Entreprises / Actions
Entreprises / Actions
Les entreprises ont limité la casse au premier trimestre
Les trois quarts des entreprises cotées membres de l'indice large américain S&P 500 et de son homologue européen Stoxx Europe 600 ayant publié leurs chiffres d'activités ou leurs résultats pour le premier trimestre en date du 8 mai, un bilan s'impose. Il est particulièrement attendu, étant donné que la période marque le début des effets de la pandémie de coronavirus. Mais aussi que les investisseurs étaient eux aussi en droit d'attendre des informations pour les trimestres à venir en provenance des sociétés.
Sans surprise, ils sont en baisse. Mais beaucoup plus forte en Europe qu'aux Etats-Unis, très probablement en raison du décalage dans la prise de mesures de confinement qui ont véritablement gelé l'activité économique - dès la mi-mars sur le Vieux continent. Selon le décompte effectué par les analystes de Barclays, le bénéfice par action (BPA) des sociétés du Stoxx 600 s'est en moyenne érodé de 32% au premier trimestre par rapport à l'année dernière, tandis que leurs chiffres d'affaires ont en moyenne reculé de 7%. Concernant leurs homologues du S&P 500, le BPA s'est dégradé de 13% et le chiffre d'affaires est resté quasiment stable par rapport au premier trimestre 2019 (+0,3%). Il s'agit des plus faibles niveaux de BPA enregistrés dans ces 10 dernières années.
Après avoir tardé à réévaluer leurs anticipations de résultats, faute d'éléments précis communiqués par les entreprises sur les premiers effets des conséquences de la pandémie sur leurs activités, les analystes ont ensuite largement réajusté leurs calculs. Peut-être trop. Selon Bank of America, la proportion d'entreprises européennes qui ont dépassé les estimations de BPA s'est révélée assez nettement supérieure à la moyenne passée : 53% des membres du Stoxx 600 ont battu les prévisions, alors que la proportion se situe d'habitude autour de 40-45%. Aux États-Unis, seulement 71% des sociétés ont dépassé les prévisions, selon Barclays : si cela peut paraître beaucoup, c'est en réalité proche des niveaux les plus faibles.
Sans surprise, les sociétés de secteurs dits défensifs (pharmaceutique, gaz industriels, alimentation, certains services aux collectivités…) ont affiché des résultats et des surperformances (par rapport aux prévisions) plus solides que les valeurs financières (les banques étant directement exposées aux défauts de paiement des emprunteurs), cycliques (vulnérables aux évolutions de la consommation, comme l'industrie) et dans les hydrocarbures (qui subissent l'effondrement des prix).
En dépit de la forte dégradation des comptes des entreprises au premier trimestre, les investisseurs ont réagi avec philosophie, à moins que ce ne soit de l'aveuglement. Car après une capitulation sans discernement au mois de mars (la guerre pétrolière russo-saoudienne se greffant aux conséquences économiques de la pandémie) et au début du mois d'avril, les marchés ont rebondi de manière assez surprenante depuis. En particulier en Europe, où les intervenants n'ont que modérément sanctionné les entreprises ayant publié un BPA inférieur à leur consensus de prévision. "La réaction médiane boursière aux résultats du T1 en Europe est jusqu'ici positive et elle est proche des niveaux les plus élevés que nous ayons enregistrés. Aux États-Unis, la réaction est plus équilibrée et conforme à la tendance passée. La différence pourrait être due à des valorisations boursières plus faibles et des positions plus prudentes des investisseurs en Europe", estime Barclays.
En définitive, le rebond des Bourse laisse penser que les investisseurs parient sur une reprise en "V" de l'économie. Sans doute convaincus des effets du soutien massif des pouvoirs publics et des Banques centrales - et, peut-être, de certaines prévisions comme celle de la Bank of England, qui prévoit un rebond de... 15% du PIB du Royaume-Uni l'an prochain, après avoir subi une baisse de 14% en 2020. "Pour l'instant, les marchés semblent intégrer la perspective d'une amélioration de l'activité économique dès maintenant, et bien que cela puisse être vrai, il est peu probable que l'activité soit proche du niveau que nous avons connu avant le début de la crise", estime Michael Hewson, responsable de la stratégie marchés chez CMC Markets UK et qui juge la hausse récente des marchés d'actions "un peu irréaliste". Car une deuxième vague de contamination n'est pas exclue par les autorités sanitaires nationales et internationales.
Il faudra évidemment guetter les résultats du deuxième trimestre et la réaction des investisseurs à leur publication. L'on sait déjà, comme ont averti les entreprises, que les comptes seront fortement dégradés puisque les mesures de confinement ont joué à plein en avril, et sur tout ou partie du mois de mai (selon les pays). Les analystes semblent en avoir mieux pris la mesure qu'au début de l'année. "Les dégradations des estimations de bénéfices pour le deuxième trimestre devraient se poursuivre ; mais les estimations ont déjà été réduites à un rythme bien plus rapide qu'habituellement et les révisions déjà effectuées sont les plus fortes jamais observées", souligne Barclays. Il devrait donc y avoir moins de surprises négatives. Mais pour les investisseurs, le scénario d'une reprise en V pourrait être remis en cause, tôt ou tard.
Reproduction et diffusion interdites sans autorisation écrite

