mondiale du Commerce, alors que le groupe américain est lui, actuellement, massivement soutenu par l'administration américaine ; et elle a passé ces 10 dernières années à se défaire de la tutelle des gouvernements européens", indique un témoin interne. Mais à circonstances exceptionnelles…

À moyen terme, Airbus pourrait bénéficier des plans de soutien publics apportés aux compagnies européennes, si ceux-ci, à l'image de celui d'Air France-KLM annoncé vendredi dernier, contenaient des engagements à continuer à acquérir des appareils du groupe - en particulier les moins polluants, puisque l'impact environnemental du transport aérien est désormais au centre des préoccupations des gouvernements et d'une partie de l'opinion publique. Sur ce plan, Airbus est mieux placé que Boeing, puisqu'il maîtrise la totalité de la gamme des monocouloirs et que ses modèles sont récents donc moins émetteurs de CO2, à l'image de l'A321 XLR et de l'A220 (l'ex-C Series acquis auprès de Bombardier). À l'image de ce qui se passe en Chine, le trafic devrait redémarrer avec les vols régionaux. De son côté, Boeing est bloqué avec le 737 Max, son projet NMA (concurrent du A321 XLR) accuse du retard et il vient de renoncer à acquérir les activités civiles du brésilien Embraer, dont le 195-E2 concurrence l'A220.

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