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BPCE et Natixis affectés par la crise
Le modèle mutualiste, qui repose sur la banque de détail et le financement de l'économie réelle, offre un pilier de stabilité indéniable. Mais il n'est pas une assurance tous risques non plus dans la crise actuelle. BPCE (qui regroupe les réseaux Banque Populaire et Caisse d'Epargne et le pôle métiers Natixis) a été notablement affecté par la crise économique consécutive à la pandémie au premier trimestre.
Son revenu n'a reculé que de 4% (à 5,5 milliards d'euros), grâce à une progression de 2% de ses activités de proximité (banque de détail, assurance, paiements), qui sont moins volatiles que les activités de banque de financement et d'investissement (BFI). Mais son résultat avant impôt a chuté de 36% (à 548 millions), en raison principalement d'une forte augmentation des provisions pour coût du risque. Son bénéfice net a été divisé par deux à 181 millions d'euros.
Cette brutale dégradation est surtout le fait de Natixis, qui a plongé dans le rouge et affiche une perte de 204 millions d'euros, contre un bénéfice de 764 millions d'euros au premier trimestre 2019. Mais Natixis a pâti de deux éléments exceptionnels : une moins-value liée à la cession du solde de sa participation dans l'assureur-crédit Coface, qui a pesé pour 118 millions d'euros, et la comptabilisation sur un trimestre de l'intégralité de la charge liée à l'application de la norme comptable Ifric 21 pour l'ensemble de l'année, qui représente 141 millions d'euros. C'est pourquoi Natixis préfère insister sur une "capacité bénéficiaire" de 60 millions.
Mais même en faisant abstraction de ces éléments, la filiale cotée de BPCE a souffert dans ses activités, puisque son chiffre d'affaires a chuté de 11%, à 1,75 milliard d'euros. Très attendu était le niveau de pertes subies par Natixis dans les dérivés actions, en raison des annulations de dividendes annoncées en cascade par les entreprises cotées. Il s'élève à 130 millions d'euros. Un montant "qui comprend tout type de dividendes", insiste François Rahi, directeur général de Natixis, y compris les annulations librement décidées par les entreprises du fait de la situation - et non pas les annulations liées aux seules restrictions imposées par les autorités européennes (comme l'a fait par exemple BNP Paribas, qui affiche une perte de 184 millions d'euros sur ce seul item). Société Générale, historiquement très active dans les dérivés actions, a subi une perte de 200 millions sur les dividendes. CACIB, la BFI du Crédit Agricole, est très peu exposée aux dérivés actions et n'a perdu que 10 petits millions.
Les pertes sur les dérivés ont pesé sur l'activité sur les marchés actions en général, qui a été négative de 32 millions d'euros. En revanche, Natixis a profité du fort dynamisme en fixed income, porté par les émissions obligataires en cascade décidées par les grandes entreprises au premier trimestre. Ses revenus ont bondi de 46% par rapport au premier trimestre 2019.
Coût du risque en forte hausse
BPCE a accordé 22,5 milliards d'euros de prêts garantis par l'Etat (PGE), correspondant à près de 130.000 dossiers. Sur ce montant, 1,5 milliard sont passés par Natixis, qui traite pour le groupe les relations avec les entreprises de tailles intermédiaire (ETI) et grande. Natixis a ainsi contribué aux PGE d'Air France-KLM et de Fnac Darty.
Conséquence inévitable de cette activité, BPCE a dû, comme les autres banques françaises qui ont publié avant elle, accroître ses provisions pour coût du risque. Celles-ci ont bondi de 72% à 504 millions d'euros, soit 29 points de base (pb) de ses encours de crédit à la clientèle (contre 17 pb un an plus tôt). A titre de comparaison, BNP Paribas a pour sa part provisionné au total 1,4 milliards d'euros (soit 67 points de base), la Société Générale 820 millions (soit 65 pb, contre 21 pb un an plus tôt) et le Crédit Agricole 621 millions (un montant multiplié par 2,8 par rapport au premier trimestre 2019).
Pour Natixis stricto sensés, qui regroupe les activités de banque de financement et d'investissement (BFI), de gestion d'actifs, d'assurance et de paiements, l'impact a été plus prononcé : le coût du risque a été multiplié par plus de six en un an, pour passer à 193 millions d'euros (soit 117 pb).
Le coût du risque de Natixis a également été affecté par l'effondrement des prix des hydrocarbures, provoqué à la fois par la crise et la guerre des prix que se sont livrés la Russie et l'Arabie saoudite. L'exposition de l'établissement au secteur pétrole et gaz s'élevait fin mars représentait environ 10 milliards d'euros, dont 2,5 milliards sur des producteurs indépendants et des sociétés de services, plus vulnérables à la variation des cours des matières premières.
Etant donné le contexte, BPCE anticipe un coût du risque compris entre 35 et 40 pb pour l'ensemble de l'année, "contre une guidance habituelle de 20 à 30 points de base", a précisé Laurent Mignon, président du directoire du groupe mutualiste. Le groupe compte toutefois sur sa solidité financière, bien supérieure aux exigences réglementaires et à celle qu'il affichait lors de la crise financière de 2008 : au 31 mars, BPCE affichait un ratio de fonds propres durs CET1 de 15,5% et Natixis un ratio de 11,4% (soit 310 pb au-dessus du minimum requis). Le ratio de liquidité à un mois LCR atteignait 138% chez BPCE (avec des réserves de 247 milliards d'euros) et dépassait les 100% pour Natixis, tout en bénéficiant de la plate-forme de liquidité conjointe avec sa maison-mère.
Conséquence de l'ensemble des perturbations, BPCE et Natixis ont décidé de reporter d'un an la présentation de leur plan stratégique respectif, pour la fin de l'année 2021.
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