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Automobile : un rebond en trompe-l’œil ?

Étonnamment, l'automobile est le secteur le plus performant en Bourse au deuxième trimestre. Les investisseurs se tournent déjà vers 2021. Un optimisme dont il faut se méfier.
voitures - parc automobile
voitures - parc automobile

Après le trou noir dans lequel est tombée l’industrie automobile entre le mois de février et une bonne partie du mois de mai, ces dernières semaines ont été marquées par un flux de nouvelles positives, qui s’est ressenti en Bourse. Alors que le compartiment automobile figurait en troisième place des pires baisses sectorielles au premier trimestre en Europe après le tourisme et les banques (-37% contre -23% pour l’Eurostoxx 600), il affiche la meilleure performance au deuxième trimestre à la fin de la semaine dernière (+36% contre +17%). Comme si les investisseurs se projetaient déjà sur 2021 et l’espoir d’un redécollage vigoureux du marché.

Certains éléments ont pu alimenter cet optimisme. D’abord la Chine, qui semble proche de retrouver son niveau d’avant-crise (lequel était certes en baisse depuis deux ans, mais on anticipait un rebond en 2020). Deuxième marché automobile mondial, l’Empire du Milieu confirme sa reprise vigoureuse, après un creux de 42% au premier trimestre sur un an. Les ventes se sont redressées de 35,6% en avril par rapport à mars, selon la CAAM, l’association chinoise des constructeurs automobiles. Ce mois n’affiche ainsi qu’un recul de 5,5% par rapport à avril 2019 (lequel était toutefois relativement faible). La tendance s’est confirmée le mois suivant, avec une hausse de 12% par rapport au mois de mail l’année dernière, selon les données préliminaires que l’association vient de publier. Et le redémarrage n’a pas profité qu’aux constructeurs locaux, ce qui signifie qu’il bénéficie également aux entreprises européennes du secteur (sauf aux constructeurs français, désormais quasiment absents).

D’un point de vue macroéconomique et international, les chiffres montrent un redémarrage timide de l’activité au mois de mai, comme l’ont indiqué les indices PMI pour l’Europe, tandis que les Banques centrales ont continué à abreuver de liquidités le système financier.

Les plans d’aides annoncés par les gouvernements pour relancer la demande, avec d’importantes primes à l’achat, viennent également alimenter la reprise. On se souvient des 8 milliards d’euros annoncés fin mai par le Président Emmanuel Macron. Dernier plan en date : celui du gouvernement espagnol, annoncé aujourd’hui. Deuxième producteur européen d’automobile européen derrière l’Allemagne, l’Espagne va injecter 3,75 milliards d’euros d’aides au secteur. Essentiel à son économie (10% du PIB), ce dernier a été durement touché par les mesures de confinement dans un pays très affecté par la pandémie et plusieurs constructeurs ont déjà annoncé des suppressions d’effectifs.

Si bien qu’en juin, Bercy s’attend à ce que les ventes d’automobiles en France retrouvent leur niveau. "Nous allons retrouver en juin le même niveau de vente qu'en juin 2019, alors qu'en avril 2020 on était à 10% de ventes par rapport à avril 2019. Donc on est en train de revenir à la normale", a déclaré le ministre Bruno Le Maire sur LCI jeudi dernier.

Il est toutefois bien difficile de partager l’optimisme des investisseurs ; ces derniers n’ont en effet aucune visibilité sur l’état de santé réel des industriels à la sortie de la crise : il faudra attendre la publication des résultats du premier semestre – fin juillet – pour avoir une idée plus précise. Un effet douche froide est possible. Or, la manière dont le secteur aura souffert du Covid-19 aura des conséquences à long terme. "Il est également difficile d’ignorer totalement la réémergence des menaces de blocage des négociations post-Brexit et des tensions entre les Etats-Unis et ses partenaires commerciaux, qui ont considérablement pesé sur la performance du secteur dans un passé récent", indique les analystes de Barclays.

Le rebond du marché depuis un mois, réel, ne sera peut-être pas suffisant. Et se prolongera-t-il ? Là encore, la visibilité est faible et ne justifie donc pas d’euphorie. Les économistes de S&P estiment ainsi que les ventes de véhicules particuliers devraient reculer de 15 à 20% en 2020 dans le monde, pour atteindre entre 70 et 75 millions d’unités. C’est la fourchette basse du scénario prévisionnel central de l’agence de notation, établi le 23 mars. Et le rebond attendu en 2021 représentera une hausse de 10% par rapport à une année précédente donc très dégradée – le marché ne ferait alors qu’approcher ses niveaux de 2012 et 2013.

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