Fusions, Acquisitions
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Sanofi trouve une manne
La santé est, sans grande surprise, l'un des rares secteurs dont les entreprises ont tiré leur épingle du jeu pendant la crise sanitaire actuelle. Sanofi en sait quelque chose. Alors que le groupe pharmaceutique a quasiment effacé ses pertes en Bourse (son action n'a perdu que 3,6 % au cours des trois derniers mois), il profite de la très forte valorisation de Regeneron pour céder la quasi-totalité de sa participation de 20,6 % au capital de cette biotech américaine. Le produit brut de cette opération, qui portera sur 21,6 millions des 23,2 millions d'actions détenues par Sanofi, atteindra 11,1 milliards de dollars, soit 515 dollars par action (pour un cours à la clôture le vendredi 22 mai à 570 dollars).
Sanofi va en effet réaliser une plus-value considérable, dans une opération qu'Oddo BHF qualifie d'"opportuniste". Le géant français a investi dans Regeneron en 2004 (après une collaboration entamée un an plus tôt), pour monter progressivement au taux de détention actuel. Un investissement plus que judicieux : pendant la décennie 2010, le cours de l'action a été multiplié par 20 et a flambé de 52 % depuis le début de l'année ! Le chiffre d'affaires, qui s'élevait 1,4 milliard de dollars en 2012, a atteint 7,9 milliards de dollars en 2019, pour un bénéfice net de 1,4 milliard.
Mais il ne s'agit pas d'un simple placement financier. Le laboratoire américain est en effet l'un des principaux partenaires de Sanofi dans le monde. Les deux sociétés ont par exemple développé l''anticholestérol Praluent et l'antiasthmatique Dupixent, dont les ventes ont doublé au premier trimestre. Ils travaillent depuis plusieurs années sur des traitements immuno-thérapeutiques en oncologie - l'une des priorités du Français pour les années à venir. L'efficacité du Kevzar est également testée contre le coronavirus (même si les résultats ne sont pour l'instant pas à la hauteur de leurs espoirs).
C'est pourquoi les deux groupes n'ont pas l'intention d'abandonner leur coopération. "La collaboration […] a été l'une des plus productives du secteur pharmaceutique. […] Sanofi s'engage à poursuivre sa collaboration avec Regeneron, qui s'inscrit toujours pleinement dans notre stratégie globale", indique Paul Hudson, le directeur général du groupe français, dans un communiqué, qui précise que la décision a été prise d'un commun accord.
La transaction, annoncée lundi soir, se fera par voie d'offre publique et de rachat d'actions. Lorsque sera bouclée l'offre publique déposée auprès de la SEC (et coordonnée par Bank of America et Goldman Sachs), le gendarme de la Bourse américaine, Regeneron rachètera environ 9,8 millions de ses actions auprès Sanofi, à hauteur de 5 milliards de dollars (soit le prix de l'offre moins le rabais de souscription). À l’issue de cette double opération, le groupe français conservera une participation symbolique d'environ 400 000 titres de la biotech américaine, soit moins de 0,4 % de son capital au cours actuel.
Investir dans l'avenir
Cette annonce, publiée hier soir, n'est pas totalement une surprise : en décembre 2019 à l'occasion de sa journée investisseurs, Sanofi n'avait pas caché que vendre tout ou partie de son intérêt dans Regeneron lui permettrait d'accroître ses liquidités. Les dirigeants du labo français ont eu le nez creux, étant donné le contexte depuis trois mois : les entreprises se sont ruées vers les marchés financiers et les banques pour lever des fonds et préserver leur trésorerie, menacée par le confinement mondial et l'arrêt quasi-total d'activité.
Que fera Sanofi de cette manne ? À partir du moment où la cession ne remet pas en cause ses développements avec Regeneron, le groupe pourra investir dans de nouveaux projets d'innovation et de croissance. Ceci passe probablement par des acquisitions, comme en témoigne l'achat récent de Synthorx, une autre biotech américaine, pour 2,5 milliards de dollars, mais aussi des investissements en R&D - le groupe organisera d'ailleurs une "journée recherche & développement" le 23 juin et l'on est en droit d'espérer qu'il précisera en quoi la transaction pourrait alimenter ses budgets en la matière. "Suite à la transaction, la dette nette de Sanofi reculerait à près de 5 milliards d'euros (soit 0,5 fois son Ebitda, contre une moyenne de 1,2 fois pour ses concurrents, et 10 % de ses fonds propres). Étant donné l'ambition de l'entreprise de devenir un poids lourd dans l'oncologie, des acquisitions pourraient figurer au programme", explique Rishabh Kochar, analyste chez Alphavalue. De manière générale, "plutôt que de racheter une portion de la participation de L'Oréal [actionnaire de Sanofi à hauteur de 9,5 %], il serait plus avantageux pour l'entreprise d'investir dans l'avenir".
Sanofi estime que les conséquences comptables de l'opération - alors qu'il consolidait les bénéfices de Regeneron à hauteur de sa participation - seront faibles. "Après retraitement […] en vue d’exclure la comptabilisation de sa participation dans Regeneron, le BNPA [bénéfice net par action] des activités de Sanofi devrait croître d’environ 5 % en 2020 à taux de change constant, comparé à un BNPA des activités retraité de 5,64 euros en 2019, conformément aux perspectives financières indiquées par Sanofi pour l’année en cours", explique-t-il. Un calcul confirmé par les analystes d'UBS. Ceux-ci ne considèrent pas que les éléments financiers de l'accord sont négatifs en soi, mais ils notent que "le revenu de Regeneron est compris dans le bénéfice opérationnel de Sanofi et que les objectifs de marge opérationnelle ne sont pas mentionnés dans le communiqué".
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