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Nissan prépare sa purge
Un jour avant Renault, Nissan a dévoilé jeudi sa cure d'amaigrissement destinée à redresser ses comptes dans le rouge et à s'insérer plus aisément dans le plan de synergies de l'alliance avec ses deux partenaires Renault et Mitsubishi.
Conformément aux déclarations faites mercredi par les dirigeants du triumvirat, Nissan veut privilégier la compétitivité au volume. Cela signifie concrètement qu'il entend devenir un constructeur de taille plus modeste mais plus rentable. Son plan quadriennal prévoit une baisse de ses coûts fixes de 300 milliards de yens (2,5 milliards d'euros). Pour y arriver, le constructeur compte réduire sa capacité de production et sa gamme de modèles de 20 % ; il va fermer des usines en Espagne et en Indonésie, quitter le marché coréen et retirer sa marque Datsun de Russie.
Nissan a refusé de communiquer le nombre de postes qui seront supprimés. Mais le premier plan de redressement annoncé à l'été 2019 prévoyait déjà 12.500 suppressions. Selon l'agence de presse Kyodo News, le chiffre pourrait être porté à 20.000, soit 15% des effectifs mondiaux du groupe nippon. L'usine espagnole qui sera fermée - celle de Barcelone - emploie 3.000 salariés. La nouvelle a d'ailleurs suscité la colère de l'Espagne, où le Japonais dispose de trois usines en tout. Les autorités ibériques ont fait valoir que Nissan a refusé toutes les mesures de soutien qu'elles ont proposées. Désormais, elles ne lui feront pas de cadeau : elles ont estimé à un milliard d'euros le coût de la fermeture pour le constructeur.
Ces annonces sont à mettre en lumière avec le plan de l'alliance, qui prévoit un partage de production et de marchés dans le monde entre les trois groupes : le leadership en Europe revient à Renault. Elles constituent une rupture avec la culture traditionnelle de Nissan, tournée vers l'entre-soi et teintée de méfiance à l'égard de l'extérieur, et qui a été un frein à l'approfondissement de sa coopération avec le groupe français.
S'il a renoncé à formuler des prévisions pour l'année 2020 étant donné l'absence de visibilité sur l'aboutissement de la crise sanitaire, le directeur général Makoto Uchida s'est engagé à retrouver une marge opérationnelle supérieure à 5% et une part de marché mondiale durablement autour de 6% - elle était de 5,8% pour son exercice 2019-20 (clos le 31 mars), correspondant à 4,9 millions de véhicules vendus. L'objectif de 6% représente grosso modo à 5 millions d'unités, soit un million de moins que les ambitions du patron précédent Hiroto Saikawa, qui a été "démissionné" en septembre dernier dans le sillage du scandale Ghosn.
Pour Nissan, il s'agit du deuxième plan de redressement en moins d'un an. Mais le constructeur japonais n'a pas réellement de choix : pour la première fois depuis 11 ans, ses comptes annuels sont dans le rouge, résultat de la course à la croissance et aux parts de marché des années précédentes. Pour son exercice 2019-20, publié également aujourd'hui, le groupe affiche à la fois une perte nette de 671 milliards de yens (5,6 milliards d'euros), contre un résultat de 319 milliards un an plus tôt, et une perte opérationnelle de 40,5 milliards de yens (soit une marge de -0,4%), contre un bénéfice de 318 milliards en 2018-19 (pour une marge de 2,7%). Une bien mauvaise nouvelle pour les comptes de Renault, qui détient 43% du capital de son partenaire. Ses activités ont subi une forte érosion de cash : leur flux de trésorerie disponible est négatif à hauteur de 641 milliards de yens. Makoto Uchida a d'ailleurs souligné que l'amélioration du cash flow de l'entreprise était le défi le plus difficile à relever.
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