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Vallourec face à ses échéances
Après les mesures énergiques annoncées en avril pour répondre à la double crise du coronavirus et de l'effondrement des prix du pétrole, Vallourec envisage un éclaircissement qui lui permettrait de réaliser son augmentation de capital de 800 millions d'euros avant la fin de l'année, ou au début de l'année prochaine.
Le mois dernier, Edouard Guinotte, le tout nouveau président du directoire du fabricant de tubes en acier sans soudure, avait pourtant suspendu sine die l'opération étant donné les conditions de marché. Annoncée par son prédécesseur Philippe Crouzet en février dernier et prévue à l'origine au deuxième trimestre 2020, celle-ci doit mettre un point final à la restructuration financière du groupe. Si, dans son communiqué annonçant les résultats du premier trimestre diffusé hier soir, Vallourec indique qu'il procédera à l'augmentation de capital "dès que l'environnement opérationnel [comprendre les prix du pétrole, ndlr] offrira une meilleure visibilité et que les conditions générales de marché [en Bourse] le permettront", donc sans donner d'échéance précise, certains éléments font penser qu'il n'exclut pas que ce soit possible, voire très souhaitable, dès le second semestre.
La visibilité sur la situation a-t-elle tant changé que cela en un mois ? "Les dernières prévisions de l'AIE [Agence internationale de l'énergie] indiquent que l'impact massif de Covid-19 sur la demande de pétrole devrait s'estomper au cours du second semestre et que les réductions de production en cours devraient conduire le marché du pétrole à un rééquilibrage en conséquence", indique le groupe. Un scénario de remontée des prix que d'aucuns considèrent très optimiste, étant donné le niveau actuel gigantesque des stocks de pétrole que six mois ne suffiront probablement pas à écouler. En conférence de presse, Edouard Guinotte a précisé : "nous ne disons pas que les prix du pétrole retrouveront leurs niveaux de 2019 au prochain semestre, mais nous parlons de visibilité et de stabilité sur ce marché. Nous espérons voir se matérialiser la stabilisation avec la réalisation des scénarios de référence établis par des institutions indépendantes comme S&P ou l'AIE".
Vallourec fait face à des échéances qui l'encouragent à espérer fortement réaliser l'augmentation de capital au plus tôt. Le groupe dispose de 1,66 milliard de trésorerie et de 123 millions de lignes de crédit non tirées, pour une dette nette de 2,27 milliards d'euros. Or, l'essentiel de ces liquidités expire en février 2021. Il serait "extrêmement souhaitable" que la recapitalisation ait lieu avant cette date, a cependant souligné Olivier Mallet, directeur financier du groupe. Ce d'autant plus qu'"il n'y a pas de 'plan B', il n'y a pas de discussions en cours avec des tiers, avec le gouvernement ou que sais-je, l'augmentation de capital est et reste notre scénario", a-t-il insisté, rejetant ainsi à nouveau l'hypothèse - ou la rumeur - du recours au mécanisme de Prêt garanti par l'Etat (PGE).
En outre, Vallourec est soumis, dans ses contrats de crédit bancaires, à une limitation de sa dette nette à 100% de ses capitaux propres tous les 31 décembre. Or, le gearing était déjà monté à 92% fin mars, contre 81% fin décembre 2019. Un élément qui plaide en faveur d'une augmentation de capital avant la fin de l'année, si le groupe ne parvenait pas à contenir son endettement (alors qu'il a augmenté de 230 millions d'euros entre fin 2019 et la fin du premier trimestre). "La dette devrait baisser d'ici là. Mais nous n'attendrons pas le dernier moment pour réaliser l'opération", assure Olivier Mallet.
Nouvelles mesures d'adaptation
Vallourec doit donc préserver au maximum sa structure financière face à une année qui s'annonce difficile en raison des coupes franches décidées par les compagnies pétrolières (ses principaux clients), mais aussi des ajustements de production des constructeurs automobiles (autres clients importants). Ce alors que son flux de trésorerie disponible s'est enfoncé dans le négatif au premier trimestre pour tomber à -181 millions d'euros, contre -159 millions un an plus tôt.
C'est pourquoi il a pris de nouvelles mesures depuis la réduction de plus d'un tiers (plus de 900 postes) de ses effectifs en Amérique du Nord, décidée début avril et effective en mai. Pour contrôler son flux de trésorerie, il va réduire de 20% de l'enveloppe d'investissement prévue pour 2020, comparée aux environ 200 millions d'euros annoncés en février 2020. Il a en outre annoncé un programme d'économies brutes supplémentaire de 130 millions d'euros (notamment sur les coûts fixes et la production industrielle), qui s'ajoute à ses efforts sur ses coûts variables (notamment les effectifs). Au total, Vallourec aura économisé 270 millions d'euros en 2019 et 2020, dépassant largement son plan initial fixé à 200 millions. Sans oublier que le plan "Accélération" pour 2021 et 2022 prévoit des économies de 200 millions.
Pour rappel, les deux principaux actionnaires de Vallourec, Bpifrance et Nippon Steel, ont d'ores et déjà indiqué qu'ils participeraient à l'augmentation de capital : à la hauteur de sa participation pour la banque publique française (soit 14,6%) et partiellement pour le groupe japonais, qui verra sa participation ramenée à hauteur de 10%.
Vallourec a enregistré au premier trimestre une perte nette de 74 millions d'euros (contre -90 millions un an plus tôt), un résultat brut d'exploitation de 68 millions d'euros (stable) et un chiffre d'affaires de 853 millions (-17%). Rappelons que l'effondrement du prix du pétrole n'est intervenu que début mars, ce qui fait craindre des comptes extrêmement dégradés au deuxième trimestre. "Par rapport au premier trimestre ajoute le groupe, les suivants devraient montrer une sévère détérioration des résultats en Amérique du Nord et dans une bien moindre mesure sur les marchés de l'Industrie. Celle-ci devrait être compensée dans une large mesure par une activité accrue dans l'offshore brésilien, ainsi que par le soutien provenant de la bonne tenue des prix du minerai de fer et du carnet de commandes solide pour les aciers spéciaux en EA-MEA [Europe/Afrique et Moyen-Orient/Asie]", anticipe le groupe.
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