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Safran se dévoile pour rassurer
Guillaume Faury, le patron d'Airbus, estimait hier que les équipementiers aéronautiques qui souffrent le plus actuellement sont ceux qui, en plus de la crise actuelle, étaient déjà fragilisés par l'immobilisation du Boeing 737 Max depuis un an (en raison des deux crashs mortels survenus en octobre 2018 et mars 2019). Safran reste pour l'instant protégé par sa taille et son statut de fournisseur de rang 1. Mais il aura fort à faire pour manoeuvrer dans la tempête.
"Cela fait plus d’un an que Safran s’adapte avec succès à la crise du 737 MAX. Ce que nous traversons aujourd’hui est d’une toute autre ampleur sans que nous soyons encore en mesure de le mesurer précisément. Les décisions que j’ai prises chez Safran avec l’ensemble des équipes sont rapides, adaptées à chaque situation, parfois radicales. […] C’est par cette agilité et ce sens des responsabilités que Safran prouve qu’il est un des principaux acteurs du secteur aéronautique mondial", affirme Philippe Petitcolin, son directeur général, dans le communiqué du groupe, à l'occasion de la publication de son chiffre d'affaires du premier trimestre communiqué hier après-Bourse.
Sans surprise, l'activité est en berne au première trimestre, affectée par la pandémie à partir du mois de mars. Le chiffre d'affaires du groupe a reculé de 7% par rapport à l'année précédente, pour s'établir à 5,4 milliards d'euros, faisant apparaître un recul organique (à périmètre et changes constants) de 8,8%. Jusqu'à la fin du mois de février, le chiffre d'affaires n'accusait qu'une baisse organique de 1,7% par rapport au premier trimestre 2019. Les choses se sont gâtées en mars, où les revenus ont plongé de 20,4% en données organiques.
Entre -40 et -50% au deuxième trimestre
Mais tous les yeux sont rivés sur le deuxième trimestre, qui concentre les mesures de confinement dans le monde, hormis la Chine. La baisse du chiffre d'affaires au deuxième trimestre devrait correspondre à celle qui a été observée en avril, soit entre 40% et 50% par rapport au deuxième trimestre 2019, a précisé Philippe Petitcolin au cours d'une conférence téléphonique.
"Aujourd’hui, le scénario central est celui d’une reprise progressive, les nouvelles livraisons d’avions devant être durablement en baisse, au-delà de 2020", anticipe le groupe. Dans ce contexte, Safran s'estime bien placé. La flotte équipée de ses moteurs CFM56 est moins susceptible de subir des retraits et des démantèlements de moteurs après l’immobilisation due au Covid-19 : 7 % seulement des CFM56-5b/7b ont plus de 20 ans. Safran assure n'avoir enregistré que peu d'annulations de commandes de ses clients jusqu'à présent, "en particulier sur le segment court-moyen courrier, auquel le groupe est le plus exposé", a ajouté le directeur général. En revanche, de "nombreuses demandes de rééchelonnement" ont été enregistrées pour des livraisons prévues en 2020, en général pour 2021. Logique : selon les dernières prévisions de l'IATA datées du 14 avril, le trafic aérien pourrait reculer de 48% en 2020 et les revenus passagers de 55%.
Le groupe ajoute suivre avec attention sa chaîne d'approvisionnement, dont la survie déterminera sa capacité à repartir avec le marché. "Le nombre d'équipementiers qui n'ont pas redémarré leur activité est très réduit", précise Philippe Petitcolin, qui a mis en place un groupe de travail pour suivre "l'état de santé" de ses fournisseurs à un rythme hebdomadaire. "Sur nos 475 fournisseurs, nous en avons identifié 70 qui sont en risque et, parmi eux, nous en suivons six à un rythme quotidien", explique le patron.
Liquidité et bilan rassurants
Safran a également communiqué en détail sur ses éléments financiers, une attitude qui a été louée par les analystes présents et qui pourrait jouer en sa faveur en Bourse.
Il a annoncé pour 2020 de fortes mesures pour s'adapter à la crise : baisse de 60% de ses capex par rapport à 2019, réduction de 30% de ses dépenses de R&D et baisse de ses coûts opérationnels de plus de 20%. L'activité partielle a été organisée partout où c'était possible, représentant 35% des postes au niveau mondial à la date du 22 avril. Les achats du groupe représentent 50% de ses coûts, a précisé le directeur financier Bernard Delpit.
Le groupe a également voulu rassurer quant à sa situation de liquidité. Il disposait d'une trésorerie (et assimilé) de 3,23 milliards d'euros au 31 mars, d'une ligne de crédit de 2,5 milliards disponible jusqu'en décembre 2022 et a obtenu une nouvelle ligne de 3 milliards en avril. "Nous affichions une génération de trésorerie positive fin mars et nous pensons que nous pouvons la maintenir en territoire positif sur l'ensemble de l'année, notamment grâce à la baisse des dépenses", précise Bernard Delpit.
Son bilan s'est également renforcé au cours du trimestre, sa dette nette ayant été réduite de 686 millions d'euros : elle est descendue à 3,43 milliards au 31 mars. Elle représentait à cette date 0,28 fois ses fonds propres et 0,78 fois son Ebitda.
En amont de la publication de son activité du premier trimestre, l'action Safran a clos la séance en hausse de 6,1%, à 87,3 euros. Elle a perdu 36% depuis le 1er janvier.
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