Sur les marchés
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Opérations de marché : les processus virtuels prennent leur essor
Le confinement a fait évoluer les modes de travail. Cela vaut également en matière d'opérations financières, en particulier les introductions en Bourse (IPO). Ce mois-ci, deux opérations ont eu lieu - toutes deux sur Euronext - en faisant appel à des processus totalement numérisés, y compris pour la tournée des investisseurs (roadshow) : le norvégien Pexip (pour l'équivalent de 217 millions d'euros) et le cafetier néerlandais JDE Peet's, qui promet d'être la plus grosse introduction du premier semestre en Europe avec 700 millions d'euros levés.
Première société à sauter le pas en Europe, Pexip reste toutefois un cas particulier : c'est un spécialiste de la visioconférence. Choisir un marketing virtuel de l'IPO est censé faire apprécier la technologie de ce concurrent de Zoom. Mais dans le cas de JDE Peet's, les mesures de confinement imposées à travers le globe ont clairement déterminé le choix d'un processus totalement numérique.
"Aujourd'hui, un tabou a été brisé : il est possible et accepté d'organiser des opérations en mode virtuel", explique Alexis Le Touzé, responsable du primaire actions chez BNP Paribas, qui a participé aux deux IPO. Traditionnellement, le contact humain est un élément fondamental d'un processus d'introduction en Bourse, qui dure en général plusieurs mois (il a démarré en février par exemple concernant JDE Peet's). "Une IPO est le fruit d'une interaction entre le management d'une société et les investisseurs à plusieurs points de passage", synthétise le banquier. On distingue trois grandes étapes.
Le pilot fishing, ou early look, est la phase la plus précoce, au cours de laquelle les banquiers mandatés pour organiser l'opération sondent l'appétit du marché auprès d'investisseurs intéressés par les IPO et investis dans des comparables boursiers du candidat.
Puis vient la phase de pre-deal investor education (PDIE), qui voit les analystes en recherches-actions des banques impliquées contacter les investisseurs pour leur donner leur vision sur l'entreprise - cela peut représenter une centaine de rendez-vous en deux semaines. Les banquiers qui seront chargés de "vendre" le titre au marché lors de l'IPO récupèrent ensuite les retours des investisseurs.
La dernière étape est le roadshow proprement dit, au cours duquel les dirigeants rencontrent un large éventail d'investisseurs, ainsi que les analystes couvrant le secteur pour des courtiers ou des gestionnaires d'actifs. "Pour les grandes opérations, les rencontres en tête à tête sont importantes pour juger de la personnalité des dirigeants d'une entreprise, leur capacité à porter son histoire. Certains grands investisseurs exigeaient dans leur processus d'investissement de rencontrer le management", souligne Alexis Le Touzé. L'utilisation d'outils de vidéoconférences n'était pas totalement exclue par le passé, pour réunir par exemple un grand gestionnaire institutionnel basé à Londres avec son analyste spécialiste établi à Boston. Mais avec la pandémie, ces rencontres physiques sont devenues virtuelles.
L'évolution vers la numérisation reste un sujet technique et ne changera pas l'appréciation par les investisseurs des fondamentaux d'une entreprise qui voudrait se coter et du contexte de marché. "Aujourd'hui, la volatilité restant la question centrale pour les investisseurs, les candidats à l'IPO devront démontrer la résilience de leur activité, ou les opportunités créées par le contexte actuel", confirme le banquier. C'est d'abord la position de leader et le charisme des dirigeants qui peuvent garantir à JDE Peet's l'accès à la Bourse. Et plus un deal paraîtra risqué, plus la rencontre physique sera importante aux yeux des investisseurs - comme toujours.
Mais étant donné qu'une IPO est un processus éprouvant pour le management, un roadshow virtuel permet d'atteindre une granularité bien plus importante d'investisseurs, notamment dans le "tier 2", c'est-à-dire la catégorie des gestionnaires de moindre importance, et de zones géographiques d'habitude peu explorées. En outre, sur des opérations de follow-on, comme des augmentations de capital ou des émissions de dette de sociétés déjà bien connues des professionnels de marché, la virtualisation des processus prend là aussi tout son sens.
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