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Seb et Marc Simoncini s'allient dans le made in France du "monde d'après"
Certes, la décision date d'avant la crise du coronavirus, mais l'annonce de Seb tombe pile au bon moment : alors que la pandémie a replacé le sujet de la réindustrialisation de la France sur le devant de la scène, le spécialiste du petit électroménager va assembler dans l'Hexagone à partir de cet été le vélo à assistance électrique (VAE) haut de gamme Angell, conçu par Zebra, start-up co-fondée par Marc Simoncini - plus connu pour être le créateur du site de rencontres Meetic.
Le projet Angell, qui contient également un fort contenu de logiciels, avait été lancé peu avant la grève des transports en fin d'année dernière. L'idée d'un partenariat n'était pas au centre des préoccupations au départ. Mais, selon Marc Simoncini, le premier modèle de VAE de Zebra, qui en est à la production de pré-série, a rencontré une telle demande depuis le confinement que la mise en place d'un partenariat industriel s'est révélée indispensable. Un objectif de 1.500 unités avait été fixé initialement - il atteint désormais 10.000 unités la première année et 60.000 au cours des trois premières années. Le modèle sera assemblé dans l'usine Seb d'Is-sur-Tille (en Bourgogne) à la place d'un espace de stockage, en échange d'une prise de participation minoritaire de plusieurs millions d'euros de Seb Alliance, le fonds de corporate venture du fabricant d'électroménager, dans Zebra. Les premières livraisons sont attendues "au cours de l'été". Dans sa phase de montée en puissance, le projet pourrait représenter une cinquantaine d'emplois pour la production et une quinzaine pour les logiciels, sans compter la sous-traitance.
L'objet a le mérite d'aborder le sujet du made in France. Créée en mai 2011, la marque de certification "Origine France Garantie", commerciale mais reconnue par le ministère de l'Economie, s'applique pour tout bien dont au moins 50% du prix de revient unitaire est acquis dans le pays. Pour Angell, Zebra revendique les deux tiers de sa valeur faite dans l'Hexagone, en prenant en compte la partie logiciels (qui comprend notamment un cockpit intelligent permettant l'utilisation d'applications de GPS, de météo, de mesure de la pollution, de programmes d'assistance, etc.). Une information difficile à vérifier actuellement. Mais elle permet d'aborder la question de ce qui peut être rapatrié en France. Car une grande partie des productions industrielles, massivement délocalisées par les entreprises des économies développées (en particulier les sociétés françaises) dans les pays à faible coût, n'est plus relocalisable, à moins que le consommateur n'accepte une hausse importante des prix des biens en question.
Ainsi, le VAE n'est-il pas un objet citadin, voire bobo, par excellence au départ ? S'il répond à une demande sociétale - puis politique - de moindre pollution dans les centres urbains, il a été jusqu'à présent limité dans son déploiement par son prix, à tel point que l'Etat et plusieurs collectivités locales ont mis en place des mécanismes de prime à l'achat de plusieurs centaines d'euros pour développer le marché. Le VAE d'Angell ne fait d'ailleurs pas exception : il sera vendu environ 2.700 euros.
Paradoxe : alors que chacun, dans les grandes villes à travers le monde marquées par le confinement, a pu remarquer le bénéfice de la quasi-interruption du trafic routier (en termes de pollutions atmosphérique et sonore), la pandémie joue en défaveur des transports en commun puisque ces derniers permettent difficilement le respect de la distanciation sociale. De quoi faire craindre un rebond de l'usage de la voiture. Sachant que ce dernier est politiquement impossible à assumer, les VAE et autres deux roues électriques pourraient apparaître comme une solution. Mais l'aventure Angell, aussi séduisante soit-elle, ne préfigure en aucun cas une vague massive de "made in France".
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