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Les enchères pour la 5G suscitent le débat chez les opérateurs

Dans une tribune, Martin Bouygues demande leur report à la fin de l'année, voire en 2021, étant donné le contexte économique. Pour lui, il n'existe pas de risque de perte de compétitivité de la France.
Martin Bouygues
Martin Bouygues

Le sujet des enchères pour la 5G montait en puissance en France depuis les publications de résultats trimestriels des opérateurs télécoms en France, au cours desquelles leurs dirigeants ont fait part de leurs divergences sur le bien-fondé du maintien du processus d'attribution des bandes de fréquences de nouvelle génération, dans un contexte de post-confinement. Il est monté d'un cran au cours du week-end. Dans un entretien au Figaro, Martin Bouygues, PDG du groupe homonyme, maison-mère de Bouygues Telecom, a demandé le report des enchères à la fin de l'année ou au début de l'année prochaine. "Le monde économique d'aujourd'hui n'est plus du tout le même que celui qui prévalait début mars, lorsque les conditions de l'enchère ont été fixées. Dans le climat économique d'aujourd'hui, la 5G n'est pas la priorité du pays", explique-t-il dans les colonnes du quotidien.

Les enchères, qui concernent une partie des fréquences nécessaires au déploiement de la 5G (110 des 310 MHz de la bande des 3,4 à 3,8 Ghz), étaient à l'origine fixées à la date du 21 avril. L'autorité française de réglementation des télécoms (Arcep) les a suspendues et envisage de les reporter soit fin juillet, soit en septembre. 

Fin avril, le PDG d'Orange Stéphane Richard a déclaré qu'il préférait une organisation des enchères en septembre ou octobre. En revanche, Thomas Reynaud, directeur général du groupe Iliad, la maison-mère de Free, avait plaidé le 12 mai pour que l'attribution se déroule "au plus tôt". Il estime en effet que le déploiement de la 5G doit se faire le plus rapidement possible pour des raisons de compétitivité de la France et de la technologie mobile. "Le trafic, du jour au lendemain suite à l'entrée en vigueur du confinement, a augmenté de 20 à 40% sur la data, de 50% sur la voix […]. La 5G comme la fibre sont des éléments de réponse à cette hausse du trafic", a-t-il déclaré il y a deux semaines.

Pour Martin Bouygues au contraire, la généralisation de la 5G n'a rien d'urgent. Tout en confirmant que son opérateur participera aux enchères quelle que soit la date retenue, il estime que la technologie 5G est loin d'être mûre. "Les smartphones qui permettront d'utiliser complètement les capacités de la 5G ne vont arriver sur le marché que très progressivement", affirme-t-il, de sorte que le grand public ne pourra réellement en bénéficier qu'à partir de 2023 ou 2024. En outre, la méfiance que suscite la 5G dans le public milite pour "prendre le temps de la pédagogie et de la conviction".

Le projet de vente avait déjà suscité des interrogations. Lors de la publication de ses modalités en novembre dernier, l'Arcep n'avait pas indiqué le prix de réserve que l'Etat souhaite retirer de la vente (qui comprend, outre la procédure d'enchère elle-même, la cession de quatre blocs de 50 MHz au prix fixe de 350 millions d'euros chacun). Le ministère de l'Economie et des Finances se bornait à un prix "plus proche de 1,5 milliard d'euros que de 3 milliards d'euros". Bercy hésitait en effet entre la tentation de maximiser le montant qui est autant de recettes budgétaires et la crainte de siphonner les ressources des opérateurs destinées au déploiement de la 5G. 

Les quatre opérateurs ont déjà obtenu chacun l'un des blocs de 50 MHz. Selon les conditions détaillées en février dernier, qui fixent un prix de réserve de 70 millions d'euros pour les 11 lots de 10 MHz mis aux enchères, l'Etat était donc assuré d'empocher au total un minimum de 2,17 milliards d'euros. Un montant jugé trop élevé par l'Arcep (qui recommandait 1,5 milliard) et les deux plus petits opérateurs, Bouygues Telecom et Free (groupe Iliad). Ceci peut aussi expliquer le peu d'empressement exprimé par Martin Bouygues ce week-end. D'autant plus que l'on ne sait toujours pas si l'équipementier chinois Huawei sera retenu par l'Anssi (l'Agence nationale de la sécurité des systèmes d'information) - un bannissement obligerait Bouygues et SFR (dont la moitié de leurs antennes sont de marque Huawei) à de coûteux remplacements. Bercy plancherait sur une interdiction partielle des équipementiers du groupe chinois.

Le président de l'autorité de régulation des communications s'est déclaré surpris de la demande de Martin Bouygues, qui ne l'aurait pas contacté à ce sujet. "Par définition, tant que ce n'est pas fixé, c'est ouvert. Mais aujourd'hui les options principales c'est juillet ou septembre", a confirmé à l'AFP Sébastien Soriano, le président de l'Arcep. "En revanche sur le fond, je trouve que M. Bouygues soulève une question citoyenne que je partage, qui est la nécessité d'une bonne appropriation de la 5G. Le 5G ne doit pas être vécue par nos concitoyens comme quelque chose de forcé, de poussé par un lobby contre l'intérêt des Français. L'Arcep veut faire en sorte que la 5G se développe comme un bien commun", a-t-il reconnu auprès de l'agence de presse.

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