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coronavirus Compagnies aériennes : Moody’s sort la calculette

CORONAVIRUS. La crise place la solvabilité des compagnies aériennes durablement sous tension. En 2023, leur endettement moyen pourrait atteindre entre 35 et 55 milliards de dollars.

Les compagnies aériennes sont, à ce jour, les entreprises qui font l’objet des mesures de soutien publiques les plus massives : il suffit de constater les quelque 10 milliards d’euros dont bénéficie Air France-KLM (dont la partie destinée à KLM, fournie par l’État néerlandais, reste toutefois à confirmer), l’enveloppe de 9 milliards que vient de s’assurer l’allemande Lufthansa ou les 32 milliards de dollars de prêts destinés aux compagnies américaines. Sur un total de 123 milliards de dollars d'aides étatiques, 67 milliards vont à terme devoir être remboursés et le montant total de la dette du secteur s'élèvera à "près de 550 milliards, soit une augmentation massive de 28%", selon l'Iata, l'association internationale du transport aérien. À ces lignes de vie s’ajoutent bien évidemment les facilités de crédit négociées avec les banques, en particulier pour préserver la trésorerie de ces entreprises.

Cette manne providentielle d’argent frais est indispensable pour compenser une absence quasi-totale de trafic aérien ces trois derniers mois à travers la planète - le P.-D.G. d’ADP Augustin de Romanet a par exemple expliqué vendredi sur Europe 1 que le groupe aéroportuaire avait perdu 98 % de son chiffre d’affaires après plus de deux mois de fermeture. Et étant donné que la demande restera contrainte pendant plusieurs trimestres, le besoin de liquidités ne devrait pas reculer. Mais il va bien falloir un jour rembourser tout cela…

Les hypothèses concernant l’évolution de l’endettement des compagnies aériennes dans les années à venir donnent des résultats assez effrayants. Dans un nouveau rapport, Moody’s estime ainsi que les transporteurs afficheront chacun en moyenne un endettement compris entre… 35 et 55 milliards de dollars en 2023. Soit entre 20 % et 30 % de plus sur 2019, augmentant le levier de dette entre 0,5 et 1,5 fois l’Ebitda.

Comment l’agence de notation en arrive-t-elle à ces résultats ? Elle considère que la demande de trafic passager restera profondément déprimée en 2021 (entre -25 % et -35 % par rapport à 2019) et ne commencera pas à redécoller de manière significative avant 2023. Selon les régions du monde, le trafic est actuellement inférieur de 80 % à 90 % à ce qu’il était les années précédentes. Pour 2020, Moody’s anticipe une baisse de 65 % à 75 % du revenu par passager-kilomètre en moyenne.

Ces estimations reposent sur deux scénarios concernant le rythme de reprise de la demande : l’optimiste table sur un volume de passagers en 2023 représentant 95 % de celui de 2019 et le pessimiste sur un volume de 85 %, avec une dépression plus prolongée en 2021 que dans la première hypothèse, mais une croissance plus rapide à partir de 2022. Dans le premier cas, l’excédent brut d’exploitation (EBE) des compagnies aériennes en 2023 représenterait 105 % de celui de 2019, porté par la faiblesse des prix du carburant ; dans le second, l’EBE n’atteindrait que 80 % de l’EBE 2019.

Globalement, l’agence (qui a placé la note de 22 transporteurs aériens sous surveillance négative au mois de mars et a dégradé la note de 13 d’entre eux depuis le 25 mai) estime que les compagnies brûleront du cash et accroîtront leurs dettes en 2020 et beaucoup d’entre elles aussi en 2021. En valeur, elle estime que la dette des sociétés qu’elle couvre à travers le monde augmentera au total de 61 milliards de dollars cette année (dont 40 milliards pour sept compagnies aux États-Unis et 13 milliards pour six compagnies européennes).

Ce montant se réduira avec les remboursements, facilités par la baisse des prix du carburant, les réductions ou suppressions de dividendes et la baisse des dépenses d’investissement. "Cela permettra à de nombreuses compagnies de générer des flux de trésorerie disponible positifs pour rembourser une partie des dettes accumulées pendant la pandémie une fois que le trafic aura retrouvé un semblant de retour à la normalité", explique Moody’s.

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