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coronavirus Bercy sort aussi le bazooka pour l’aéronautique

CORONAVIRUS. Troisième secteur malade du coronavirus avec le tourisme et l’automobile, le tissu industriel français va recevoir, hors Air France-KLM, 8 milliards d’euros de soutien divers et variés – de l’Etat mais également des donneurs d’ordres.
Airbus - usine - industrie - avion
Airbus - usine - industrie - avion

Face à l’urgence de la situation dans l’aéronautique, le gouvernement a sorti l’artillerie lourde. Le ministre de l’Economie Bruno Le Maire a annoncé un plan de soutien de 15 milliards d’euros, sans lequel la filière aurait, assure-t-il en écho aux estimations des représentants du Gifas, perdu un tiers de ses emplois directs et indirects (soit 100.000) dans les 6 mois à venir et aurait couru le risque de voir les compétences de ses 35.000 ingénieurs menacées.

Ce montant très impressionnant comprend les 7 milliards d’euros d’aides apportées à Air France-KLM (sous forme de garantie d’Etat et de prêt d’actionnaire). Retraité de ce montant, il équivaut aux 8 milliards promis à la filière automobile fin mai – tout en restant loin des 18 milliards consacrés au tourisme. Mais tous les euros de ce programme ne se valent pas. En outre, ils ne seront pas tous issus des finances publiques : les principaux donneurs d’ordres français (Airbus, Thalès, Safran et Dassault Aviation) ont été mis à contribution.

Pour préserver un maximum l’emploi, le plan vise à desserrer l’étau financier qui étrangle les entreprises aéronautiques et leurs clients. Les compagnies aériennes bénéficient d’un moratoire de 12 mois sur les remboursements de leurs crédits à l’export. Ce gain de trésorerie évalué à 1,5 milliard d’euros par l’Etat devrait contribuer à assurer la survie des compagnies, donc à limiter les annulations et les reports de commandes d’appareils. La France veut également "proposer à la Commission européenne de porter au sein de l’OCDE un assouplissement temporaire des modalités de remboursement des nouveaux achats d’avions Airbus", pour reporter les traites des crédits exports jusqu’à 18 mois, au lieu des six mois habituels. Selon Bercy, cela représente un effort "d’au moins" 2 milliards d’euros. Mais il reste à l’obtenir.

Parallèlement, les commandes militaires publiques seront accélérées, pour une enveloppe représentant 800 millions d’euros, qui concernent notamment le renouvellement des hélicoptères de combat, les ravitailleurs A330-MRTT et les appareils de reconnaissance.

À plus long terme, la crise fragilise le bilan des entreprises, en particulier les ETI et les PME sous-traitantes. C’est la raison pour laquelle deux fonds d’investissement ont été créés. Un premier d’un milliard d’euros, mais qui ne sera doté au départ que de la moitié, dont 200 millions apportés par l’Etat, 200 millions par les quatre industriels déjà cités (fruits d’"âpres discussions", précise le ministre) et 100 millions par le gestionnaire du fonds – qui sera prochainement choisi par appel d’offres. Bruno Le Maire estime qu’il ne sera "pas difficile de lever une somme équivalente sur le marché" auprès d’autres investisseurs pour atteindre le milliard.

Le second fonds, 100% public celui-ci, sera doté de 300 millions d’euros sur trois ans et investira dans la numérisation, la robotisation et la diversification des sociétés de la filière, qui, selon le ministre, accuse un retard par rapport à la concurrence allemande et italienne. "Les PME n’ont pas les ressources financières pour faire face à des mois de perturbations et aux évolutions erratiques de la demande, mais leur expertise de niche est essentielle pour les intégrateurs finaux tels que Dassault ou Airbus. En aidant son industrie aérospatiale, la France soutient en réalité un réseau à l’échelle européenne, puisqu’Airbus et Safran disposent d’importantes activités au Royaume-Uni, en Allemagne, aux Pays-Bas ou en Espagne", estime Nicolas Jouan, analyste chez GlobalData.

Le troisième volet concerne la transition énergétique. À l’instar du plan de soutien automobile, l’investissement de R&D pour la "décarbonation" de l’aéronautique civile est affiché au rang de priorité. Le gouvernement a avancé de 15 ans, à 2035 contre 2050, l’objectif d’arriver à un avion régional neutre en carbone, promettant le passage à l’hydrogène. En 2030, l’objectif est d’aboutir à une réduction de la consommation de 30%.

Afin qu’il dépasse le stade de l’injonction politique, un effort financier est prévu sous la forme d’une enveloppe de 1,5 milliard d’euros sur trois ans sera apportée au Corac, le Conseil pour la recherche aéronautique civile : 300 millions en 2020 et 600 millions en 2021 et 2022 "en faveur des technologies de rupture", a précisé Elisabeth Borne, ministre de la Transition écologique et solidaire. L’année dernière, la contribution de l’Etat au Corac avait atteint 135 millions d’euros. L’Etat n’apportera pas la totalité du montant, puisque 400 millions proviendront de fonds européens.

L’enthousiasme gouvernemental quant aux échéances a toutefois été tempéré par les industriels. Philippe Petitcolin, directeur général de l’équipementier Safran, qui produit avec son partenaire GE la majorité des moteurs courts et moyens courriers à l’échelle mondiale, est plus prudent : "Nous travaillons sur plusieurs feuilles de route. Consommer beaucoup moins implique soit le biofuel, soit le fuel synthétique, soit l’hydrogène. L’hydrogène nécessite un travail sur la cryogénie. On sait le faire : ça s’appelle une fusée. Pour un avion à 0 émission, ce n’est pas démontré aujourd’hui, mais c’est du domaine du possible", a nuancé le dirigeant en aparté. De même que Safran travaille également avec Airbus et Daher sur un démonstrateur d’avion hybride.

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