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L'Europe de l'automobile fait assaut de prudence
Comme l'attestent les annonces des français Renault et PSA de ces derniers jours, le secteur automobile rouvre petit à petit ses ateliers en Europe, à mesure que les pays européens mettent progressivement en place leur déconfinement.
Selon le décompte de l'Association des constructeurs européens d'automobiles (ACEA), 298 sites industriels appartenant à ses 16 constructeurs membres opèrent au moins partiellement à la date d'aujourd'hui sur le continent, dont 196 dans les pays de l'Union européenne. Les principales activités sont répertoriées : 142 usines produisent des véhicules particuliers (VP), 38 des utilitaires légers (VUL), 58 des poids lourds (PL), 58 des bus et 71 assemblent des moteurs. Les pays les plus représentés, sans que cela ne préjuge de la proportion d'usines en redémarrage ni du taux de capacité de chacune d'entre elles, sont l'Allemagne (avec 42 sites), la France (31), la Russie (31), le Royaume-Uni (30) et l'Italie (23). De ce décompte sont exclues les usines des constructeurs fabriquant des équipements autres que les moteurs (transmissions, éléments de carrosserie, etc.), de même que celles des fournisseurs.
"Ces chiffres montrent le degré d'implantation industrielle de notre secteur à travers le continent européen. Le succès du redémarrage de l'industrie automobile post-coronavirus est absolument essentiel au redressement de l'économie européenne au sens large", affirme avec justesse Eric-Mark Huitema, directeur général de l'ACEA. Depuis la mi-mars jusqu'à aujourd'hui, les usines européennes ont été fermées pendant une moyenne de 29 jours ouvrés. Ce qui signifie que 2,3 millions de véhicules n'ont pas été produits.
L'action est donc indispensable mais difficile, puisqu'il est à ce jour impossible d'anticiper le rythme de redémarrage de la demande. Et pour cause : selon l'ACEA, le nombre d'immatriculations a chuté de 55% au mois de mars, affecté par les fermetures de nombreux concessionnaires à travers le continent. Les fermetures se sont généralisées en avril, aggravant la tendance : les immatriculations de voitures neuves se sont effondrées de 97% au Royaume-Uni, de 97,5% en Italie et de 89% en France (l'association publiera ses chiffres agglomérés pour le mois d'avril le 19 mai). Les taux d'utilisation des usines mettront du temps à retrouver leurs niveaux d'avant-crise.
Pour une reprise bien ordonnée, la synchronisation entre constructeurs et fournisseurs est indispensable, la chaîne d'approvisionnement dans l'automobile étant extrêmement intégrée et internationalisée, comme l'a d'ailleurs montré la pandémie. Eric-Mark Huitema l'appelle également de ses voeux, tout en demandant aux autorités publiques la mise en place de dispositifs pour stimuler la demande. Car les constructeurs doivent aussi articuler cette demande avec leurs cadences de production, leurs stocks et le rythme de réouverture des concessionnaires. "Tant que les concessions demeurent fermées, les voitures n'ont pas vocation à être produites. Les concessionnaires devront d'abord honorer les portefeuilles de commandes. Certains véhicules sont déjà fabriqués et doivent être livrés", indiquait lundi Yann Vincent, directeur industriel et de la chaîne d'approvisionnement de PSA, qui comptabilisait 200.000 véhicules dans le portefeuille de la marque Peugeot, dont 40% d'utilitaires. "Les annulations de commandes provenant des entreprises affectées par une baisse d'activité font partie des incertitudes que nous avons devant nous. C'est pourquoi nous voulons piloter très serré", poursuit le dirigeant. Signe qu'une reprise en "V" est à oublier, au moins dans le secteur automobile.
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