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Fusions, Acquisitions

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Bruxelles sort la loupe sur la fusion PSA-Fiat Chrysler

Les autorités européennes de la concurrence ont ouvert une enquête approfondie sur le projet des deux constructeurs automobiles. Le motif de cette minutie : la puissance du futur ensemble dans le lucratif marché des utilitaires légers.
Peugeot 208 hybride - voiture
Peugeot 208 hybride - voiture

Les soupçons se sont vérifiés. A l'issue de son enquête préliminaire, la Commission européenne a annoncé hier après-midi l'ouverture d'une enquête approfondie sur le projet de fusion entre PSA et Fiat-Chrysler Automobiles (FCA). Le motif d'inquiétude, qui avait également filtré, a été confirmé : Bruxelles craint une réduction de la concurrence sur le marché des véhicules utilitaires légers (VUL, moins de 3,5 tonnes), puisque les deux constructeurs, qui collaborent de longue date dans ce segment, y occupent déjà "une position forte", a indiqué Margrethe Vestager, la commissaire européenne à la Concurrence. Plus précisément, sont visées les parts de marché communes de la future entité dans 14 États membres de l'Union européenne (Belgique, Croatie, République tchèque, Espagne, France, Grèce, Hongrie, Italie, Lituanie, Luxembourg, Pologne, Portugal, Slovaquie, Slovénie) et au Royaume-Uni.

"Dans bon nombre de ces pays, PSA et FCA détiendraient ensemble des parts de marché élevées, ainsi que la plus grande variété de marques et de modèles de toutes tailles", explique-t-elle. Grâce à ses principales marques sur le Vieux continent Peugeot, Citroën, Opel, Vauxhall et Fiat, la future entité représenterait environ 34% du marché du VUL si l'on se réfère aux chiffres pour 2019 (25% pour PSA et 9% pour la marque italienne) et deux fois plus que son concurrent direct Renault, dont le taux de pénétration atteint 16,4%. Ce poids est, pour la commissaire, d'autant plus important qu'un nouvel entrant ne risque pas de venir remettre en cause cette domination à court ou moyen terme.

L'enquête approfondie pourrait durer environ quatre mois et les autorités européennes de la concurrence devront rendre leur décision au plus tard le 22 octobre. Sûrs de leur fait, PSA et FCA avaient décidé de ne soumettre aucune proposition de concessions à la Commission (des "remèdes" dans le jargon communautaire) - ils avaient jusqu'au 10 juin pour le faire. Certaines sources internes à PSA avaient évoqué une certaine "rigidité" de la part du président du directoire de PSA Carlos Tavares, d'autant plus que ce dernier estimait avoir déjà accepté d'importantes concessions dans le domaine des objectifs de réductions d'émissions de CO2.

L'enquête approfondie est ennuyeuse pour les deux futurs mariés. En effet, les VUL sont un segment très lucratif en Europe, puisqu'il concerne des véhicules relativement rudimentaires sur le plan technique et des équipements (donc moins chers à produire), alors qu'ils sont vendus à des entreprises et des professionnels, donc à des prix substantiels. Des concessions pourraient donc rogner le profil financier de l'activité (sans le compromettre toutefois). Deuxième point, il retarde le bouclage de l'opération, ce qui tombe mal : le secteur traverse une période de bouleversements réglementaires et techniques sans précédent qui nécessitent de mobiliser toutes les énergies.

Mais le sujet n'est toutefois pas vital et ne devrait pas remettre fondamentalement en cause la raison d'être du projet : celui de former le numéro quatre mondial du secteur, qui cumulerait de 8 millions de véhicules vendus et 170 milliards d'euros de chiffre d'affaires annuel (chiffres 2019).

D'ailleurs, PSA et FCA, qui ont notifié leur plan à la Commission le 8 mai, n'ont pas dévié de leur communication volontaire adoptée depuis l'annonce de leur rapprochement. "Les deux sociétés continueront de coopérer avec la Commission européenne pour répondre à ses questions dans le même esprit constructif qui a défini le projet de fusion depuis le début. PSA et FCA réaffirment l'objectif commun de conclure la transaction d'ici la fin du premier trimestre 2021", a réagi un porte-parole de PSA auprès de l'AFP. Pendant l'effondrement des Bourses au plein coeur de la crise, les deux sociétés ont maintenu que l'effondrement des valorisations boursières, la chute des immatriculations et l'absence de perspectives sur l'évolution de la demande dans les années à venir ne modifieraient ni leur marche en avant ni les termes d'une opération qui, à son annonce fin 2019, était valorisée à 50 milliards d'euros.

La Bourse n'a que modérément mal réagi à cette annonce. Si l'action PSA a perdu environ 1,6% au pire moment de la journée, elle ne s'inscrivait en baisse que de 0,5% à la clôture, alors que le CAC40 s'était adjugé 0,9%. FCA a pour sa part terminé à -1%, pendant que le FTSE MIB perdait 0,20%.

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